Qui est Vladimir Poutine?

… Et où va la Russie?

L’auteure de cette biographie de Vladimir Poutine tente de cerner l’identité du personnage clef d’un pays qui reste, selon la fameuse expression de Churchill, «un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme».

Signé par Masha Gessen, journaliste d’expression et de culture à la fois russe et américaine qui vit et qui travaille à Moscou, le récit est vif, nerveux, très bien informé et sans complaisance.

Élu président en 2000, Vladimir Poutine est présenté comme l’homme des services secrets. Leurs origines remontent à la Tchéka, fondée en 1917 par «Félix de Fer» … dont la statue trône toujours à Saint-Pétersbourg, à quelques pas des bureaux du gouverneur de la région. Poutine est issu de cet «appareil». Il en tire une fierté évidente, sa vision du monde ainsi qu’une bonne partie de sa légitimité.

Car malgré la transformation radicale de la Russie des vingt dernières années, les services secrets continuent à jouer un rôle de premier plan et à susciter dans la population un curieux mélange de méfiance et de profonde fascination s’expliquant par une mystique très forte de «protecteurs» de la nation. Amplifiée par la terrible crise économique des années quatre-vingt-dix, la demande populaire d’ordre est d’ailleurs l’une des sources de la longévité politique de Poutine, qui pourrait éventuellement dépasser celle de Brejnev et de Staline.

L’auteure est à son meilleur lorsqu’elle décrypte le Poutine des années de formation jusqu’à sa fulgurante ascension au sommet du pays, après l’éclatement de l’URSS. Uniquement pour cela, et c’est beaucoup!, le livre vaut le détour.

Avec ses complets européens de bonne coupe, Poutine y est décrit comme appartenant à la nouvelle Russie. Mais avec sa démarche si particulière, caractérisée par un fort balancement de l’épaule gauche, il reste, dit l’auteure, le «voyou» de ses jeunes années, toujours prompt à engager la bagarre. Cette agressivité projetée est d’ailleurs comprise et appréciée comme telle par la population, comme le souligne l’auteure.

Ce qui fonctionne d’autant plus, ajouterions-nous, que ce pays n’a pas encore fait le deuil de son passé impérial. À supposer qu’il le fasse un jour!

L’auteure attribue ensuite à Vladimir Poutine la direction «par défaut» d’événements tragiques survenus dans les années 2000, comme la guerre en Tchétchénie, l’assassinat d’Anna Politkovskaïa ou la marginalisation de figures oppositionnelles comme le joueur d’échecs Garry Kasparov. Elle soupçonne même la main de Poutine derrière la mort du premier maire de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak. Ses sources des années 2000, moins nombreuses et moins précises, perdent alors de leur intérêt et de leur pouvoir de conviction.

L’agent des services secrets réussit ainsi à s’éclipser dans les profondeurs du Kremlin et de ses somptueuses résidences secrètes … du reste, pas si secrètes pour quiconque cherche ici et là.

GESSEN, Masha, Poutine, l’homme sans visage, Paris, Fayard, 2012, 330 p.