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Après la guerre, le retour à la vie?

5 juin 2014 par Esther Laforce | Catégorie(s) : Guerres et conflits armés, Littérature française

            Le billet suivant est un peu spécial, car il est écrit par Aurore Deterre, une stagiaire française que nous avons accueillie ce printemps à la section Arts et littérature. Étudiante au programme Sauvegarde et valorisation du patrimoine écrit et textuel à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, Aurore a participé à la mise en valeur de nos collections. Le temps d’un billet, elle partage avec nous l’intérêt qu’elle a pris à la lecture du roman désigné révélation du roman français 2013 par le magazine Lire, Voir du pays de Delphine Coulin.

 

            Comment recommencer à vivre après six mois passés au front? Peut-on seulement reprendre sa vie comme si rien de tout cela n’était arrivé? Finit-on par oublier les odeurs putrides, les hurlements, les armes, le sang versé? Telles sont les questions auxquelles devront répondre Marine et Aurore au cours des trois prochains jours.

            Les deux jeunes femmes sont inséparables depuis leur adolescence. Depuis les années de lycée où elles se sont rencontrées, elles affrontent les déceptions, les coups durs de la vie à deux.  Alors, lorsque Marine, suite à la mort de son fiancé, décide de s’engager dans l’armée, Aurore, qui rêve de nouveaux horizons, s’enrôle à son tour. Elles ne pensaient qu’à « voir du pays ». Avaient-elles vraiment conscience de ce qui les attendait en acceptant de partir en Afghanistan? Six mois de tensions, de cauchemars, de blessures s’achèvent. Mais, avant de retrouver leur vie, l’armée leur accorde un « sas de décompression » : trois jours à Chypre dans un hôtel cinq étoiles. Trois jours pour retrouver la paix; mais l’angoisse et la violence sont-elles véritablement derrière elles?

            Un roman bouleversant, sombre, violent qui présente un pan de la guerre souvent laissé sous silence : le choc post-traumatique. Il ne s’agit pas seulement d’une analyse de la réalité et de la monstruosité de la guerre, mais encore d’une histoire d’amitié avec ses joies, ses lâchetés, ses silences.

            « Elles avaient trois jours pour effacer la fatigue extrême, due au travail permanent, à l’impossibilité de se reposer réellement, à l’incertitude de rentrer vivant. Trois jours pour réapprendre à ne plus avoir peur, à ne plus s’irriter à la moindre contrariété, à ne plus se taire dès qu’un avion approche, à ne plus prendre chaque passant avec un sac et un manteau pour un attentat suicide. » (p. 43)

 

Delphine COULIN, Voir du pays, Paris, Grasset, 2013, 266 p.

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