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Femme de boue

10 février 2014 par Esther Laforce | Catégorie(s) : Littérature américaine

Peut-on échapper à ses origines? Peut-on effacer les traces de ce qui nous a un jour souillés? Comment dissimuler notre vulnérabilité quand on occupe une fonction supérieure à responsabilités élevées?

 

Ces questions sont soulevées dans Mudwoman, le dernier ouvrage de la très prolifique auteure américaine Joyce Carol Oates, qui relate la vie de Meredith Neukirchen, surnommée M. R. Première femme présidente d’une université américaine réputée, l’histoire de M. R. est empreinte d’une tension qui oppose, d’une part, une réussite sociale hors du commun et, d’autre part, une petite enfance marquée par la folie de sa mère qui l’a poussée puis abandonnée dans une mare de boue.

 

Tout le roman Mudwoman est traversé par le rappel de cette boue, de cette abjection originelle à laquelle M. R. a échappé, mais qui ressurgit symboliquement avec une intensité à la mesure de la réussite qui est la sienne. Cette boue, elle recommence à la goûter dans sa gorge. Et au faîte de sa brillante carrière universitaire, M. R. se sent vulnérable. Vulnérable dans sa situation et son corps de femme dans un monde d’hommes belliqueux. Vulnérable par les échos qui lui reviennent de la brutalité de sa première famille d’accueil et de la possessivité de ses parents adoptifs. Une vulnérabilité qui se manifeste par des symptômes physiques aigus, un accident d’auto, une chute et des cauchemars qui atteignent des degrés d’horreur à la limite du supportable.

 

Un grand roman assurément que Mudwoman, bien ancré dans une Amérique contemporaine, traversée elle aussi de tensions et d’oppositions : ruralité, pauvreté, richesse des universités huppées; discours médiatiques et pensée philosophique; droite républicaine et gauche pacifique. Tout cela, sur fond de déclenchement de guerre en Irak.

 

Joyce Carol OATES, Mudwoman, traduction de l’anglais par Claude Seban, Paris, Philippe Rey, 2013, 565 p.

En anglais: Joyce Carol OATES, Mudwoman, New York, Ecco, 2012, 428 p.

 

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