Buvard

Au premier regard échangé avec Caroline N. Spacek, Lou comprend qu’il ne sait rien de cette écrivaine dont il a pourtant lu tous les livres. Pourquoi a-t-elle accepté sa demande d’entrevue, lui, journaliste étudiant un peu naïf, alors qu’elle envoie paître les plus aguerris depuis des années?

En vingt ans, Caroline N. Spacek a forgé une œuvre dont la maîtrise n’a d’égal que la violence et l’insaisissabilité. Pourtant, rien ne la prédestinait à l’écriture. Ce talent en latence, comme on l’apprendra, sera précipité par une rencontre, puis une blessure. Alors que chacun de ses romans connaît un immense succès, Caroline N. Spacek fuit les caméras et sa propre histoire afin de poursuivre son travail acharné sur la langue.

« L’art d’écrire obéit à des lois immuables, Lou, mais comme toutes les lois, on ne peut peut-être pas les éprouver autrement qu’en les violant et en le regrettant amèrement après. Il faut se les approprier sauvagement. Que la langue devienne une matière aussi tangible que la viande d’un corps sur le ring. » (p. 113)

Réinvestissant le genre biographique, ce premier roman de Julia Kerninon surprend par la densité de ses personnages et la maturité de son style. Les secrets de la vie de l’écrivaine (Spacek) nous sont livrés à retardement, au rythme des confidences, maintenant la tension romanesque à son comble. Tout comme Lou, le lecteur se retrouve pendu aux phrases de cette femme mystérieuse, solitaire et impudente.

Figé sur le pas de sa porte, impressionné au point d’en perdre ses moyens, Lou ne peut soupçonner qu’il est déjà le réceptacle d’une confession qui prendra un été à advenir. Et qui trouvera un profond écho en lui. Buvard est le récit de cette confession. La mise en mots de la vie, inextricable de l’œuvre.

Buvard : une biographie de Caroline N. Spacek a remporté le prix Françoise Sagan au printemps 2014. À coup sûr, Julia Kerninon est une écrivaine à suivre.

 

KERNINON, Julia, Buvard : une biographie de Caroline N. Spacek, Arles, Éditions du Rouergue, 2014, 199 p.