Une guerre américaine, les Tuscarora

par Jean-François Barbe

La guerre contre les Tuscarora, des Amérindiens de la Caroline du Nord, se déroule entre 1711 et 1715, à une époque où cette colonie compte moins de 5 000 habitants.

Elle implique quelques centaines de combattants de part et d’autre. En apparence, il s’agit d’un conflit local, mais en apparence seulement. Car selon l’auteur de ce livre, son issue a scellé la fin de la résistance amérindienne face à l’avancée, qui deviendra irrésistible, des colons américains à l’est des Appalaches.

Qualifiés par l’auteur du groupe le plus militant et le plus fort de la région, les Tuscarora sont, à la fin du conflit, totalement vaincus. Deux mille d’entre eux seront réduits en esclavage. La plupart des survivants quitteront le territoire et s’établiront dans le nord de l’État de New York, près de Niagara Falls, au sein de la ligue iroquoise. La Caroline du Nord, quant à elle, ouvrira l’intégralité de son territoire à la colonisation européenne, des villages côtiers existants aux Great Smoky Mountains.

L’auteur, professeur d’histoire à la University of North Carolina Wilmington, s’appuie sur les récentes recherches sur l’histoire coloniale des États-Unis – domaine en pleine ébullition depuis une vingtaine d’années – afin d’expliquer le sens de cette guerre et le sort malheureux des Tuscarora.

Razzias esclavagistes

Comme d’autres historiens avant lui, tel l’incontournable Alan Gallay, l’auteur constate que les marchands de Charles Towne (devenue Charleston), la capitale de la Caroline du Sud voisine, se sont tout d’abord enrichis par le trafic d’esclaves amérindiens  … capturés par d’autres Amérindiens, et ce, avant le trafic d’esclaves africains.

Il fait alors référence aux tribus prédatrices, notamment les Westoe, Yamasee, Catawba et Santee, qui se spécialisent dans le rapt d’Amérindiens. Ces tribus esclavagistes écument la Floride, la Géorgie, la Caroline du Sud, la Caroline du Nord, et même l’Alabama et le Mississippi. Elles attaquent villes et villages amérindiens, tuant les hommes et amenant ensuite femmes, enfants et adolescents vers Charles Towne afin de les échanger contre des armes, des biens manufacturés et de l’alcool.

Ces esclaves sont, pour la plupart, transportés par bateau dans les plantations de canne à sucre des Barbades, pour y mourir rapidement, d’épuisement et de sous-alimentation.

L’auteur souligne que l’appétit des marchands de la Caroline du Sud pour les esclaves amérindiens est insatiable et qu’au sein des sociétés amérindiennes, la guerre s’installe de façon permanente. Ce qui fera ultimement exploser les relations entre Amérindiens et autorités politiques en Caroline du Nord.

« Les vingt-cinq années comprises entre 1690 et 1715 ont été remplies d’horreur pour les Amérindiens du sud-est américain », résume l’auteur.

Les Tuscarora se révoltent

Devenus victimes des razzias esclavagistes, les Tuscarora constatent que leurs « alliés » de la Caroline du Nord, avec qui ils vivent en bons termes relatifs, ne les protègent pas, par exemple, en interdisant « l’importation » d’esclaves Tuscarora en Caroline du Sud.

Tel est le motif principal de leur révolte, à quoi s’ajoute l’impunité pour des cas de viols, de vols et de violence provenant de fermiers et marchands de la Caroline du Nord.

L’auteur fait également état d’un probable jeu diplomatique des Senecas, membres de la ligue iroquoise, qui auraient encouragé les Tuscarora à la révolte.

Ce livre montre qu’il est possible de retourner 300 ans en arrière, d’éclairer le sens d’événements oubliés et aussi, de raconter l’histoire avec un grand H à travers une structure narrative très lisible. Chaque chapitre adopte le format de petites biographies centrées sur les principaux personnages du conflit, y compris le chef Tuscarora « Roi Hancock ». Cette structure permet une lecture relativement aisée … mais pas au point, selon moi, d’être une de vos futures lectures de plage à Myrtle Beach!

LA VERE, David, The Tuscarora War: Indians, Settlers, and the fight for the Carolina Colonies, Chapel Hill (N.C.), University of North Carolina Press, 2013, 262 p.