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Dans les bois, la liberté

18 septembre 2014 par Esther Laforce | Catégorie(s) : Littérature québécoise

Quand j'étais l'Amérique

Un mot : l’Amérique; une image : une cage à la porte ouverte. Elsa Pépin, qui publie son premier recueil de nouvelles, pose dès le départ, par le titre (Quand j’étais l’Amérique) et le choix de la citation de Jacques Prévert en exergue (« Peindre d’abord une cage avec une porte ouverte »), une idée, un thème : la liberté.

En fait, c’est plutôt par les entraves à leur liberté que se révèlent la plupart des personnages de chacune des nouvelles. Une question semble en effet relier chaque histoire : quelles sont les causes et les déterminations empêchant une personne d’être ou de faire ce qu’elle veut, de telle sorte que quelque chose dans sa vie semble sinon raté, du moins en décalage avec ses propres aspirations? Parfois, l’auteure approfondit son questionnement et demande : comment se défaire de ces empêchements?

La nouvelle éponyme, Quand j’étais l’Amérique, et celle qui clôt le recueil, Loin de la république des fantômes, sont des plus remarquables, puisqu’elles poussent plus loin le questionnement. Dans ces deux nouvelles, les narrateurs finissent par trouver une liberté intérieure par l’acceptation de ce qu’ils sont, des gens qui préfèrent le silence, la réflexion et la rêverie aux conversations vives, à l’action et à la richesse, en dépit de ce que leurs milieux respectifs attendent d’eux .

Il y a beaucoup de beauté dans cette différence finalement assumée grâce à la forêt, qui devient le refuge de celle qui, Québécoise francophone, se sent démunie devant les joutes oratoires de sa famille française. C’est aussi dans la forêt que se révèle la véritable patrie de celui qui oppose aux impératifs de l’efficacité et de l’économie la douce oisiveté du corps dont l’esprit est occupé par la littérature. Essence d’une identité reconquise, la forêt – québécoise – est un langage du silence :  « J’avançais, conduite par la respiration du grand corps sauvage de ce bois giboyeux, quand les mille chemins du silence m’ont parlé du langage des taiseux […] » (p. 106). Et plus loin : « Se pouvait-il que les arbres soient mes semblables et que je sois né dans la mauvaise enveloppe? Je lisais des livres de papier fait de leur chair et me sentais presque gêné en face de ces géants de silence qui n’avaient pas d’yeux pour nous juger […] » (p. 164).

Un silence qui laisse la place, vous pouvez le constater, à une écriture élégante et riche, dont on a déjà hâte de suivre le tracé sur le chemin d’autres œuvres.

 

PÉPIN, Elsa, Quand j’étais l’Amérique, Montréal, Éditions XYZ, coll. Quai no. 5, 2014, 163 p.

Aussi disponible en version numérique.

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