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Fin de la Nouvelle-France

6 mai 2014 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Documentaires québécois, Essai, Guerres et conflits armés, Histoire du Québec

par Jean-François Barbe

L’illustration de la couverture de La fin de la Nouvelle-France provient d’un tableau du peintre américain Benjamin West. L’œuvre met en scène le baron de Dieskau, un officier français blessé à la jambe lors de la bataille du lac George (auparavant lac Saint-Sacrement). La ferme magnanimité de l’officier de l’armée britannique William Johnson sauve, in extremis, le baron aux cheveux poudrés, vieilli, défait, terrifié, du tomahawk d’un Mohawk désireux de le scalper, sous l’œil à la fois attentif et détaché de deux tuniques rouges.

Cette spectaculaire illustration sert également de couverture au catalogue de la très intéressante exposition Clash of Empires en cours à Pittsburgh, portant sur la grande guerre continentale de 1754-1763 « contre les Français et les Indiens », le pendant américain de la guerre de Sept Ans, connue ici sous le terme de guerre de la Conquête.

Ce tableau constitue une pièce d’anthologie de propagande politique. Parce que Benjamin West y fait « converger l’impérialisme héroïque moderne et la vertu guerrière classique », il participe de plain-pied à la construction de l’imaginaire de « l’empire anglophone héroïque », comme l’écrit Steffen Mark Caffey dans sa thèse de doctorat An Heroics of Empire: Benjamin West and Anglophone History Painting 1764-1774.

Un imaginaire qui prend racine à cette époque. Auteur du texte d’ouverture de La fin de la Nouvelle-France, l’historien britannique Jeremy Black conclut que c’est à la fin de la guerre de Sept Ans que « l’Angleterre devint une puissance mondiale, changeant ainsi le cours de l’histoire du monde ».

Recueil de 24 textes, ce livre donne l’occasion de se familiariser avec d’importants chercheurs du domaine … et donne surtout le goût de lire (ou relire) leurs livres! Retenons-en deux: l’historien Denis Vaugeois et le sociologue Denys Delâge.

Denis Vaugeois traite du « rôle méconnu » de William Johnson, cette figure clé de l’empire anglophone héroïque de Benjamin West. Homme de Londres à titre de surintendant des affaires indiennes avant d’être major général, Johnson avait oeuvré à l’affaiblissement du réseau d’alliances amérindiennes de la Nouvelle-France, le dispositif central de la survie de la jeune colonie de 70 000 individus. Denis Vaugeois évalue l’impact de son action comme ayant été le « point tournant » de la guerre de la Conquête.

Pour sa part, Denys Delâge présente le chef outaouais Pontiac (ou Pondiac) comme chef militaire d’une guerre d’indépendance amérindienne, menée des Grands Lacs jusqu’en Louisiane, à la suite à de la défaite du « mauvais père » Onontio. Pontiac fut assassiné et son peuple, victime d’une guerre bactériologique préparée par le général Jeffery Amherst, celui-là même dont le nom a été donné à une rue située à quelques pas de la Grande Bibliothèque. En revanche, une partie des 200 000 Amérindiens de l’ouest des Appalaches a pu, grâce à Pontiac, faire échec à l’expropriation forcée sans compensation, signale Denys Delâge.

Respectivement cartothécaire à BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie et coordonnateur à BAnQ Québec, Jean-François Palomino et Rénald Lessard font partie des contributeurs de cet ouvrage collectif. Le premier s’est fait connaître par sa collaboration à la rédaction de l’atlas historique La Mesure d’un continent (ouvrage préparé en collaboration avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec), que les préfaciers et éditeurs intellectuels de La fin de la Nouvelle-France qualifient de « remarquable ». Le second a notamment écrit un livre sur l’histoire de la médecine en Nouvelle-France. Chapeau bas, collègues!

FONCK, Bertrand et Laurent VEYSSIÈRE (dir.), La fin de la Nouvelle-France, Paris, Armand Colin, Ministère de la Défense, 2013, 499 p.

STEPHENSON, R. Scott, Clash of empires: the British, French & Indian War, 1754-1763, Pittsburgh, Senator John Heinz Pittsburgh Regional History Center, 2005, 108 p.

Un commentaire pour “Fin de la Nouvelle-France”

  1. Ouf! Après Denys Delâge, je ne pourrai plus emprunter la rue Amherst sans détester le général et sa guerre bactériologique!

    Il y a sur le portail de BAnQ une captivante conférence prononcée par cet historien à la Grande Bibliothèque, dans le cadre de la série Les 10 journées qui ont fait le Québec. Il s’agit de « Le 4 août 1701 – La Grande paix de Montréal », sur la négociation d’un traité de paix par 1300 ambassadeurs de 40 nations amérindiennes avec les représentants des Français. Voici le lien : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2278435

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