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Saluerons-nous le jour?

18 mars 2014 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Documentaires québécois, Relations Québec-Canada

par Jean-François Barbe

Les fulgurances de « celui dont il est devenu assez risqué de parler, à moins que ce ne soit bien sûr pour en dire du mal » ont intéressé Gaston Miron – lors des dernières années de sa vie.

« Nous appartenons à ce petit groupe des peuples sur la terre au destin d’une espèce particulière : l’espèce tragique. Pour eux, l’anxiété n’est pas de savoir si demain ils seront prospères ou malheureux, grands ou petits, mais s’ils seront ou ne seront pas, s’ils se lèveront pour saluer le jour ou rentrer dans le néant. »

Ces propos de Lionel Groulx, « à rapprocher de Kundera », Miron les redécouvre dans le climat morose des accords de Charlottetown endossés par Robert Bourassa, indique l’auteur de Gaston Miron : la vie d’un homme. Le biographe signale qu’après les échecs référendaires, Miron pense que les Québécois forment un « peuple qui a choisi de ne pas naître ».

Près de vingt ans plus tard, les réflexions et les recherches sur les référendums perdus – et dans le dernier cas « volé », selon l’expression de Robin Philpot – ne sont pas légion. Il n’est pas simple de penser que parmi les 190 référendums sur la souveraineté tenus dans le monde entre 1791 à 2009, deux des trois échecs se sont produits au Québec, le troisième ayant eu lieu à Chypre en 2004, selon une recherche citée par Pierre Drouilly, préfacier du livre Ce peuple qui ne fut jamais souverain.

Deux générations plus jeune que Gaston Miron, Mathieu Bock-Côté n’esquive pas la portée de ces événements lourds de sens. Et il ne renie pas, non plus, la force qui les sous-tend.

Autrement dit, il ne vit pas en faisant comme si de rien n’était, au milieu du « provincialisme rassurant » d’une patrie en voie de « louisianisation » comme l’écrivent les auteurs de Ce peuple qui ne fut jamais souverain en parlant de la tentation du  « suicide politique des Québécois ».

Dans une langue très claire, Bock-Côté traite dans Exercices politiques de grands sujets de l’heure: le multiculturalisme vu comme « l’art de se draper dans le monopole de la vertu »; la démocratie et la tentation autoritaire de faire taire les Djemila Benhabib de ce monde; les médias sociaux; la démagogie populiste qui veut faire croire qu’il suffit d’un peu de pression sociale pour garantir une « juste » redistribution des ressources; et la nouvelle droite, l’envers de la médaille « gauche de la gauche » par rapport à la citoyenneté nationale.

Dans le dernier tiers du livre, intitulé « Demain l’indépendance? », Bock-Côté s’y présente comme étant un « souverainiste pessimiste » ce qui, dit-il, n’a rien à voir avec le désespoir « qui s’enferme dans la certitude du déclin ». Il se décrit comme faisant partie des indépendantistes « gardiens d’une espérance, d’un idéal auquel les Québécois ne peuvent pas renoncer sans s’abîmer intérieurement, mais auquel ils ne sont pas prêts à consentir politiquement pour l’instant ».

Mais comme le constate l’auteur, dans certaines circonstances, les choses peuvent changer du tout au tout et l’idéal, mû par ces gardiens de l’espérance, devenir réalité. C’est ce qu’a montré, dit-il, l’émergence du Parti conservateur canadien, issu de la mouvance réformiste de l’Ouest ou encore la fin de l’Union soviétique. Le dernier exemple est très frappant, considérant que cette société était décrite à la fin des années 70 comme étant stable et de nature « participative » par un politologue américain de renom.

Initialement publiés dans un blogue du Journal de Montréal, les textes d’Exercices politiques gagnent d’avoir été rassemblés dans un livre. D’une longueur de cinq à dix pages, ils se lisent plus facilement que sur l’interface d’un journal électronique et font découvrir un esprit critique qui lit, qui réfléchit et qui écrit afin d’être compris par ses lecteurs. Très plaisant!

BOCK-CÔTÉ, Mathieu. Exercices politiques, Montréal, VLB éditeur, 2013, 384 p.

HOUGH, Jerry F. How the Soviet Union is Governed, Boston, Harvard University Press, 1979, 679 p.

NEPVEU, Pierre. Gaston Miron : la vie d’un homme : biographie, Montréal, Boréal, 2012, 900 p.

PAYETTE, Roger et Jean-François Payette. Ce peuple qui ne fut jamais souverain : la tentation du suicide politique des Québécois, Anjou, Fides, 2013, 276 p.

PHILPOT, Robin. Le référendum volé, Montréal, Les Intouchables, 2005, 205 p.

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