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À l’occasion du Jour de la Terre

20 avril 2015 par Marie-Line C. Lemay Pas de commentaires

La publication toute récente du livre de Naomi Klein, Tout peut changer, et la couverture médiatique dont son auteure a bénéficié ont eu pour effet de ramener sur le devant de la scène la crise environnementale à laquelle nous sommes collectivement confrontés.

Bien que les constats scientifiques alarmants sur les répercussions de l’activité humaine sur le réchauffement climatique ne cessent de s’accumuler, il est plutôt rare que « l’état de santé » de l’écosystème terrestre fasse les manchettes…

À l’occasion du Jour de la Terre (22 avril), nous avons eu envie de vous présenter quelques ouvrages relatifs à l’environnement qui, pour une raison ou une autre, ont retenu notre attention. Ces suggestions se veulent une invitation à la réflexion et à l’échange.

 

Gisèle Tremblay recommande :

La reine malade d’Anicet Desrochers

Dans ce film documentaire absolument captivant, Anicet Desrochers, producteur de miel biologique à Ferme-Neuve dans les Hautes-Laurentides, présente avec compétence les enjeux reliés au déclin des colonies d’abeilles.  Mondialement reconnu pour son expertise dans  l’élevage de reines, le jeune et sympathique apiculteur expose  avec passion  sa vision d’une agriculture durable.

 

Catherine Lévesque recommande :

L’équilibre sacré : redécouvrir sa place dans la nature de David Suzuki 

Un livre pour changer notre regard sur la nature, dont nous faisons partie. Une invitation à rendre sacrée l’interdépendance qui existe entre la Terre et tous les êtres vivants.

 

Christine Durant recommande :

Des bonobos et des Hommes : voyage au cœur du Congo de Deni Béchard 

Sous la forme d’un récit de voyage, Deni Béchard raconte l’histoire des bonobos du Congo, ces primates « hippies de la forêt » dont la ressemblance avec l’homme serait la plus grande, tant sur le plan génétique que social, avec 98,7 % de gènes identiques aux humains. L’auteur nous présente également les communautés qui vivent au cœur de la forêt équatoriale du Congo, la deuxième plus grande forêt du monde, menacée de destruction. Plusieurs enjeux sont abordés : les changements climatiques, le rôle déterminant des forêts sur l’évolution des espèces, la conservation de la nature, la protection de la biodiversité et la coopération internationale.

 

 

Sauver la planète une bouchée à la fois de Bernard Lavallée 

Conseils, trucs et astuces pour une alimentation responsable, saine et écologique : privilégier les produits locaux, choisir la pêche durable, zéro déchet, cuisiner les aliments fatigués sont quelques-uns des conseils que nous donne le nutritionniste et blogueur Bernard Lavallée. Parce que la production et la consommation alimentaires ne sont pas sans effets sur l’environnement, ses suggestions nous aideront à fournir un effort pour réduire notre empreinte environnementale et, du coup, à manger mieux!

 

Sylvie-Josée Breault recommande :

La chimie verte à petits pas d’Émilie Ramel 

Une initiation à la chimie pour les enfants de 9 à 12 ans, selon une perspective écologique. Inclut expériences et jeu-questionnaire.

Le règne du vivant d’Alice Ferney

Un roman témoignant d’une lutte menée contre la surpêche et le braconnage. Le récit est inspiré des actions du militant écologiste Paul Watson.

Tout peut changer : capitalisme et changement climatique de Naomi Klein

Un vibrant plaidoyer en faveur d’une transformation des structures économiques et politiques actuelles au profit de sociétés plus équitables et respectueuses de l’environnement.

 

Esther Laforce recommande :

La vie habitable de Véronique Côté

Un appel à la poésie, cette force qui naît en nous de la joie, de la bonté, de la gratuité, de la beauté du monde et du territoire. Une invitation ardente et nécessaire à habiter le monde autrement.

Des anges mineurs d’Antoine Volodine

Paysages dévastés et fin de l’humanité forment l’horizon de ces quarante-neuf brèves fictions qui sauront nourrir de leur poésie l’imaginaire des consciences inquiètes de l’avenir du monde.

 

Marie-Line Champoux-Lemay recommande :

Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve d’Hubert Reeves

Hubert Reeves, habile vulgarisateur, nous raconte ici l’histoire de notre monde, du point de vue du cosmos (« la Belle-Histoire ») et de l’humanité (« la Moins-Belle-Histoire »). Il démontre par la même occasion à quel point tous les éléments formant l’écosystème de la vie terrestre sont interdépendants et comment la préservation des rapports existant entre ces éléments est garante de la pérennité de l’ensemble.

 

 

 

Pour davantage d’idées de lecture sur l’environnement et l’écologie, consultez Romans@lire!

 

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BÉCHARD, Deni, Des bonobos et des Hommes : voyage au cœur du Congo, Montréal, Les Éditions Écosociété, 2014, 446 p. Aussi disponible en version numérique

CÔTÉ, Véronique, La vie habitable, Montréal, Atelier 10, 2014, 95 p. Aussi disponible en version numérique

FERNEY, Alice, Le règne du vivant, Paris, Actes Sud, 2014, 208 p.

KLEIN, Naomi, Tout peut changer : capitalisme et changement climatique, Montréal, Lux éditeur, 2015, 640 p. Aussi disponible en version numérique

LAVALLÉE, Bernard, Sauver la planète une bouchée à la fois, Montréal, Éditions La Presse, 2015, 228 p. Aussi disponible en version numérique

RAMEL, Émilie, La chimie verte à petits pas, Arles, Actes Sud junior, 2014, 69 p.

REEVES, Hubert, Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve, Paris, Seuil, 2013, 162 p. Aussi disponible en version numérique

SANCHEZ, Pascal, La reine malade, Montréal, Les Films du 3 mars, c2011, DVD,  90 min, avec Anicet Desrochers.

SUZUKI, David, L’équilibre sacré : redécouvrir sa place dans la nature, Montréal, Boréal, 2014, 392 p. Aussi disponible en version numérique

VOLODINE, Antoine, Des anges mineurs, Paris, Seuil, 1999, 219 p. Aussi disponible en version numérique

Catégorie(s) : Documentaire jeunesse, Documentaires québécois, Essai, Films, Littérature française, Roman

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L’éveil de mademoiselle Prim

8 avril 2015 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

Mademoiselle Prudence Prim débarque à Saint-Irénée d’Arnois pour y passer une entrevue. Elle a répondu à une annonce : « Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire pour un gentleman et ses livres. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes d’enseignement supérieur s’abstenir. »

Malgré le fait qu’elle soit bardée de diplômes, Prudence Prim est engagée. Elle fait la connaissance de son employeur, un homme extrêmement cultivé mais peu délicat, avec qui elle a des conversations à la fois intéressantes et déroutantes. Celui-ci enseigne à plusieurs enfants du village comme le font d’ailleurs beaucoup de citoyens, chacun selon sa spécialité. À Saint-Irénée d’Arnois, l’éducation s’abreuve des textes classiques, mais n’est pas traditionnelle.

Tous les jours, mademoiselle Prim travaille à dépoussiérer la bibliothèque de son patron et à établir un système de classement. Durant ses temps libres, elle fait connaissance avec plusieurs habitants du village. Elle découvre un monde où on refuse la modernité, où prendre le temps de vivre et d’échanger est ce qui prime. Les habitants travaillent juste ce qu’il faut pour gagner leur vie, ils s’impliquent beaucoup dans le village et leur vie sociale est bien remplie. Celle-ci est toujours empreinte de chaleur humaine, de conversations littéraires, philosophiques ou psychologiques et les plaisirs de la table y sont très présents.

Cet art de vivre plait beaucoup à Prudence, mais elle est aussi bouleversée par certaines relations interpersonnelles qui viennent ébranler ses opinions et ses valeurs. C’est ainsi qu’elle se voit obligée de remettre en question ce qu’elle a érigé comme piliers dans sa vie.

Voilà un magnifique roman où les sentiments et les réactions physiques qu’ils provoquent sont merveilleusement décrits. Cette histoire baigne dans une atmosphère de légèreté et de profondeur satisfaisante. On a envie de déménager dans ce village utopique, d’en rencontrer les habitants et de partager leur douceur de vivre, leur vie simple et significative.

Il s’agit d’un hommage à la dolce vita : amour, amitié, hospitalité, tradition, lenteur, plaisirs de la table, culture et beauté.

L’auteure, Natalia Sanmartin Fenollera, voulait écrire un conte pour adultes et elle l’a fait avec une délicatesse que l’on savoure tout au long de la lecture. La quête de sens se mélange agréablement à l’éveil des sens. Il s’agit du premier roman de cette auteure espagnole qui travaille comme journaliste au quotidien économique Cinco Dias. Ce fut une très agréable découverte pour moi. D’ailleurs, ce roman a été une révélation internationale publié dans soixante-dix pays. J’attends le second avec impatience!

 

SANMARTIN FENOLLERA, Natalia, L’éveil de mademoiselle Prim, Paris, Grasset, 2013, 348 p.

Catégorie(s) : Littérature espagnole, Roman

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Une belle imagination

24 mars 2015 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Une petite maison d’édition de Mirabel a publié des contes portant sur les Indiens d’Amérique. Ces contes ont été rédigés par des d’élèves de la polyvalente de Sainte-Agathe-des-Monts, faisant partie du groupe d’Option des Amériques de première secondaire.

On peut s’imaginer le plaisir qu’ils ont eu à écrire leurs récits!

Certains élèves ont choisi de mettre en scène des aventures qui éprouvent le courage des héros dans l’adversité. Par exemple, le « clan des Têtes rasées » attaque sans cesse le village : il faut alors penser à bâtir des fortifications. Ailleurs, un chaman teste le courage d’un jeune. Vite, il lui faut trouver de l’aide. « Avec mes nouveaux alliés, plus rien ne m’effrayait. J’étais plus fort qu’autrefois. Ils n’avaient qu’à venir, je les attendais! ». Parfois, il faut penser à s’allier à d’autres, comme « l’Alliance Tomahawk », afin de libérer des compatriotes capturés par l’ennemi.

Mais les armes ne sont pas toujours la solution, comme le constate Amarok, qui a l’intention de venger Tekoa. Un moment donné, Amarok s’élance dans la bataille jusqu’à ce que la jolie Taima l’arrête en lui disant que la « violence ne règle rien ». Amarok ne l’oublie pas. « Un an plus tard, je me mariai avec Taima et nous eûmes deux filles et un garçon. »

Le thème de l’amour revient souvent. Pour plusieurs, l’amour suffit à régler les conflits et à abolir les frontières. Par exemple, deux peuples amérindiens ont beau être en guerre depuis des générations, il suffit qu’un mariage survienne entre deux membres de ces peuples antagonistes pour que cessent pillages et massacres. Le surnaturel – le Grand Manitou – joue aussi le même rôle.

Certains élèves, plutôt nombreux, sont très sensibles à la place importante des femmes dans l’univers de l’Iroquoisie. Par exemple, ils savent qu’en Iroquoisie, c’est l’homme qui emménage dans la maison de l’élue de son cœur, non l’inverse.

On voit que les jeunes filles ne s’accommoderaient pas facilement de rôles limitatifs pré-établis, comme le montre l’histoire du chaman Meika, une femme qui se déguise en homme étant donné que chez les Amérindiens, les femmes ne peuvent pas être chaman. Mais heureusement, un jour, « la loi change » et Meika peut alors vraiment  dire qui elle est … et rester chaman. Autre exemple, la chasse, domaine traditionnellement masculin. Dans une de ces histoires, une jeune Algonquine devient l’exception qui confirme la règle.

Ce livre est consultable sur place à la Collection nationale.

Toutes mes félicitations aux étudiants qui ont exprimé une joyeuse créativité. Bravo à leur professeur du cours d’univers social qui a contribué à donner vie à ce livre, ce qui illustre l’importance d’avoir des adultes allumés, qui ne dorment pas au gaz, dans la vie des jeunes. Et bravo à l’éditeur, le bien nommé Marchand d’idées, qui montre aux jeunes, de façon tangible, qu’ils peuvent réaliser de bien belles choses dans leur vie.

Les Amérindiens, un voyage dans le passé, recueil de récits créé par les élèves de la Polyvalente des Monts, Mirabel, Marchand d’idées, 2014, 130 pages.

Catégorie(s) : Littérature jeunesse, Littérature québécoise

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Travestis en triple

17 mars 2015 par Gisèle Tremblay Pas de commentaires

Nouvelle job, nouvel appartement, nouveau cahier d’écriture, nouvelle vie! Dans Le cahier rouge de Michel Tremblay, Céline Poulin, 25 ans, ex-waitress et presque naine, tourne le dos à la médiocrité de son ancienne vie et prend son envol.

cahier rougeL’Expo 67 bat son plein; dans le Red Light, les touristes du monde entier affluent et chacun lâche son fou : Fine Dumas ramasse l’argent à la pelletée avec Le Boudoir, une boîte de nuit très spéciale, doublée d’un bordel de travestis. Pour orchestrer les activités de cette maison close pas comme les autres, Madame Dumas avait besoin d’une perle rare. Elle l’a trouvée en la personne de Céline, dure à l’ouvrage, crâneuse et déterminée. Dans sa robe verte à paillettes et ses souliers « rouge sang comme ceux de Dorothy dans The Wizard of Oz », la jeune femme endosse le rôle d’hôtesse de bordel avec sérieux. Tandis que ses ouailles se démènent comme de beaux diables avec des touristes qui s’encanaillent et des fils de bonne famille qui jettent leur gourme, Céline voue à ses six « filles » une affection sans faille, sans jamais les juger. Elle les couve tant bien que mal, peinant à les garder sous son aile protectrice.

Dans son beau cahier rouge, Céline raconte son quotidien entremêlé à celui de ses amis travestis, épopée tantôt misérable, tantôt loufoque, comme cette pièce d’anthologie, le jour du 60e anniversaire de Fine Dumas partie fêter à l’Expo avec sa bande de folles. Attendez-vous à tout : c’est savoureux et touchant, excentrique et disjoncté à souhait.

Chéri-Chéri

Il est beaucoup question de rimmel, de poudre et de houppettes, de bustiers et de guêpières dans Chéri-Chéri de Philippe Djian. Comme lectrice, j’ai joué les voyeuses, témoin du rasage, du maquillage, du déshabillage et du rhabillage en coulisses. Écrivain fauché le jour, Denis se transforme chaque nuit en femme fatale et monte sur scène dans un cabaret de travestis, sous prétexte de gagner sa vie. Ni prostitué ni homosexuel, il jouit du travestissement, sans plus. L’histoire déraille avec un beau-père mafieux et on a droit à pas mal d’action : on imagine facilement un film, comme pour d’autres livres de Djian. Le style est vif, mordant, le tout est très bien tourné, à la fois léger et corsé. En ce sens, c’est réussi, mais l’univers créé par Djian semble bien superficiel, comparativement à la densité de celui établi par Tremblay avec Le Boudoir et ses protagonistes.

 Je me souviens de Zazie

Ces deux livres ont éveillé chez moi le souvenir du couple formé par Gabriel et Marceline dans un autre livre, Zazie dans le métro de Raymond Queneau, lu à l’école secondaire.

Marceline… la délicate épouse de Gabriel, si discrète qu’elle ne saurait rougir, se limitant au rose : « Marceline baissa les yeux et rosit doucement. ». Marceline, au langage châtié, qui s’esclaffe quand l’assaillant qui prétend la violer se débat avec la conjuguaison : « Vêtissez-vous! vêtissez-vous! Mais vous êtes nul. On dit : vêtez-vous. ». Comme les jeux de Queneau avec la langue m’ont amusée alors!

Et Gabriel, l’oncle de la petite Zazie en visite à Paris : vous souvenez-vous de lui, ce colosse parfumé? Gabriel, qui ne travaillait que la nuit, et qui portait un tutu pour son numéro de danseuse dans un cabaret pour homosexuels, en tant que Gabriela.

Gabriel-Gabriela, Marceline-Marcel : un couple inoubliable, tout comme les jeux de haute voltige stylistique dans l’œuvre de Queneau.

 

TREMBLAY, Michel, Le cahier rouge, Montréal, Leméac, Arles, Actes Sud, 2004, 332 p.

DJIAN, Philippe, Chéri-Chéri, Paris, Gallimard, 2014, 193 p.     Aussi en format numérique

 QUENEAU, Raymond, Zazie dans le métro, Paris, Gallimard jeunesse, c1994, 235 p.

Catégorie(s) : Littérature française, Littérature québécoise, Livres numériques, Roman

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Quartiers disparus

10 mars 2015 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

Le Centre d’histoire de Montréal a présenté une magnifique exposition de juin 2011 à septembre 2013 intitulée Quartiers disparus. Le matériel de départ de cette exposition est une collection exceptionnelle de photographies d’époque conservées aux Archives de la Ville de Montréal. Elles ont été prises par des photographes municipaux qui avaient pour mission de fixer sur la pellicule les immeubles de trois quartiers qui allaient être démolis : le Red Light, le Faubourg à m’lasse et le Goose Village. Considérés comme vétustes et insalubres, ces quartiers ont été détruits pour construire des logements sociaux, des routes et des immeubles.

Pour donner vie à ces photographies, le Centre d’histoire de Montréal, spécialisé dans l’histoire orale, a interviewé d’anciens résidents de ces quartiers, des intervenants de l’époque et des experts. Les témoignages, résultat de 75 heures de tournage, ont fourni une multitude de regards intéressants sur cette période de grands bouleversements urbains.

Cette exposition a connu un tel succès que les visiteurs ont exprimé le désir qu’elle subsiste dans un livre. Paru aux Éditions Cardinal en 2014, Quartiers disparus est un livre de table chic, sur papier glacé; les 121 photographies noir et blanc retenues sont accompagnées de nombreux témoignages comme dans l’exposition du même nom.

Les photos de ces quartiers populaires, habités surtout par des familles, illustrent des maisons à logements, des gens penchés à leur fenêtre, travaillant dans leur cour ou occupant les trottoirs. On y voit aussi des commerces de quartier : épiceries ou restaurants du coin, barbiers, ateliers divers, cordonneries, blanchisseries et garages.

Les témoignages ajoutés aux photos nous permettent de voyager dans le temps et de sentir combien ces quartiers grouillants de vie ont été importants pour leurs résidents.

Quartier essentiellement canadien-français, avec une part d’immigrants d’Europe de l’Est, le Red Light était situé en bonne partie au nord de la rue Sainte-Catherine jusqu’à Ontario, entre Saint-Dominique et Sanguinet. Il avait mauvaise réputation à cause des maisons de prostitution et des établissements de jeu dominés par le crime organisé. L’expression Red Light, dont l’origine est multiple, désigne à travers le monde les quartiers urbains où le commerce du sexe est important.

Vers 1950, les trois quarts des logements de ce quartier ont plus de 60 ans; ils sont délabrés, leur plomberie est défectueuse et le tiers n’ont pas de baignoire. Ils seront détruits pour faire place aux Habitations Jeanne-Mance – des logements sociaux – inaugurées en 1959 et comprenant 877 appartements.

Le Faubourg à m’lasse était un quartier francophone aux frontières mal définies. Il était situé entre le fleuve et la rue Sainte-Catherine et entre le Vieux-Montréal et le quartier Hochelaga. On croit qu’il doit son nom à la proximité du port où avait lieu le déchargement des barils de mélasse ou encore au fait que ses habitants, pauvres, mangeaient de la mélasse plutôt que du sucre car elle était moins chère.

Les logements y étaient disparates et vétustes avec des hangars recouverts de tôle à l’arrière. Ils ont été démolis (1953-1955) pour élargir le boulevard Dorchester (René-Lévesque) et bâtir la Place Radio-Canada et son stationnement (1963-1964) entre les rues Dorchester, Wolfe, Viger et Papineau.

Goose Village (Village-aux-Oies) était situé en bordure du fleuve Saint-Laurent (où l’on pouvait chasser les oies), tout près du pont Victoria. On l’appelait également Victoriatown. C’était une petite enclave résidentielle dans une zone ferroviaire et industrielle entre la rue Mill au nord, Bridge à l’ouest et Riverside au sud et à l’est. Ses petites maisons à deux étages avec des hangars avaient surtout été bâties de 1870 à 1900 et mal entretenues. Ce quartier multiethnique et anglophone a été démoli en 1964 pour construire l’autoroute Bonaventure et l’Autostade Expo 67 par ailleurs démoli à la fin des années 1970.

Dans les années 1950 et 1960, la lutte aux taudis était une véritable croisade. Les gouvernements avaient un discours de rattrapage face à la modernité. C’était la Révolution tranquille et la fièvre de l’Expo 67.

La bibliographie de Quartiers disparus est riche de nombreux ouvrages sur l’histoire de Montréal disponibles à la Grande Bibliothèque et de cartes et plans disponibles en ligne sur le site de BAnQ.

Si vous avez le loisir de vous plonger dans ce magnifique volume qu’est Quartiers disparus, vous voyagerez dans le temps et découvrirez une partie de la richesse historique de Montréal et de ses quartiers où nous circulons et que nous croyons connaître.

 

CHARLEBOIS, Catherine et Paul-André LINTEAU, (dir.), Quartiers disparus, Montréal, Cardinal, 2014, 311 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois

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L’odyssée de Louis Zamperini

5 mars 2015 par Maryse Breton Pas de commentaires

Invincible de Laura Hillenbrand, l'histoire de Louis ZamperiniL’histoire de Louis Zamperini, coureur olympique et bombardier dans l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, en est une de pur héroïsme.

Comme beaucoup d’autres immigrants de deuxième génération aux États-Unis dans les années 20, Louis est d’origine modeste. Il grandit à Torrance en Californie et, après une courte carrière victorieuse comme coureur de demi-fond, il s’enrôle dans l’armée. Il devient caporal d’artillerie dans les forces de l’air et est envoyé à Hawaii en novembre 1942. En mission pour retrouver un B-24 perdu, Louis et tous les membres de son équipage s’écrasent au-dessus du Pacifique le 27 mai 1943. Des 11 soldats à bord de l’avion, seuls Louis et deux autres compatriotes survivent. Bravant tempêtes et intempéries, tirs ennemis et attaques de requins, sans compter les maux qui guettent les naufragés sans provisions ni moyens de communication, Louis, Phil (Russell Allen Phillips) et Mac (qui meurt au trente-troisième jour) dérivent en mer pendant 46 jours dans un canot de sauvetage.

Louis et Phil finissent par atteindre les îles Marshall, mais toute la joie d’être finalement délivrés de leurs souffrances est de courte durée.

Les Japonais interceptent leur embarcation en juillet 1943 et emmènent les deux hommes au camp de prisonniers de guerre de Kwajalein sur l’île de Makin. Les conditions de vie sont assez difficiles pour les prisonniers (même si le Japon était signataire de la convention de Genève qui prévalait alors, celle de 1929). Louis est séparé de son frère d’armes et est détenu dans deux autres camps avant de terminer sa captivité en 1945 à Naoetsu où, sous le joug d’un garde particulièrement sadique et cruel, il subira de la torture physique et psychologie.

Laura Hillenbrand, auteure de Seabiscuit, a mis sept années à écrire Invincible. Non seulement a-t-elle pu interviewer Zamperini ainsi que d’autres témoins pendant plusieurs années, mais elle a aussi eu accès aux archives militaires et aux lettres des prisonniers et de leur famille pour tisser cette saga.

Bien qu’elle aborde un sujet douloureux (certains passages de torture sont difficiles à lire), l’auteure parsème son récit d’épisodes comiques qui allègent le ton. Même dans les pires conditions de captivité, les soldats américains partageaient des jeux secrets et des plans de sabotage qui leur permettaient de garder espoir, de combattre l’ennemi et d’ainsi survivre. L’espièglerie, l’humour et certaines anecdotes, un brin embellies, nous aident à entendre la voix de Louis Zamperini. Il est à noter qu’une liste impressionnante de sources vient corroborer plusieurs des descriptions et des événements relatés par Louis et les autres prisonniers interviewés.

Le camp Naoetsu est libéré en septembre 1945, quatre semaines après Hiroshima. Louis revient chez lui changé, marqué et en choc post-traumatique. Le récit de sa vie après son retour aux États-Unis, que Hillenbrand aborde brièvement, permet de conclure sur une note positive et d’accroître notre admiration pour cet homme qui réussira à pardonner à ses bourreaux les mauvais traitements qu’il a subis. Louis Zamperini est décédé en 2014, à l’âge de 97 ans.

Invincible est une merveilleuse histoire de la guerre du Pacifique, un chapitre moins connu de la Seconde Guerre mondiale.

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HILLENDRAND, Laura, Invincible : une histoire de survie et de rédemption, Paris, Presses de la Cité, 2012, 571 p.

HILLENBRAND, Laura, Unbroken : a World War II story of survival, resilience, and redemption, New York, Random House, 2010, 473 p.

Catégorie(s) : Biographies, Guerres et conflits armés, Histoire des États-Unis

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Propos d’un stratège politique

3 mars 2015 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

L’émission télévisée À la page propose des face-à-face entre l’historien Éric Bédard et d’importants essayistes comme François Ricard et Denise Bombardier.

En nous faisant découvrir ou redécouvrir des auteurs de talent qui font comprendre le Québec, cette émission donne le goût de lire leurs livres. C’est ce que j’ai fait après avoir regardé l’émission mettant Claude Morin en vedette … sans l’avoir regretté un seul instant.

Au départ, rappelons que cet homme politique n’est pas le dernier venu. L’encyclopédie en ligne Bilan du siècle qualifie son rôle de « déterminant » dans la définition de la stratégie d’accession à la souveraineté du Parti québécois, axée sur une démarche référendaire.

Son livre comporte trois thèmes : la souveraineté du Québec, des souvenirs de vie politique (débutant avec sa nomination comme sous-ministre sous Jean Lesage), et l’éternelle question de l’existence de Dieu.

Claude Morin écrit avec clarté. « Quand on se parle à demi-mot, écrit-il en introduction, on se comprend à moitié. ».

D’entrée de jeu, Claude Morin avoue que l’évolution politique des vingt dernières années, consécutive à la défaite référendaire de 1995, l’a touché, mais non pas abattu. « En regardant évoluer le Québec, j’ai parfois été déprimé, mais je n’ai jamais perdu confiance , dit-il, en ajoutant qu’il pense qu’un jour les Québécois voudront assumer la maîtrise de leur avenir. »

Et parce qu’il a une longue expérience, il dresse un parallèle avec la situation actuelle et celle du Québec d’entre 1945 et 1960. Avant la Révolution tranquille, écrit-il, les faiseurs d’opinion cherchaient à convaincre les Québécois qu’ils étaient nés pour un « petit pain ». Or, depuis le référendum de 1995, ajoute-t-il, bien des commentateurs, analystes et animateurs radio et télé font tout leur possible pour faire revivre cette mentalité, notamment en recommandant au bon peuple de fuir les sujets difficiles sous prétexte qu’ils divisent, ce qui inclut maintenant, dit-il, la simple défense des compétences du gouvernement du Québec.

L’influence de ces commentateurs est grande, car elle s’appuie sur une certaine psychologie collective, la même qui explique l’existence de ce qu’il désigne comme étant un « mur psycho politique » face à l’idée de souveraineté.

Claude Morin ne conseille pas aux souverainistes de foncer tête baissée sur ce mur. En politique, énonce-t-il, il faut « partir de l’endroit où les gens sont et non de là où on aimerait qu’ils soient déjà arrivés. Mieux vaut contourner les obstacles que de se précipiter dessus ».

Autrement dit, un troisième référendum sur la souveraineté risquerait de donner les mêmes résultats que les précédents, d’autant plus que sa simple évocation risque, « dans les conditions actuelles », d’entraîner la défaite électorale du Parti québécois.

Que faire? Il examine les trois solutions les plus couramment envisagées par les souverainistes, afin d’en souligner les limites. Les référendums sectoriels, parce qu’ils seraient sectoriels, n’auraient pas d’incidence sur la dynamique profonde du fédéralisme canadien. Les « gestes de rupture » seraient impraticables. L’accession à la souveraineté par un vote de l’Assemblée nationale ne passerait pas facilement compte tenu de l’opposition éventuelle d’une majorité de la population. Finalement, une Constitution d’un Québec souverain, élaborée avant sa souveraineté, devrait faire l’objet d’un référendum qui finirait par porter, en pratique, sur la souveraineté elle-même…

Il suggère ainsi une stratégie dite de « défense de l’identité québécoise » visant la reconnaissance constitutionnelle de la nation, ce qui impliquerait l’affirmation du droit à l’auto-détermination et la confirmation des pouvoirs actuels du Québec dans les domaines déjà reconnus en vertu de la Constitution actuelle.

Dans cette perspective, la souveraineté ne serait « pas forcément » le moyen que devrait prendre le Québec au cours des prochaines années afin de renforcer ce qu’il désigne comme étant l’objectif politique fondamental, à savoir la sauvegarde et l’épanouissement de son identité nationale.

« Ou l’on ouvre une voie inédite, dit-il, ou l’on capitule. »

Et « en nous disant Oui à nous-mêmes, nous contournerions pour la première fois le mur », écrit-il.

Dans la seconde partie de son livre, Claude Morin évoque des souvenirs de sa vie politique et professionnelle, par exemple, l’âme de bâtisseurs qui animait les constructeurs de l’État moderne de la Révolution tranquille. Il parle aussi un peu de son enfance, et de sa passion déterminante pour la lecture, transmise par son père.

L’animateur radio Michel Lacombe a présenté ce livre comme étant le « testament politique » de Claude Morin. Celui-ci écrit que « les probabilités que ce livre soit mon dernier sont fortes ». À plus de 80 ans, on peut comprendre sa prudence. Souhaitons simplement qu’il aura d’autres occasions d’apporter sa pierre à l’édifice du débat public sur l’avenir du Québec : il a encore beaucoup à donner.

MORIN, Claude. Je le dis comme je le pense : souveraineté, vie politique, religion, Montréal, Boréal, 2014, 221 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Politique Canada-Québec

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Réparer les vivants de Maylis de Kerangal : l’importance du cœur

24 février 2015 par Marie-Line C. Lemay Pas de commentaires

En 1959, les médecins français Maurice Goulon et Philippe Mollaret dressent le constat révolutionnaire de ce qu’ils nomment le « coma dépassé » : un état de mort cérébrale qui, grâce aux outils de réanimation, permet au corps de conserver l’apparence de la vie. Cette réalisation fondamentale ouvre la voie à des avancées médicales sans précédent, telles que la transplantation d’organes.

Les répercussions de cette découverte sont immenses, tant d’un point de vue organique que symbolique : « Car ce que Goulon et Mollaret sont venus dire tient en une phrase en forme de bombe à fragmentation lente : l’arrêt du cœur n’est plus le signe de la mort, c’est désormais l’abolition des fonctions cérébrales qui l’atteste. » (p. 44)

C’est un déplacement difficile à appréhender puisqu’il bouleverse notre façon de concevoir -mais aussi d’accepter- la mort. Le cœur est lourdement chargé de sens dans l’imaginaire collectif : c’est l’allégorie de la vie, le lieu de l’intime, le véhicule des émotions, le synonyme de l’amour.

Et c’est sur cette idée que se fonde le plus récent roman de Maylis de Kerangal : Réparer les vivants.

L’action se déroule en 24 heures chrono, aujourd’hui, non loin de Paris. Simon Limbres, jeune homme de 19 ans, adepte de surf, sombre dans un coma irréversible à la suite d’un accident de voiture. Sitôt le diagnostic posé, une course contre la montre s’amorce afin de permettre le prélèvement des organes et leur transport vers d’autres corps. Le précieux cœur du jeune homme, de par son poids symbolique, devient en quelque sorte l’enjeu du roman.

Maylis de Kerangal excelle à évoquer la complexité de la relation que nous entretenons avec cet organe. Les paradoxes sont multiples et souvent douloureux. En effet, comment reconnaitre la mort d’un être, d’un fils, dont le cœur bat encore? Réparer les vivants est aussi une fascinante plongée dans l’univers médical de la réanimation et de la chirurgie. On en découvre, presque avidement, les acteurs et la dynamique d’équipe.

La prose de l’auteure, faite de longues phrases dont on peine à s’arracher, rythme la lecture et maintient le lecteur sur le qui-vive. Elle traduit admirablement les moments d’accélération et d’attente, les réflexions, les sentiments et les gestes qui durant 24 heures accompagneront le voyage du cœur.

Réparer les vivants a remporté de nombreux prix littéraires en France et est actuellement en lice pour le Prix des libraires du Québec 2015 (catégorie Roman hors Québec).

KERANGAL, Maylis de, Réparer les vivants, Paris, Verticales, 2013, c2014, 280 p.

Aussi disponible en version numérique

Catégorie(s) : Littérature française

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Terminus Allemagne, par Ursula Krechel : une vie brisée

17 février 2015 par Esther Laforce Pas de commentaires

Terminus Allemagne

C’est avec la joie et l’angoisse de retrouver Claire, sa femme aryenne quittée près de dix ans plus tôt, et avec l’espoir de refaire la vie qu’on lui a brisée quinze ans auparavant, que le juge Richard Kornitzer, d’origine juive, revient en Allemagne en 1948. Si les retrouvailles des époux sont douces, malgré les longues années d’exil de Richard à Cuba, et malgré les souffrances endurées par Claire qui fut incapable de sortir à temps de l’Allemagne nazie avant le déclenchement de la guerre en septembre 1939, le retour dans ce pays détruit par les bombardements alliés, hanté par les violences passées, se fait plus difficile.

Car Richard Kornitzer veut qu’on lui permette de réintégrer les fonctions qui auraient été les siennes dans le système judiciaire allemand, n’eut été les mesures antisémites qui l’en chassèrent dès 1933. On lui accorde donc un poste de juge dans le champ de ruines qu’est devenue la ville de Mayence. Troublé par le fait que ses collègues sont des Allemands restés en poste durant la guerre, et donc près du régime nazi, Kornitzer finira, au cours des années, par sentir qu’on l’empêche de progresser dans la hiérarchie.

Mais la partie de sa vie la plus difficile à reconstituer sera sans doute sa vie familiale. Claire et Richard lancent en effet des recherches pour retrouver leurs deux enfants qu’ils ont dû envoyer en Angleterre en janvier 1939. Dans une ferme de la campagne anglaise, le couple retrouvera les deux enfants devenus adolescents. Mais ceux-ci ont presque perdu le souvenir de leurs parents, qu’ils croyaient morts, et de leur nationalité allemande. Car ils ont appris durant les années de guerre à craindre ces Allemands qui lançaient des bombes sur le toit des maisons anglaises. Étant donné leur fragilité émotive, qui commençait à s’estomper grâce aux liens affectifs qu’ils avaient enfin pu créer avec les membres de la dernière famille qui les avait accueillis, il aurait finalement été plus simple que leurs parents ne reviennent jamais les chercher.

Terminus Allemagne est un roman d’une extraordinaire densité, qui mélange la saga familiale à la fine analyse psychologique, la fiction et le portrait d’une époque par la description d’événements historiques d’une précision presque archivistique, la poésie et la factualité brute des rapports administratifs. Inspiré d’écrits documentaires sur le Kindertransport, le récit du sort des enfants Kornitzer est, entre autres, particulièrement bouleversant. Un roman exigeant, douloureux mais envoûtant, dont on sort marqué. L’auteure, Ursula Krechel, a remporté le Prix du livre allemand en 2012 pour Terminus Allemagne (en allemand, Landgericht).

KRECHEL, Ursula, Terminus Allemagne, Paris, Carnets Nord, Éditions Montparnasse, 2014, 437 p.

Catégorie(s) : Guerres et conflits armés, Littérature allemande

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Ian Kelly

3 février 2015 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

Né Ian Couture le 30 mars 1979 à Montréal, Ian Kelly, est un auteur-compositeur-interprète anglophone dont j’ai fait la découverte récemment. Il a déjà quatre albums à son actif; le dernier, All these lines, lancé en 2013, a figuré parmi les dix albums les plus vendus au Canada dans iTunes à sa sortie. Sa chanson la plus connue est Take me home, sur l’album Speak your mind.

 Je qualifierais sa musique de folk-rock d’atmosphère avec des textes parfois idéalistes et empreints d’une certaine nostalgie. J’aime l’écouter en regardant dehors tout en rêvant, passagère en voiture ou à la maison. Certaines chansons comme The world stopped turning semblent faites pour rouler; il y raconte comment sa rencontre avec son amoureuse a changé sa vie.

Sa poésie est accessible. J’aime quand il parle de son fils comme d’un astronaute tellement il est spécial. Il écrit qu’il ne sait pas où il vit, mais il sait où est sa chambre! L’accompagnement de piano apporte une deuxième ligne mélodique très réussie.

Ses chansons douces sont particulièrement belles, mais les plus rock se dansent très bien comme All these lines où il évoque toutes ces phrases qui occupent son esprit, attendant d’être écrites. Le refrain donne envie de chanter haut et fort. On sent que l’artiste se défoule.

The best years, avec la participation de Coral Egan, est magnifique. Le texte est une prise de conscience du bonheur actuel et de son côté éphémère.

Breakfast for the soul est une ode au soleil qui revient. Elle se danse très bien, tout comme I just can’t dance où Ian Kelly avoue se donner une multitude d’excuses pour ne pas mettre en évidence le piètre danseur qu’il est!

 En entrevue, Ian Kelly parle de ses préoccupations sociales et environnementales peut-être davantage que dans ses textes. Lorsque je l’ai vu en spectacle, j’ai trouvé qu’il se livrait peu entre ses chansons. C’est dommage, car il a beaucoup à dire mais il semblait très nerveux. Cela ne l’a pas empêché de bien rendre ses chansons et il était entouré d’excellents musiciens. Peut-être fait-il partie de ces artistes qu’on préfère sur disque…

 
CD de musique

 

KELLY, Ian, All these lines, Montréal, Audiogram, 2013.

Catégorie(s) : Musique

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Les Amérindiens des États-Unis et la question du génocide

21 janvier 2015 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Depuis une dizaine d’années, d’ambitieux historiens veulent élargir notre compréhension des causes de la destruction des peuples amérindiens aux États-Unis en comparant leur situation passée à des conflits du XXe siècle ayant mené à des déportations de masse ou encore, à des génocides.

Par exemple, l’impitoyable conquête militaire des Amérindiens du Texas par les Anglo-Américains a été réinterprétée par le très coté historien Gary Clayton Anderson comme un événement précurseur des « nettoyages ethniques » dont l’ex-Yougoslavie des années quatre-vingt-dix se rendra tristement célèbre.

Effleuré par Timothy Snyder dans Terres de sang, le parallèle entre l’Allemagne nazie à la recherche d’« espace vital » à l’Est et la ruée vers l’Ouest (du Far West) des Anglo-Américains a été mené à son point ultime par Carroll P. Kakel. Dans le cadre d’une thèse de doctorat récemment publiée, ce jeune historien soutient que la ruée vers l’Ouest a abouti à des « guerres génocidaires de conquêtes, soutenues par l’État ».

Face à ces nouvelles mises en perspective, un spécialiste des études sur les génocides s’est mis de la partie. Dans un livre intitulé Native America and the question of genocide, Alex Alvarez s’interroge sur la pertinence du concept de génocide appliqué à l’histoire des Amérindiens des États-Unis. Rattaché au Martin-Springer Institute for Teaching the Holocaust, Tolerance, and Humanitarian Values de la Northern Arizona University, ce spécialiste de la question est également professeur de criminologie.

Ça promet. Mais parce qu’il compte moins de 200 pages, son livre ne peut pas, pour reprendre les termes de l’auteur, donner de « réponse définitive » à une question qui est tout, sauf simple, puisqu’elle exige notamment une connaissance approfondie de plus de trois siècles de relations entre Anglo-Américains et Amérindiens.

Le livre s’ouvre avec une citation du leader Chaouanon (Shawnee en anglais) Tecumseh, mort en 1813 : « Où sont passés les Pequots, les Narragansetts, les Mahicans, les Pokanokets? Ces tribus, déjà puissantes, ont disparu en raison de l’avarice et de l’oppression de l’Homme Blanc, comme la neige fond au soleil ».

Or, mis à part les Pequots, l’auteur n’étudie pas les causes de la disparition des peuples mentionnés par Tecumseh.

Son livre s’attache surtout à définir ce qu’est un génocide. Selon l’auteur, s’il n’y a pas d’intentionnalité d’extermination, si la tuerie n’est pas exhaustive, systématique et délibérée, si elle n’est pas effectuée par l’État (ou par procuration), comme l’Allemagne nazie à l’égard des Juifs et de peuples d’Europe de l’Est, on ne pourrait alors pas parler de génocide.

En d’autres termes, un massacre n’est pas toujours synonyme de génocide.

L’auteur pense ainsi qu’aux États-Unis, les massacres d’Amérindiens ont été nombreux, mais que les cas de génocides ont été rares.

Il en mentionne deux : les Pequots, d’ailleurs exterminés avec la participation active d’autres Amérindiens dont les Agniers (ou Mohawks), ainsi que les Amérindiens de Californie au XIXe siècle, mis en pièce lors de la ruée vers l’or.

Souvent donné en exemple lorsqu’il est question de guerre bactériologique, le général Jefferey Amherst ne serait peut-être pas, selon l’auteur, le génocidaire auquel on se réfère souvent. Rappelons qu’Amherst avait clairement exprimé par écrit une intention d’extermination des troupes de Pontiac en 1764. « Vous feriez bien d’essayer d’infecter les Indiens avec des couvertures, ou par toute autre méthode visant à exterminer cette race exécrable ». Mais en l’absence de preuves sur les résultats, il serait impossible, dit l’auteur, d’affirmer que ses intentions se sont effectivement concrétisées.

Par ailleurs, l’auteur croit que les visées assimilationnistes des écoles de réserves américaines de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle devraient être qualifiées de « génocides culturels ».

De ce livre très prudent, on peut conclure, pour employer les mots de l’auteur, « à la complexité d’appliquer le concept de génocide au traitement historique des Amérindiens des États-Unis ». C’est déjà ça!

ALVAREZ, Alex. Native America and the question of genocide, Lanham (Maryland), Rowman & Littlefield, 2014, 203 p.

Catégorie(s) : Histoire des États-Unis

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Sur des oubliés du pays de l’Oncle Sam

12 janvier 2015 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

En 1776, les treize colonies américaines déclarent leur indépendance. Que se passait-il, cette année-là, à l’ouest des colonies fondatrices, dont la bande de territoire de 50 milles par rapport à l’océan Atlantique ne représente alors que 4 % de la masse terrestre nord-américaine?

Telle est la question que se pose l’auteur, un professeur d’histoire américaine.

À l’ouest, les Amérindiens résistent à l’avancée anglo-américaine, mais plus pour très longtemps. En raison du développement accéléré des réseaux commerciaux, de l’évolution malheureuse des rapports de force entre empires concurrents consécutive à la chute de la Nouvelle-France qui ne peut plus freiner l’appétit sans borne des Anglo-Américains pour la propriété terrienne, plusieurs peuples amérindiens disparaîtront de la carte et de l’histoire. Les survivants vivront dans des réserves.

Mise en ligne par l’éditeur du livre, une carte géographique interactive illustre à merveille l’irrésistible progression américaine vers l’ouest. À l’aide d’un curseur, on peut suivre, d’année en année, la fonte des territoires amérindiens et le développement des réserves. Entre 1776 et 1887, les Amérindiens perdent environ six milliards de kilomètres carrés de territoire, à travers un processus désigné par l’auteur comme étant une « invasion de l’Amérique », une expression déjà utilisée par le grand historien américain Francis Jennings pour qualifier l’irrépressible colonisation du pays.

Toutefois, contrairement à l’ouvrage de Jennings, ce livre-ci n’est pas un récit ordonné de conquête ou d’invasion.

On suit plutôt l’avancée coloniale à travers l’équivalent d’études de cas, comme des chapitres se lisant indépendamment les uns des autres. L’action se situe notamment en Alaska, dans le sud de la Californie, dans le Dakota du Sud, en Georgie ainsi que dans la région contrôlée par les amérindiens Osages, soit, grosso modo, entre les rivières Arkansas et Missouri à l’ouest du Mississippi.

Ce qui relie ces différents chapitres est l’idée que la destinée de tel ou tel peuple amérindien dépend désormais de ce qui se passe loin, très loin de chez lui. Par exemple, la demande en fourrures de l’aristocratie chinoise poussera des fournisseurs russes à franchir le détroit de Behring dans les années 1770. La recherche de peaux de loutres de mer fera le malheur des habitants de l’Alaska, les Aléoutes, qui seront massacrés par milliers. En réaction, craignant le développement d’une Nouvelle Russie le long de la côte du Pacifique, les Espagnols s’empresseront de coloniser les régions de San Diego et de San Francisco, ce qui provoquera l’effondrement démographique de groupes amérindiens locaux.

Le chapitre sur les Osages est différent, ce peuple ayant profité du rapport de force existant. Après la fin de la Nouvelle-France, qui était jusqu’à la Conquête le grand facteur régional dans le Missouri, l’Arkansas et même une partie du Kansas actuels, il y a un vide. Ni les États-Unis, ni l’Espagne n’ont la force militaire, diplomatique ou démographique pour s’imposer. Et ce vide, les quelque 5 500 Osages le combleront, notamment à titre de contrebandiers. Il semble d’ailleurs que les nombreux Canadiens (évidemment francophones) qui y vivaient y auraient aussi trouvé leur compte. « Dans la dernière moitié du dix-huitième siècle, les Osages doublèrent la taille de leur empire en incorporant 100 000 milles carrés de territoire, un rythme d’expansion similaire à celui des treize colonies au cours de la même période », affirme l’auteur. Mais même les Osages n’ont pu freiner très longtemps le cours de l’histoire. Aujourd’hui, ils vivent dans une réserve d’environ 3 700 milles carrés en Oklahoma.

Aux États-Unis, ce livre s’est fait remarquer en raison de sa lisibilité, et surtout à cause de la qualité de sa recherche, de sa sensibilité générale à l’égard de peuples oubliés et de l’idée d’interdépendance face aux décisions et aux choix qui se prennent un peu partout sur la planète.

SAUNT, Claudio, West of the Revolution: An Uncommon History of 1776, New York, W.W. Norton and Company, 2014, 283 p.

Catégorie(s) : Histoire des États-Unis

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Le liseur du 6 h 27

5 janvier 2015 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

 

Guylain Vignolles, surnommé vilain guignol, est un jeune homme de 36 ans qui travaille dans une usine qui broie les livres invendus pour en faire de la pâte à papier. Il n’aime ni son nom, ni son travail, ni sa vie. Il habite seul avec pour unique compagnon un poisson rouge à qui il se confie.

Heureusement qu’il y a les mots! Ceux sur les pages que la machine n’a pas réussi à broyer et dont Guylain fait la lecture à haute voix; ceux de son collègue qui adore le théâtre classique et qui déclame des tirades en alexandrins; ceux de l’ami Giuseppe, remplis d’espoir et ceux d’une clé USB trouvée en prenant le train de banlieue.

Si les personnages de ce roman sont colorés, leurs vies sont plus qu’ordinaires. Leur quotidien est tellement répétitif qu’ils doivent faire preuve de génie pour cultiver leur créativité. C’est ce qui les rend attachants.

Pour chacun d’eux, grâce aux mots écrits ou lus, quelque chose d’inattendu et de vivant va se produire. Cela viendra nourrir leur vie pour la rendre plus ample, plus belle. Ils peuvent enfin quitter ce qui la rend si morne. Les mots servent de perches vers une vie plus grande.

Ce premier roman de Jean-Paul Didierlaurent est un conte de fées moderne qui n’en a pas l’air au premier abord. Laissez-vous voguer sur cette gondole : vous ferez une promenade charmante.

L’auteur est davantage connu pour ses nouvelles dont Brume et Mosquito pour lesquelles il a remporté le prix Hemingway en 2010 et en 2012. Le liseur du 6 h 27 a connu beaucoup de succès en France et près de 25 pays en ont acquis les droits de traduction.

 

DIDIERLAURENT, Jean-Paul, Le liseur du 6h27, Montréal, Édito, 2014, 181 p.

Catégorie(s) : Littérature française

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Saison festive

17 décembre 2014 par Maryse Breton Pas de commentaires

Elles ne sont pas parées de papier coloré et de rubans brillants, mais elles sont tout aussi scintillantes que des cadeaux sous le sapin. Voici nos suggestions de lecture, de films et de musique en cette saison festive. Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes et vous offrons nos meilleurs vœux pour la nouvelle année!

Sylvie-Josée Breault recommande Déjà Noël de Frédérique Bertrand.

Tel un cadeau unique, ce roman graphique s’avère en tout point singulier. De par son emballage d’abord, car Frédérique Bertrand, illustratrice expérimentée, confère à l’ouvrage tout son esthétisme. La couleur, la calligraphie, d’élégants dessins réalisés à la feuille de carbone rehaussent les pages et attirent le regard. Le contenu étonne tout autant. L’auteure utilise un ton personnel et poétique où s’harmonisent parfaitement mots et images. Alors que s’amorce la course folle des fêtes (les emplettes, le déploiement de l’arbre de Noël, etc.), nous découvrons les réflexions d’un homme qui s’interroge sur la vie qu’il mène et sur sa relation de couple. Différente, stimulante, rafraîchissante, cette lecture représente un répit bienvenu en cette période des fêtes, disons-le, assez stressante.

 

Esther Laforce recommande Esprit d’hiver de Laura Kasischke.

Un matin de Noël commençant par une pensée angoissante et un retard n’annonce pas une journée de réjouissances. Ce sont les premiers éléments de tension de ce roman à l’écriture envoûtante, au cours duquel une mère est confrontée à sa fille adolescente. La journée avance au rythme des souvenirs qui lui reviennent de l’inquiétant orphelinat de Sibérie où elle a adopté sa fille, quelques années plus tôt. Les invités se décommandant les uns après les autres pour le souper de Noël, empêchés par un blizzard de plus en plus intense, c’est à un huis clos étouffant que le lecteur est convié, un de ceux capables de prolonger jusqu’au milieu de la nuit une ou deux soirées du temps des Fêtes.

 

Gisèle Tremblay recommande Des histoires de lutins de Jean-Claude Dupont.

Je le confesse, avant de lire Des histoires de lutins, de Jean-Claude Dupont, j’étais peu sensible à l’existence des lutins québécois. Comme tout un chacun, certes, j’avais entendu parler de la traverse de lutins de Saint-Élie-de-Caxton. Que Fred Pellerin me pardonne cependant, avec tout Saint-Élie : je n’y croyais pas, pantoute! Et pourtant… Dans une langue savoureuse, Jean-Claude Dupont narre vingt courtes histoires de lutins, plus convaincantes les unes que les autres, joyeusement illustrées de ses propres tableaux. De Gaspésie, de l’Île-aux-Grues et d’ailleurs au Québec, les témoignages affluent à propos des tours et facéties de ces petits êtres malicieux et chapardeurs. J’ai appris que les lutins québécois adorent les chevaux, qu’ils sont maniaques d’ordre et s’adonnent volontiers aux tâches domestiques. Saviez-vous que les lutins beaucerons, notamment, excellent à préparer le sucre à la crème?

Écoutez aussi cet extrait d’entrevue accordée à Marie-France Bazzo par l’auteur afin de savoir ce que l’on offrait en cadeau au Québec au siècle dernier.

 

Jean-François Barbe recommande Iroquoisie de Léo-Paul Desrosiers.

L’auteur de cet ouvrage en quatre volumes nous plonge avec un talent extraordinaire dans la vie tourmentée de la Nouvelle-France, de ses origines à la Grande Paix de Montréal de 1701. Il nous montre que pendant presque toute cette période, la survie de la colonie découlera des relations entretenues avec les peuples iroquois, peu à peu réunis dans un cadre confédératif.

Ces peuples, Desrosiers les présente comme vivant dans des démocraties, avec des majorités et des minorités, et avec lesquels il est toujours possible de nouer des alliances en fonction des intérêts des uns et des autres. Car les intérêts des Iroquois ne concordent pas toujours avec ceux des Anglo-Américains (et avant eux, à ceux des Hollandais) qui veulent la disparition de la Nouvelle Carthage qu’est, à leurs yeux, la Nouvelle-France. Parfois, certains gouverneurs au talent et au tempérament de chefs d’État, comme Frontenac, agissent avec habileté afin de détacher les Iroquois de la grandissante emprise anglo-américaine. La Nouvelle-France respire alors… jusqu’à la prochaine crise. Parfois, des gouverneurs sans vision jettent l’Iroquoisie dans les bras de New York et de ses chefs. Et la Nouvelle-France retient alors son souffle… dans l’attente de la prochaine bataille.

Desrosiers a écrit son grand livre dans les années quarante et cinquante, alors qu’il était conservateur de la Bibliothèque municipale de Montréal. Et heureusement pour les lecteurs d’aujourd’hui, « la plupart des interprétations de Desrosiers ont généralement bien vieilli », signale l’historien Alain Beaulieu en introduction. En raison d’une force d’écriture peu commune, qui était celle d’un écrivain convaincu et convaincant, le lecteur sera tenu en haleine tout au long des 1400 pages du récit. En préface, l’historien et éditeur Denis Vaugeois promet que « dès les premières pages », le lecteur sera « en état de choc ». Il a raison : … je l’ai été et le suis toujours.

 

Marie-Eve Roch recommande Brendan et le secret de Kells de Tomm Moore.

Brendan et le secret de KellsAu Moyen Âge, Brendan, un orphelin, vit sous la protection de son oncle, qui dirige d’une main de fer une abbaye en Irlande. Afin de terminer un précieux livre d’enluminures, il doit braver les dangers hors de l’abbaye, aidé par Aisling, une fée de la forêt. Ce film, une véritable splendeur visuelle, a remporté le prix du public au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2009. Son graphisme rappelle par moments, mais de façon très moderne, l’enluminure médiévale, mêlant verts tendres, rouges sombres et ocres lumineux, sur une musique envoûtante de Bruno Coulais et du groupe irlandais Kila. L’intrigue pleine de rebondissements captivera les enfants, qui s’attacheront aux personnages de Brendan et d’Aisling. Les plus petits éprouveront peut-être quelques frissons lors de certains passages mettant en scène des loups, des Vikings ou le Grand-Sombre. Pour d’autres idées de films d’animation à visionner durant les Fêtes, consultez cette bibliographie sur le site de l’Espace Jeunes.

 

Catherine Lévesque recommande Des pas dans la neige de Maryse Letarte.

Maryse_Letarte_Des_pas_dans_la_neigeChaque année, j’ai beaucoup de plaisir à retrouver ce disque de Noël dont les textes sont amusants et touchants. L’album Des pas dans la neige est magnifique! Maryse Letarte y propose des chansons originales sur le thème de Noël et sur cette période de fin d’année. Cela nous change des classiques de Noël même si on les aime beaucoup.

Dans Ô traîneau dans le ciel, elle demande : qu’est-ce que Noël a fait de nous? – et offre une réflexion sur notre façon de célébrer. Entre Noël et le jour de l’an nous raconte la douceur d’être en pyjama à la maison avec celui qu’on aime durant les vacances du temps des fêtes. L’année qui s’achève nous fait planer et nous invite à dresser un bilan de l’année qui se termine.

J’espère que cet album traversera le temps et deviendra, à sa façon, un classique de Noël pour bien des gens!

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BERTRAND, Frédérique, Déjà Noël, Noville-sur-Mehaigne, Esperluète, 2010.

DESROSIERS, Léo-Paul, Iroquoisie, Sillery, Septentrion, 1999.

DUPONT, Jean-Claude, Des histoires de lutins, Québec, Les éditions GID, 2014, 51 p.

DUPONT, Jean-Claude, Indicatif présent. Jean-Claude Dupont, Montréal, CBC/Radio-Canada, coll. « Ils ont dit… Moments choisis des archives de Radio-Canada : 235-1 », 1999.

KASISCHKE, Laura, Esprit d’hiver, Paris, Christian Bourgois, 2013, 275 p.

Aussi disponible en format numérique.

LETARTE, Maryse, Des pas dans la neige, Mont-Saint-Hilaire, Disques Artic, 2008.

MOORE, Tomm et Nora TWOMEY, Brendan et le secret de Kells (The Secret of Kells), France / Irlande / Belgique, Mongrel Media, 2008, DVD, 75 min.

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Il y a 350 ans, tout ne tenait qu’à un fil

10 décembre 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

En 1661, le gouverneur de Trois-Rivières, Pierre Boucher, traverse l’Atlantique afin de convaincre le roi Louis XIV que la Nouvelle-France vaut la peine d’être défendue.

Les quelques 3000 habitants de la colonie sont alors au bord du désespoir. Plusieurs pensent à retourner vivre en France. Frappés par d’incessantes attaques et embuscades principalement de la part des Agniers (ou Mohawks, en anglais), ces pionniers osent à peine sortir de leurs enceintes palissadées et, s’ils en ont la chance, ils sont accompagnés de sentinelles armées pour les travaux des champs ou la coupe de bois. Enlèvements et meurtres sont leur lot quasi quotidien. Les alliés algonquins et montagnais sont massacrés de la Mauricie jusqu’au lac Saint-Jean. Le gouverneur Pierre de Voyer d’Argenson a demandé et obtenu son rappel à Paris en raison de ce qui ressemble à une dépression nerveuse. Il a probablement pensé, écrit l’historien Léo-Paul Desrosiers, « qu’il ne peut défendre la colonie sans un puissant secours qu’il ne se croit pas capable d’obtenir ». Dans la colonie, constate Desrosiers, l’atmosphère est « presque apocalyptique ».

Heureusement pour la Nouvelle-France, Pierre Boucher sera convaincant.

Louis XIV reprendra le contrôle en évinçant la Compagnie des Cent-Associés. Il enverra le régiment de Carignan-Salières et ses 1200 soldats afin d’imposer une paix durable aux Agniers. Un sur trois s’établira ici. Une exposition qui vient de s’ouvrir au Musée du Château Ramezay à Montréal indique qu’environ sept millions de personnes, en Amérique du Nord, sont des descendants de ces 400 soldats.

Le livre de Pierre Boucher, que les éditions du Septentrion rééditent, était à l’origine une commande de Colbert, l’éminence grise de Louis XIV, qui désirait davantage d’informations. Car, comme l’écrit Pierre Boucher, des Français pensent que les Canadiens mangent des racines au souper…

La première partie du livre décrit les principales zones de peuplement du territoire et il énumère les grandes variétés existantes d’arbres, de poissons, d’oiseaux et d’animaux qu’on y trouve. Nul doute, l’abondance règne. Par exemple, il y a « une infinité » d’espèces d’oiseaux et les tourterelles sont en « quantité prodigieuse » au point que l’« on en tue quarante et quarante-cinq d’un coup de fusil ».

En fait, il ne manque qu’une chose : du monde.

La deuxième partie du livre porte sur les Amérindiens, Algonquins et Iroquoiens (ce qui inclut les Hurons). L’auteur sait de quoi il parle puisque, à l’âge de 15 ans, il a vécu quatre années en Huronie et qu’il est ensuite devenu interprète et soldat. Cela nous donne une quarantaine de pages passionnantes sur leurs mœurs et coutumes (incluant le traitement des prisonniers de guerre), bien vues et toujours respectueuses.

Sa vision stratégique de l’Iroquoisie est toutefois bien de son époque, celle du début des années 1660. Pierre Boucher préconise la guerre alors que cette voie n’est pas envisageable pour des raisons de mobilité des grandes armées de type européennes dans les immenses forêts nord-américaines (à moins que la guerre ne soit conduite à la canadienne, ce qui viendra plus tard). De plus, cette vision stratégique repose sur un postulat erroné : les Iroquois ne forment pas un peuple unifié et il aurait été possible de briser l’élan destructeur des Agniers en saisissant les ouvertures de paix de d’autres factions de l’Iroquoisie.

Quelques années plus tard, en 1676, à l’âge de 45 ans, Pierre Boucher quittera le monde du service public. Il développera sa seigneurie à Boucherville qui deviendra en moins de quinze ans la « seigneurie idéale », selon un texte de son biographe Raymond Douville, reproduit en fin de volume.

BOUCHER, Pierre, Histoire véritable et naturelle des mœurs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada, établi en français moderne par Pierre Benoit, Québec, Septentrion, 2014, 191 p.

Une autre édition du livre de Pierre Boucher a récemment été publiée à Montréal par les éditions Almanach.

Catégorie(s) : Histoire du Québec

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Comment dit-on Feel good books en français?

25 novembre 2014 par Gisèle Tremblay 2 Commentaires

Fatiguée, débinée, pressée ou stressée? Novembre frappe… Ma cousine Céline, des Éboulements, préconise en ce cas un « p’tit remontant » . Si le vin fruité de Céline et la douceur de vivre en Charlevoix sont hors de portée – pour le moment – , en guise de remède à une poussée de déprime automnale, il y a des livres qui font du bien. Pour la dose de contentement et de sourires inoculée, j’aime tous les livres d’Alexander McCall Smith!

Un safari tout confort est le onzième de la série Les enquêtes de Mma Ramotswe  qui en compte quinze : allez-y avec n’importe quel titre, dans n’importe quel ordre. Tous sont imprégnés de la bonté, de la sagacité et de la grande humanité de Precious Ramotswe, première femme détective du pays et propriétaire de l’Agence des dames détectives No. 1 du Botswana.

Femme intelligente, bienveillante et respectueuse, Mma Ramotswe est la fille du regretté Omed Ramotswe, un éleveur de bétail et un père exemplaire. Son époux, monsieur J.L.B. Matekoni, est le meilleur mécanicien et aussi le meilleur mari du Botswana, partageant avec sa femme un profond attachement aux valeurs traditionnelles du pays.

Les enquêtes menées par Mma Ramotswe avec l’aide de sa fidèle et compétente secrétaire et assistante-détective Grace Makutsi n’ont rien de sanglant. Sur la sellette, maris infidèles (quelques épouses, aussi…), soupçons et mensonges, tentatives de fraude ou de larcin, envoûtements, disparitions et autres ennuis susceptibles de surgir dans la vie quotidienne de tout Botswanais, quel que soit son rôle et sa position dans l’échelle sociale. Les enquêtes se déroulent à Gabarone, la capitale, dans le désert du Kalahari ou, comme cette fois, dans un safari club du delta d’Okavango parmi les animaux sauvages.

Habile à dénouer les fils d’une énigme, Mma Ramotswe n’a pas son pareil pour apprécier les bonnes choses de la vie, comme une grande tasse de thé rouge ou le solide tissu de la solidarité féminine, fondée sur des liens d’estime et d’amitié. Toute femme partagera la joie de Mma Ramotswe quand Mma Makutsi, en butte aux avanies infligées par l’acariâtre tante de son fiancé Phuti Radiphuti, sera tirée d’affaire par la directrice de la ferme des orphelins de Gabarone, Silvia Potokwane, une maîtresse femme qui en aucun cas ne saurait tolérer l’injustice!

Un Écossais prolifique

Lui-même tout un personnage, Alexander McCall Smith est un juriste d’origine écossaise, expert en bioéthique et joueur de basson. Il est aussi auteur de deux autres excellentes séries dont l’action se déroule à Édimbourg.

J’ignore quand, mais un jour, c’est certain, je visiterai l’Écosse! Ce sera en l’honneur d’Isabel Dalhousie, héroïne de la série éponyme, douce rêveuse, enquêtrice amateure, docteure en philosophie et rédactrice en chef de la Revue d’éthique appliquée. Les personnages de cette série évoluent souvent dans le milieu universitaire, le commerce de l’art et le monde de la musique classique. Sauf Brother Fox qui, en tant que renard, ne dépasse guère les limites du jardin d’Isabel dans le vieil Édimbourg.

Le héros de la série  44, Scotland Street est Bertie, un gentil bambin âgé de six ans, domicilié à cette adresse. Bertie désire par-dessus tout vivre une vie ordinaire de petit garçon ordinaire; toutefois sa mère Irène nourrit d’autres ambitions pour cet enfant surdoué… D’originaux personnages partagent l’immeuble et le voisinage, comme Angus Lordie, un peintre portraitiste qui vous improvise un poème comme pas un et Domenica Macdonald, éminente anthropologue. Jamais à court d’idées nouvelles, Domenica ressemble à Alexander McCall Smith : impossible de s’ennuyer avec elle !

La série des Isabel commence avec Le club des philosophes amateurs et la série  44, Scotland Street  commence avec 44, Scotland Street. Rien n’oblige à respecter l’ordre de parution et c’est plus qu’il n’en faut pour redresser la situation en cas de baisse d’énergie.

Et vous? Vous avez des livres qui font du bien à recommander? Nous aimerions les connaître…

MACCALL Smith, Alexander, Un safari tout confort, Paris, 10/18, 2011, 253 p.

MACCALL Smith, Alexander, Le club des philosophes amateurs, Paris, 10/18, 2006, c2005, 300 p.

Aussi en version numérique

MACCALL Smith, Alexander, 44, Scotland Street, Paris, 10/18, 2007, 413 p.

Catégorie(s) : Littérature écossaise

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Plaisirs retrouvés

7 novembre 2014 par Maryse Breton Pas de commentaires

Mes enfants chérissent des livres ou des films qu’ils aiment relire et revoir régulièrement. Pour l’une, c’est Le magicien d’Oz; pour l’autre, la série Harry Potter. Nous aussi, les adultes, affectionnons des œuvres qui nous ont touchés et que nous redécouvrons année après année parce qu’elles nous enchantent chaque fois. Nous vous invitons aujourd’hui à partager nos plaisirs retrouvés.

Catherine Lévesque recommande Ne le dis à personne.

Ne le dis à personneRéalisé par Guillaume Canet et adapté d’un roman à succès d’Harlan Coben, Ne le dis à personne met en scène un couple amoureux, incarné par François Cluzet et Marie-Josée Croze, dont le destin bascule lorsque celle-ci se fait assassiner. Le film raconte surtout la suite de leur histoire, huit ans plus tard, lorsque le mari revoit sa femme dans une vidéo jointe à un courriel qu’il a reçu! Est-elle encore vivante? Tous les espoirs sont permis. On entre alors dans un thriller puissant aux nombreux rebondissements…

 

 

Marie-Ève Roch recommande Nouvelles de Mars de Robinson.

Nouvelles de mars_RobinsonVéritable troubadour pour les petits, Robinson m’a charmée en un instant avec sa voix douce et ses textes d’une grande finesse. Tantôt pleines de poésie, tantôt teintées d’un brin de folie ou d’exotisme, ses chansons toujours délicates nous parlent d’anges, de voyage sur la Lune, d’une dent qui tombe ou de vieux trésors cachés au fond d’un grenier. Robinson est entouré d’une solide équipe de musiciens et de choristes, et tout l’album a fait l’objet d’arrangements soignés. Ne vous laissez surtout pas rebuter par le côté maison de la pochette : voilà un fin travail d’artisan à redécouvrir, et pour lequel je craque complètement.

 

Esther Laforce recommande Sissi, l’impératrice anarchiste de Catherine Clément.

Sissi l'impératrice anarchisteCeux et celles qui auront été charmés par la vie de Sissi grâce à la trilogie des films réalisés dans les années 50 et mettant en vedette la plus que magnifique Romy Schneider, liront ou feuilletteront avec passion, comme je l’ai fait adolescente, le livre de Catherine Clément, Sissi, l’impératrice anarchiste. Publié en 1992 dans la collection Découvertes de Gallimard, ce livre abondamment illustré présente de façon plus réaliste la vie de cette impératrice solitaire et malheureuse dont les poèmes révèlent la révolte qui l’habitait contre les obligations impériales et la monarchie. Marquée par l’anorexie et la mort de deux de ses quatre enfants, elle mourut en 1898, assassinée par un anarchiste. Une vie mouvementée et tragique, bien éloignée de l’univers romantique des contes de princesses…

 

 

Sylvie-Josée Breault recommande La vie devant soi de Romain Gary.

La vie devant soiLe centième anniversaire de la naissance de Romain Gary a été souligné cette année, notamment par la parution d’un texte inédit de 1937 : Le vin des morts. Le détenteur du manuscrit, Philippe Brenot, est l’instigateur de ce projet d’édition et il en signe la préface. Il présente ce roman comme précurseur des ouvrages publiés successivement de 1974 à 1976, sous le pseudonyme d’Émile Ajar : Gros-Câlin, La vie devant soi et Pseudo. Effectivement, on y retrouve des thématiques et un ton similaires : travers humains, problématiques sociales, exposés de façon sarcastique. Et c’est l’intérêt de ce livre, nous rappeler ces titres lus et relus qui ont marqué l’imagination des lecteurs et touché leur sensibilité. Je retiens le prix Goncourt de 1975, La vie devant soi, pour sa tendresse, son humour, malgré le caractère sombre des faits rapportés : traumatismes d’Auschwitz, prostitution, racisme. On se souviendra du langage coloré du jeune Momo et de l’attachante madame Rosa que Simone Signoret avait si bien incarnée dans l’adaptation cinématographique de Moshé Mizhari.

 

Marie-Line Champoux-Lemay recommande Ghost in the shell de Mamoru Oshii

Ghost in the shellParu en 1995, ce film du réalisateur japonais Mamoru Oshii (à ne surtout pas confondre avec la série télévisée du même titre) a fait date. Son lancement à l’international a marqué l’évolution du cinéma d’animation et, plus largement, de la science-fiction. Presque vingt ans plus tard, cette adaptation libre du manga éponyme de Masamune Shirow tient toujours la route, visuellement comme narrativement, et revêt même des allures prémonitoires. L’action se déroule en 2029, dans un contexte où la technologie a déjà investi la biologie humaine pour créer les cyborgs. Les thèmes du cyberterrorisme et de l’intelligence artificielle, la haute technologie et tous les questionnements éthiques que peuvent poser ses applications sont plutôt d’actualité. Il est donc doublement intéressant de (re)découvrir Ghost in the shell en gardant en tête qu’en 1995, le Web n’était encore qu’à ses balbutiements et que les films phares de la SF populaire des années à venir (La Matrice, notamment) ne faisaient pas encore partie du paysage cinématographique. Avis aux intéressés : la suite de ce film, Innocence (2004), est à mon humble avis encore meilleure.

 

Jean-François Barbe recommande Glengarry Glen Ross.

Wall Street ne se laisse pas croquer facilement par les cinéastes, même par des talents aussi confirmés que celui de Martin Scorsese. Son dernier film, Le loup de Wall Street, n’a rien à voir avec une plongée révélatrice dans l’univers de la haute finance. L’action se situe dans un milieu beaucoup plus prosaïque, celui des locaux de vente sous pression (boiler rooms), là où des fraudeurs appâtent des naïfs relativement fortunés au téléphone, avec des promesses de rendements mirobolants basées sur de soi-disant informations privilégiées. Mettant en vedette l’excellent Richard Gere dans la peau d’un gestionnaire de fonds de couverture (hedge fund), le film Arbitrage est une étude de caractère et de milieu social, et non pas l’exploration d’un système devenu instable par l’action de ces oligarques américains, pour reprendre les mots de l’économiste Paul Krugman.

Cela dit, s’il y avait un film à redécouvrir pour ce qu’il nous dit avec un talent incomparable sur une économie livrée à la loi du plus fort, sans foi ni loi, ce serait sans conteste Glengarry Glen Ross. Sorti en 1992, il s’agit d’un incontournable sur la représentation d’un capitalisme coupe-gorge, issu des ruines d’une industrie manufacturière délocalisée aux quatre vents. Les acteurs sont renversants – Alec Baldwin y joue le rôle de sa vie – et les dialogues, d’une vérité accablante. Je le visionne régulièrement et à chaque fois, je remercie le ciel de ne pas vivre aux États-Unis.

 

Gisèle Tremblay recommande 84, Charing Cross Road d’Helene Hanff.

De temps à autre, je m’offre le plaisir de relire ce charmant petit bouquin d’Helene Hanff (1916-1997), 84, Charing Cross Road, paru en 1971. Il s’agit d’un recueil de lettres échangées entre Helene, New-Yorkaise à l’humour décapant, écrivaine fauchée et fan finie de littérature anglaise, et Frank Doel, son libraire londonien, un adorable pince-sans-rire dont l’érudition n’est jamais prise en défaut. Helene – qui a des goûts bien à elle – commente abondamment les auteurs qui font ses délices et s’en prend aussi à ceux qui n’ont pas l’heur de lui plaire. En cela, elle est d’une drôlerie irrésistible! À la suite du succès du livre des deux côtés de l’Atlantique et après la mort de Frank, la nouvelle star littéraire visitera enfin Londres… Invitée par son éditeur pour une tournée de promotion, elle a fait le récit de ce voyage tant espéré dans La duchesse de Bloomsbury Street (1973). Au fil de ses découvertes et de ses rencontres londoniennes, on jubile avec elle, tant son exubérance est palpable.

 

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CANET, Guillaume, Ne le dis à personne, Montréal, Film Séville, 2007, 125 min.

COBEN, Harlan, Ne le dis à personne, Paris, Belfond, 2006, 353 p.

CLÉMENT, Catherine, Sissi, l’impératrice anarchiste, Paris, Gallimard, coll. Découvertes, 1992, 176 p.

FOLEY, Foley. Glengarry Glen Ross, Montréal, Alliance Atlantis Vivafilm, 2002, DVD, 160 min, avec Alan Arkin, Alec Baldwin, Ed Harris, Jack Lemmon et Al Pacino.

GARY, Romain, Le vin des morts, Paris, Gallimard, 2014, 237 p.

GARY, Romain (Émile Ajar), La vie devant soi, Paris, Gallimard, 2005, c1975, 273 p.

HANFF, Helene, 84, Charing Cross Road, Paris, Le Livre de pohe, 2003, c2001, 156 p.

HANFF, Helene, La duchesse de Bloomsbury Street, Paris, Payot, 2002, 189 p.

OSHII, Mamoru, Ghost in the shell, versions anglaise et japonaise, sous-titres en anglais, États-Unis, Manga Entertainment, 1996, c1995, DVD, 82 min.

OSHII, Mamoru, Ghost in the shell, versions anglaise et japonaise, sous-titres en anglais, États-Unis, Anchor Bay, 2014, Blu-ray, 83 min.

ROBINSON, Nouvelles de mars, France, Association Recre Actions, 2005.

Catégorie(s) : Biographies, Essai, Films, Littérature française, Musique, Musique pour enfants, Roman policier

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Un classique en psychologie collective

2 novembre 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Après la bataille des plaines d’Abraham, « tout se recroqueville subitement, nous désintéresse jusqu’au sursaut des Patriotes de 1837. Puis vient la torpeur définitive : plus notre histoire se fait contemporaine, plus elle s’éloigne et devient brumeuse ».

L’auteur de ces lignes, Jean Bouthillette, est l’homme d’un seul livre – mais c’est tout un livre –, Le Canadien français et son double.

Publié en 1972, Le Canadien français et son double a été décrit par Pierre Vadeboncoeur comme « l’essai le plus pénétrant, le plus concis et en même temps le plus dramatique qu’on ait jamais écrit sur l’aliénation psychologique (et politique) des Canadiens français ».

Quarante ans plus tard, on le redécouvre à la faveur d’une conjoncture où la souveraineté, selon le titre du récent recueil d’articles de Serge Cantin, est « dans l’impasse ».

À la suite de Jean Bouthillette et de Fernand Dumont qu’il nous invite également à relire, Serge Cantin constate que les Québécois ont intériorisé le regard et le discours de l’Autre, celui du conquérant, celui du Canadian. Il en résulte une conscience de soi négative, retournée contre elle-même. Elle est sujette aux emprunts avec un « enthousiasme naïf ». C’est ainsi qu’en ayant adhéré au multiculturalisme canadian, affirme Serge Cantin, « les Québécois demeurent encore et toujours vulnérables aux entreprises de culpabilisation dont ils font régulièrement les frais ».

Pour sa part, dans son essai politique Derrière l’État Desmarais : Power, Robin Philpot s’inspire de Jean Bouthillette afin de brosser un décapant portrait de soi-disant élites, éternelles minoritaires, heureuses et fières de l’être, prospères mais sévères envers leurs concitoyens, également minoritaires.

Dans Ce peuple qui ne fut jamais souverain, Jean-François et Roger Payette veulent montrer, à partir du cadre conceptuel du Canadien français et son double, que la crainte de l’affrontement et le consentement à la minorisation folklorisée conduisent à un cul-de-sac. Ce qui menace la nation québécoise, disent-ils, c’est l’idéologie de la survivance, ou le fait de « vouloir se maintenir » comme seule perspective.

Identifiée par l’auteur du Canadien français et son double, cette « féroce envie de prendre congé de soi-même » existe. Il en est de même de cette « grande fatigue » et de « cette sournoise tentation de la mort », constate Robert Laplante, qui connaît bien ses classiques. Toutefois, ajoute ce dernier, « de puissants courants tentent de s’arracher à toutes ces formes de consentement à l’impuissance et au renoncement à la responsabilité pleine et entière ».

Selon Bouthillette, nous sommes en présence de courants de vie convergeant vers l’indépendance du Québec, laquelle, dit-il, nous rendra « universels d’emblée ».

BOUTHILLETTE, Jean, Le Canadien français et son double : essai, Montréal, l’Hexagone, 1989, 97 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Essai

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Complot: Le krach de 1929

21 octobre 2014 par Catherine Lévesque 1 Commentaire

À la maison d’édition Delcourt, on a eu la brillante idée de mettre en bande dessinée des événements de l’histoire en y ajoutant une théorie du complot. C’est ce qui a donné naissance à la collection Complot dont j’ai lu le titre Le krach de 1929.

Au lieu de présenter les événements historiques tels quels, on les transforme en oeuvres de fiction. On peut alors parler d’histoire alternative ou d’uchronie.

Dans ce cas-ci, on a imaginé que le krach de 1929, à Wall Street, avait pour origine un complot nazi orchestré par un jeune Allemand fraîchement diplômé en économie et particulièrement brillant.

C’est amusant de déformer ainsi l’histoire pour donner un nouveau sens aux événements de 1929 qui trouveront même des échos en Allemagne, jusqu’à servir la cause d’Hitler et du nazisme.

Le scénario de la BD a été conçu par Gihef et les dessins par Luc Brahy.

Cette collection n’en est qu’à ses débuts. Pour nous divertir avec d’autres événements marquants de l’histoire revisités par la théorie du complot, les ouvrages suivants paraîtront dans la même collection : La fin des Templiers, La bataille d’Hamburger Hill et Le mystère du Titanic.

En attendant la parution de ces titres, on peut aussi effectuer une recherche Sujet dans le catalogue Iris en utilisant les mots Complot Bandes Dessinées, ce qui donnera plus d’une douzaine d’autres titres à découvrir!

 

GIHEF, Complot. Le krach de 1929, Paris, Delcourt, 2014, 55 p.

Catégorie(s) : Bande dessinée

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En direct des classes de francisation

16 octobre 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Les journaux québécois sont tapissés de commentaires, de billets d’humeur et de blogues. Où sont donc passés les reportages sur le terrain visant à élargir notre compréhension des grands enjeux de l’heure? Curieusement, c’est en lisant le livre d’une … blogueuse, que j’ai eu l’agréable sentiment d’enfin lire un reportage digne de ce nom.

Enseignante en francisation auprès d’immigrants adultes depuis 2007, l’auteure connaît bien ses sujets : l’immigration, l’intégration et l’avenir de la langue française. Étant donné qu’elle est blogueuse au Journal de Montréal, Tania Longpré sait également s’exprimer.

Et comme elle dispose d’une bonne capacité de réflexion et d’indignation – ce qui est le contraire de la résignation ou du « confort et de l’indifférence » –, il en résulte un livre qui nous tient en haleine, du début à la fin.

L’auteure nous présente ainsi, comme s’y on y était, sa réalité professionnelle et celle de ses collègues enseignants en francisation auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes. À partir de l’expérience vécue, étayée de nombreux exemples, on se familiarise peu à peu avec des réalités sociopolitiques plus larges.

Dans bien des cas, dit-elle, les immigrants de première génération ne manifestent aucun intérêt à participer à la culture québécoise, ni même à parler français. L’ignorance des questions de l’heure est totale. Cet isolement volontaire s’explique notamment, dit-elle, par « notre échec à les intéresser adéquatement à notre société », découlant entre autres choses de la forte influence des partisans du multiculturalisme.

Une autre source de cet échec résiderait dans la concurrence des services gouvernementaux fédéraux. Les agents d’immigration de Citoyenneté et Immigration Canada présentent le Canada comme un pays anglophone et le Québec comme une province aux racines francophones folklorisantes; les papiers officiels remplis à l’aéroport Montréal-Trudeau sont en anglais; la moitié des décisions rendues par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada à Montréal sont en anglais, etc.

En conséquence, poursuit l’auteure, « c’est souvent dans la deuxième ou même la troisième génération qu’on pourra voir un début d’intégration ».

L’auteure préconise notamment d’augmenter les ressources financières consacrées à la francisation. Actuellement, les immigrants qui s’inscrivent dans des classes de francisation de 30 heures par semaine touchent environ 120 $ par semaine, ce qui « ne peut pas rivaliser avec le salaire qu’un nouvel arrivant peut se faire au travail ».

Elle signale aussi qu’il faudrait mettre à jour le matériel d’enseignement, « vieillot et mal adapté », tout en multipliant les cours de francisation dans les entreprises. Elle ajoute que la formation devrait inclure des volets histoire, culture et citoyenneté de façon à favoriser l’apprentissage de codes culturels de base, ce qui permettrait par exemple de mieux se préparer à des entrevues d’emploi où il faut parler de soi, ce qui, dit-elle, est mal perçu dans certaines cultures africaines.

L’auteure estime aussi qu’il faut franciser les lieux de travail en appliquant la Charte de la langue française aux entreprises de moins de cinquante employés, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Elle pense également que le Québec devrait faire comme les pays à forte affluence migratoire que sont l’Australie, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, et exiger des immigrants la connaissance de la langue française avant de s’installer ou, à tout le moins, un engagement ferme d’apprentissage de la langue dans un délai fixe de quelques années.

LONGPRÉ, Tania, Québec cherche Québécois pour relation à long terme et plus : comprendre les enjeux de l’immigration, Montréal, Stanké, 2013, 199 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Politique Canada-Québec

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Plaisirs de lecture extrême

9 octobre 2014 par Maryse Breton Pas de commentaires

On dit souvent que lire c’est partir en voyage dans son salon. L’auteure américaine Phyllis Rose nous entraine avec elle en choisissant au hasard un rayon de sa bibliothèque, la New York Society Library et en s’engageant à lire tous les romans de LEQ à LES (d’où le titre de son livre).

Son projet, qu’elle voit comme une forme de lecture extrême, naît de l’idée que ce que nous lisons nous est souvent imposé. Le choix d’un livre est influencé par la subjectivité d’une recommandation, d’une critique ou par les dictats de la littérature. Peut-il en être autrement? Pour répondre à cette question, Rose nous propose de passer à travers les œuvres de William Le Queux, Rhoda Lerman, Mikhail Lermontov, Lisa Lerner, Alexander Lernet-Holenia, Étienne Leroux, Gaston Leroux, James Le Rossignol (un écrivain né au Québec), Margaret Leroy, Alain René Le Sage et John Lescroart.

Il en résulte un heureux mélange d’histoire, de réflexions personnelles et d’essais sur la littérature. Les différents auteurs et sujets que ses livres lui font découvrir nous transportent avec elle à travers les siècles et les continents. Pour chaque roman, elle nous résume l’action principale tout en offrant une critique de ses lectures. Son ton, loin d’être acerbe ou sérieux, est sensible, honnête et souvent comique :

« Mon enthousiasme pour le style de sa prose [celle d’Étienne Leroux] s’est évanoui rapidement devant certaines manies stylistiques mineures, mais agaçantes. Tout comme une nouvelle connaissance qui vous fait bonne impression à l’occasion d’une fête et qui vous déçoit rapidement en parlant d’elle-même à la troisième personne ou en émaillant son discours sans raison de phrases en français. »

Rose s’attache à « ses » auteurs, allant même jusqu’à communiquer avec certains d’entre eux par courriel. Dans un chapitre fascinant, elle raconte comment elle a rencontré et s’est liée d’amitié avec Rhoda Lerman, une auteure américaine qui a publié des romans dans les années 70 et 80 avant d’ouvrir un chenil et de se consacrer à l’élevage de chiens terre-neuve.

The Shelf est un pur plaisir à lire, un voyage à entreprendre hors des sentiers battus, accompagné d’une guide passionnée qui nous fait découvrir des lieux moins fréquentés et revisiter des endroits connus.

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ROSE, Phyllis, The Shelf : Adventures in Extreme Reading, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2014, 271 p.

Catégorie(s) : Essai, Littérature américaine, Littérature britannique

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Buvard

6 octobre 2014 par Marie-Line C. Lemay 1 Commentaire

Au premier regard échangé avec Caroline N. Spacek, Lou comprend qu’il ne sait rien de cette écrivaine dont il a pourtant lu tous les livres. Pourquoi a-t-elle accepté sa demande d’entrevue, lui, journaliste étudiant un peu naïf, alors qu’elle envoie paître les plus aguerris depuis des années?

En vingt ans, Caroline N. Spacek a forgé une œuvre dont la maîtrise n’a d’égal que la violence et l’insaisissabilité. Pourtant, rien ne la prédestinait à l’écriture. Ce talent en latence, comme on l’apprendra, sera précipité par une rencontre, puis une blessure. Alors que chacun de ses romans connaît un immense succès, Caroline N. Spacek fuit les caméras et sa propre histoire afin de poursuivre son travail acharné sur la langue.

« L’art d’écrire obéit à des lois immuables, Lou, mais comme toutes les lois, on ne peut peut-être pas les éprouver autrement qu’en les violant et en le regrettant amèrement après. Il faut se les approprier sauvagement. Que la langue devienne une matière aussi tangible que la viande d’un corps sur le ring. » (p. 113)

Réinvestissant le genre biographique, ce premier roman de Julia Kerninon surprend par la densité de ses personnages et la maturité de son style. Les secrets de la vie de l’écrivaine (Spacek) nous sont livrés à retardement, au rythme des confidences, maintenant la tension romanesque à son comble. Tout comme Lou, le lecteur se retrouve pendu aux phrases de cette femme mystérieuse, solitaire et impudente.

Figé sur le pas de sa porte, impressionné au point d’en perdre ses moyens, Lou ne peut soupçonner qu’il est déjà le réceptacle d’une confession qui prendra un été à advenir. Et qui trouvera un profond écho en lui. Buvard est le récit de cette confession. La mise en mots de la vie, inextricable de l’œuvre.

Buvard : une biographie de Caroline N. Spacek a remporté le prix Françoise Sagan au printemps 2014. À coup sûr, Julia Kerninon est une écrivaine à suivre.

 

KERNINON, Julia, Buvard : une biographie de Caroline N. Spacek, Arles, Éditions du Rouergue, 2014, 199 p.

Catégorie(s) : Littérature française

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Un retour sur le « siphonneur » de la Caisse

28 septembre 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

De 2002 à 2008, Henri-Paul Rousseau a été président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, une institution qui gère notamment les fonds de la Régie des rentes du Québec.

Quelques mois après son départ, la Caisse a déclaré une perte de 39,8 milliards de dollars, principalement en raison de l’écroulement du marché du papier commercial adossé à des actifs, le fameux PCAA.

Cette somme représentait près du quart de l’actif sous gestion de la Caisse. Autrement dit, du jour au lendemain, la Caisse perdait le quart de sa valeur.

Or, cette catastrophe n’a pas atteint Henri-Paul Rousseau. Bien au contraire.

Même s’il est parti de son plein gré, il a reçu une indemnité de départ de 378 750 $ et il a été rapidement embauché par Power Corporation, avec une rémunération annuelle d’environ 1,5 million de dollars.

Au terme d’un discours traitant de son rôle dans l’histoire de papier commercial prononcé en mars 2009 à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, il aura droit à une ovation debout de l’auditoire. Seul Pierre-Karl Péladeau de Québecor s’en indignera.

Comment expliquer que 40 milliards de dollars aient ainsi disparu? Pourquoi Henri-Paul Rousseau a-t-il été recruté par Power Corporation et applaudi par la Chambre de commerce?

Est-ce que cela fait partie des « mystères de la vie », pour reprendre l’expression (vraiment) utilisée par Henri-Paul Rousseau pour expliquer ses achats massifs de papier commercial?

Non, il n’y a pas là « mystère de la vie », affirme l’auteur de ce livre, un des très rares observateurs de la chose publique à s’être posé des questions sur ces événements.

L’auteur, Richard Le Hir, estime que Henri-Paul Rousseau a tout d’abord accumulé beaucoup de crédit politique en « recentrant » la mission de la Caisse sur ce qu’il présentait comme le rendement financier. Avant son arrivée, la Caisse avait un double mandat, très affirmé, à la fois axé sur le rendement financier et sur le développement économique du Québec, ce qui impliquait d’importants investissements dans des entreprises québécoises.

Selon l’auteur, c’est « l’obsession du rendement » qui aurait amené Henri-Paul Rousseau à acheter à pleines poches un produit financier spéculatif, le PCAA, ainsi qu’à utiliser les leviers de l’emprunt, comme le font les fonds spéculatifs (hedge funds) ou les joueurs de casino afin de maximiser leurs rendements potentiels.

De plus, poursuit l’auteur, soutenu par une campagne de presse bien menée, Henri-Paul Rousseau a voulu faire un soi-disant « ménage » à la Caisse, en éliminant des aspects importants de ce que ses prédécesseurs avaient bâti. Des gestionnaires d’expérience ont été congédiés. La Caisse a aboli des structures de gestion. Elle a mis fin aux mandats internationaux en confiant ces mêmes mandats à des firmes externes. Huit bureaux de la Caisse à l’étranger ont été fermés.

Le but de ce soi-disant « ménage » était double, affirme l’auteur. Premièrement, « empêcher qu’à l’avenir, le Québec soit en mesure de voir son entrée dans le cercle des États souverains facilitée par les relations extérieures de la Caisse de dépôt ». Deuxièmement, en rétrécissant le mandat de l’institution, ouvrir la voie à son éventuel démantèlement au profit de gestionnaires privés d’actifs lesquels, comme Power Corporation, attendraient leur heure afin de récupérer ses mandats de gestion. Car, se demande l’auteur, pourquoi l’État devrait-il gérer un fonds d’investissement pur? S’il n’y a pas de logique de développement économique inhérente à son action, le privé devient alors mieux placé pour faire de la gestion d’actif. Ou du moins, telle est l’argumentation que l’on risque d’entendre au cours des prochaines années.

Les deux derniers chapitres du livre veulent illustrer la toile d’influence que tisse Power Corporation à travers le conseil d’administration et la direction de l’institution sous son PDG actuel, Michael Sabia.

Afin de préparer son essai, Richard Le Hir s’est beaucoup inspiré d’un livre précédemment écrit par Mario Pelletier, La caisse dans tous ses états. Il le cite abondamment. Paru en 2009, ce livre de Mario Pelletier a presque été étouffé par une mise en demeure de la Caisse de dépôt visant à le retirer des librairies.

Il est à souhaiter que Henri-Paul Rousseau, le siphonneur de la Caisse de dépôt donne une seconde vie à La caisse dans tous ses états, un livre qui mérite d’être lu et débattu par tous ceux qui s’intéressent à l’avenir du Québec.

LE HIR, Richard, Henri-Paul Rousseau, le siphonneur de la Caisse de dépôt, Montréal, Michel Brûlé, 2014, 239 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Économie et affaires, Histoire du Québec

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En compagnie d’Einstein

21 septembre 2014 par Sylvie-Josée Breault Pas de commentaires

L’univers des sciences nous est moins familier. Les démonstrations, formules et équations scientifiques paraissent indécodables à la majorité d’entre nous. C’est probablement pourquoi ceux qui exercent dans ces domaines nous intriguent. Certains d’entre eux démontrent de telles capacités intellectuelles qu’ils nous semblent même irréels. On s’interroge alors sur la nature de ces hommes et de ces femmes au cerveau si performant. Qui sont-ils? Comment agissent-ils au quotidien? Les œuvres de fiction les ont souvent représentés sous des formes caricaturales, tels des excentriques distraits. Les écrivains Yannick Grannec et Laurent Seksik se sont penchés sur les cas de théoriciens notoires : le mathématicien Kurt Gödel et le physicien Albert Einstein. Les auteurs ne sont pas étrangers au monde des sciences : l’une passionnée de mathématiques, l’autre médecin. Leurs écrits changeront peut-être notre vision de ces savants.

 

Nul besoin d’être un scientifique pour prendre plaisir à lire La Déesse des petites victoires, car ce roman s’attarde à décrire la psychologie humaine. Il s’agit d’un premier roman pour Yannick Grannec qui se révèle habile à camper ses personnages dans leurs lieux et époques. Ce roman lui a valu le Prix des libraires en 2013, décerné par des libraires de la francophonie. Le récit s’inspire de faits réels : la relation des époux Gödel, leur exil, la carrière et le caractère du mathématicien. Néanmoins, ces faits ont été adaptés à l’écriture romanesque. L’intrigue est bien construite et on s’attache rapidement aux protagonistes.

En résumé, la documentaliste Anna Roth, personnage fictif du roman, tente de rassembler les archives du défunt Kurt Gödel. Celles-ci se retrouvent entre les mains de sa veuve, Adèle, qui résiste à les céder. Anna rend visite à Adèle et commencent une série de rencontres souvent pénibles, mais révélatrices. La vieille dame, jadis danseuse de cabaret, a eu une vie peu banale aux côtés d’un homme brillant, mais asocial et frêle. Une femme fatiguée, après des années de dévouement, qui cherche à conserver sa dignité et ses souvenirs. Elle se dévoile peu à peu, ce qui nous permet d’en apprendre davantage sur les périodes d’avant et d’après-guerre, à Vienne en Autriche et à Princetown aux États-Unis. Kurt Gödel et Albert Einstein ont été témoins des persécutions antisémites et ont connu le maccarthysme. Collègue du mari, Einstein était un ami du couple Gödel, apprécié d’Adèle. Il était un des rares de cette cohorte de chercheurs qui lui accordait de l’attention, notamment en appréciant sa cuisine. C’est ainsi qu’est construit ce livre, de l’intérieur, de détails qui révèlent la personnalité de ces hommes, avec leur génie et leurs failles. Une écriture simple et précise, un ton juste et soutenu, rendent la lecture aisée et plaisante.

« Avec Kurt, Albert était un scientifique comme un autre, pas une tête d’affiche. Doté d’une énergie vitale considérable, ce dernier était sensible à la fragilité de mon homme. Il voyait peut-être en lui un peu de son fils cadet, Eduard, enfermé à vingt ans dans les limbes de la schizophrénie. » (Grannec, p. 200)

 

Dans la biographie romancée Le cas Eduard Einstein, on retrouve à nouveau Albert Einstein. L’auteur Laurent Seksik, biographe de la sommité, expose ce fait peu connu : un des fils du célèbre physicien souffrait de schizophrénie. Il a eu trois enfants de sa première femme Mileva Maric, qui avait été sa compagne d’études. Le couple se sépare quatre ans après la naissance d’Eduard et divorce cinq ans plus tard. Einstein se remarie alors avec sa cousine Elsa. Juif, il sera pourchassé par les nazis. Des faits troublants, vécus difficilement par cette famille, relatés avec doigté et sensibilité par l’auteur. Le livre remportera le Prix du meilleur roman français en 2013, sera finaliste du prix Femina et apparaîtra la même année sur la liste du prix Goncourt. La publication s’avère une réussite.

Le roman débute avec l’internement d’Eduard en 1930. Tour à tour, les points de vue de la mère, du père et de l’enfant sont exposés. Ceux des parents sont décrits avec émotion : la détresse de la mère qui veut être présente pour son fils, le désarroi du père qui se sent impuissant face à la maladie. Nous assistons au moment déchirant où Milena doit laisser son fils à l’asile et à celui où Einstein les rencontre une dernière fois avant son départ pour l’Amérique. La souffrance d’Eduard est particulièrement bien exprimée. On ressent les épreuves traversées par cet homme qui n’est plus maître de son destin, tout en ayant conscience de son environnement et des sentiments des êtres qu’il côtoie. Les évènements de l’époque, la montée du nazisme, sont évoqués par son intermédiaire. Ses propos émanent d’un esprit agité, mais nous parviennent avec clarté.

« On m’a expliqué que papa quittait l’Allemagne à cause des juifs. C’est la grande question du moment outre-Rhin, qui est juif et qui ne l’est pas. On voit bien que les gens ne sont pas malades pour s’attacher à des choses pareilles. Allez parler de races supérieures au Burghölzli! Nous sommes tous égaux devant le surveillant Heimrat. » (Seksik, p. 91)

 

En s’inspirant de personnalités, ces romans piquent la curiosité. Par leurs qualités littéraires, ils retiennent l’attention et nous rappellent que les savants sont avant tout des hommes. Ils nous permettent de constater la complexité de la psyché humaine, que les auteurs cernent subtilement.

 

 

GRANNEC, Yannick, La Déesse des petites victoires, Paris, A. Carrière, 2012, 468 p.

SEKSIK, Laurent, Le cas Eduard Einstein, Paris, Flammarion, 2013, 300 p.

Catégorie(s) : Littérature française

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Dans les bois, la liberté

18 septembre 2014 par Esther Laforce Pas de commentaires

Quand j'étais l'Amérique

Un mot : l’Amérique; une image : une cage à la porte ouverte. Elsa Pépin, qui publie son premier recueil de nouvelles, pose dès le départ, par le titre (Quand j’étais l’Amérique) et le choix de la citation de Jacques Prévert en exergue (« Peindre d’abord une cage avec une porte ouverte »), une idée, un thème : la liberté.

En fait, c’est plutôt par les entraves à leur liberté que se révèlent la plupart des personnages de chacune des nouvelles. Une question semble en effet relier chaque histoire : quelles sont les causes et les déterminations empêchant une personne d’être ou de faire ce qu’elle veut, de telle sorte que quelque chose dans sa vie semble sinon raté, du moins en décalage avec ses propres aspirations? Parfois, l’auteure approfondit son questionnement et demande : comment se défaire de ces empêchements?

La nouvelle éponyme, Quand j’étais l’Amérique, et celle qui clôt le recueil, Loin de la république des fantômes, sont des plus remarquables, puisqu’elles poussent plus loin le questionnement. Dans ces deux nouvelles, les narrateurs finissent par trouver une liberté intérieure par l’acceptation de ce qu’ils sont, des gens qui préfèrent le silence, la réflexion et la rêverie aux conversations vives, à l’action et à la richesse, en dépit de ce que leurs milieux respectifs attendent d’eux .

Il y a beaucoup de beauté dans cette différence finalement assumée grâce à la forêt, qui devient le refuge de celle qui, Québécoise francophone, se sent démunie devant les joutes oratoires de sa famille française. C’est aussi dans la forêt que se révèle la véritable patrie de celui qui oppose aux impératifs de l’efficacité et de l’économie la douce oisiveté du corps dont l’esprit est occupé par la littérature. Essence d’une identité reconquise, la forêt – québécoise – est un langage du silence :  « J’avançais, conduite par la respiration du grand corps sauvage de ce bois giboyeux, quand les mille chemins du silence m’ont parlé du langage des taiseux […] » (p. 106). Et plus loin : « Se pouvait-il que les arbres soient mes semblables et que je sois né dans la mauvaise enveloppe? Je lisais des livres de papier fait de leur chair et me sentais presque gêné en face de ces géants de silence qui n’avaient pas d’yeux pour nous juger […] » (p. 164).

Un silence qui laisse la place, vous pouvez le constater, à une écriture élégante et riche, dont on a déjà hâte de suivre le tracé sur le chemin d’autres œuvres.

 

PÉPIN, Elsa, Quand j’étais l’Amérique, Montréal, Éditions XYZ, coll. Quai no. 5, 2014, 163 p.

Aussi disponible en version numérique.

Catégorie(s) : Littérature québécoise

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Un beau livre sur Louis Cyr

2 septembre 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Illustré de magnifiques photos tirées du très beau film de Daniel Roby, Louis Cyr, l’homme le plus fort du monde se feuillette au gré de ses humeurs. On peut se laisser porter, quelques minutes ou davantage, bien assis dans son fauteuil préféré, en buvant ce qu’il nous plaît de boire.

C’est le sens que les Américains donnent à l’expression difficilement traduisible de coffee table book. Sans le remords de conscience qui nous assaille lorsque notre regard s’attarde sur les piles de livres qu’on n’a pas encore lus, on laisse allègrement traîner ce type de livres – généralement des grands formats -, sur un coin de table en attendant d’avoir le temps d’en parcourir un passage au hasard.

Mais il y a tout de même un peu plus que cela. Car ce livre comporte une introduction mettant suffisamment en relief le sens de la vie de Louis Cyr, vu comme la plus grande des légendes québécoises et le symbole de la fierté d’un peuple.

Petit rappel. Habitant à Lowell, au Massachusetts, à partir de 1878, Louis Cyr a été le témoin du dur combat, pour leur survie individuelle et collective, de ceux qui s’appelaient alors des Canadiens français. Il travaille dans une usine de textile, comme des milliers de ses concitoyens à une époque où le Québec doute énormément de son avenir en tant que nation, ne pouvant donner du travail à ses fils et à ses filles, et les voyant partir aux États-Unis par centaines de milliers, par villages entiers.

Le livre montre qu’un jour, après avoir été la cible d’une injure raciale visant l’ensemble des Canadiens français (scum of the earth), Louis Cyr est mis au défi de soulever une énorme pierre de plus de 500 livres. Il réussit l’exploit, clouant le bec de l’Irlandais provocateur

On verra alors, en tournant les pages de ce beau livre, que Louis Cyr s’est découvert tel qu’en lui-même, c’est-à-dire en homme fort qui ne plie pas, qui répond avec fermeté et dignité à l’injustice et aux provocations, et qui « ne triche jamais ». En lui, un peuple déchiré se reconnaîtra.

Les magnifiques photos du livre sont parfois enrichies de quelques phrases judicieusement choisies, qui nous font découvrir une foule de petites choses. Par exemple, on apprend que le cirque de 150 employés créé par Louis Cyr était à la fine pointe de l’innovation technologique puisqu’il a utilisé le premier « appareil cinématographique destiné à visualiser une oeuvre photographique en lui donnant l’illusion du mouvement ».

En tournant et en retournant les pages, on constate aussi à quel point nos acteurs ont du talent. Les photos « prouvent », en quelque sorte, que l’interprète de Louis Cyr, Antoine Bertrand, est d’une vérité absolument hors du commun.

Ce plaisir pour les yeux et pour l’esprit, vous pourrez vous aussi le partager pendant au moins trois semaines, en passant au niveau 1 de la Grande Bibliothèque afin d’emprunter à votre tour Louis Cyr, l’homme le plus fort du monde. Un étage à fréquenter, pour qui aime les beaux livres.

BEAULIEU, Victor-Lévy, Éric MYRE et André MORIN, Louis Cyr, l’homme le plus fort du monde, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, 2014, 283 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Histoire du Québec

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Les clowns thérapeutiques

24 août 2014 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

En lisant Clowns d’hôpitaux, c’est du sérieux!, j’ai découvert un art d’une délicatesse infinie. Ces clowns sont de grands équilibristes qui se promènent sur une ligne très mince entre le drame de la maladie ou de la vieillesse et leur désir d’apporter de la légèreté sans tomber dans le ridicule. Le rôle des clowns thérapeutiques est de soulager, d’apporter du réconfort, de la compassion et, souvent, de faire sourire voire rire les patients!

Cela exige d’eux de nombreuses qualités. D’abord, une grande ouverture d’esprit, une sensibilité et un doigté hors du commun. Ensuite, une imagination et un sens de l’improvisation dignes des plus grands acteurs, car ils doivent composer avec les divers éléments que chaque situation présente.

À partir des commentaires d’un patient, de son attitude ou d’un objet de sa chambre, les clowns saisissent l’occasion d’établir un lien vers une histoire, un sketch, une chanson ou une conversation qui stimulera l’imaginaire du patient et lui fera momentanément oublier son quotidien difficile.

C’est avec émerveillement que je lis les récits de Michèle Sirois, comédienne professionnelle et clown d’hôpital. Avec beaucoup de finesse et un sens du portrait, elle raconte ses histoires uniques vécues auprès de personnes âgées ou d’enfants malades.

On comprend que ce travail joue un rôle d’une grande importance auprès d’eux, car il vient éclairer leur vie magnifiquement! Quelquefois, la visite des clowns d’hôpitaux est le seul rayon de soleil de la journée, parfois même de la semaine!

Loin d’infantiliser, comme certains peuvent le croire, les clowns thérapeutiques font appel à l’imaginaire, à l’intelligence et à la mémoire des patients grâce à leurs interventions. Ce sont souvent les patients eux-mêmes qui dictent les scénarios aux clowns, car ils connaissent leurs besoins. Les clowns doivent se laisser guider par leur légèreté et leur sens de l’exagération pour entrer dans le jeu. Au fil des rencontres, la complicité grandit.

Pour pratiquer cet art, Michèle Sirois suggère de suivre d’abord une formation de clown afin de découvrir celui qui nous habite (www.formationclown.com). Il s’agit d’utiliser nos défauts et nos failles, puis de les caricaturer. Cela semble très libérateur au dire de l’auteur!

Les clowns thérapeutiques existent dans plusieurs pays. Au Québec, ils sont engagés par l’organisme Jovia (www.jovia.ca).

 

SIROIS, Michèle, Clowns d’hôpitaux, c’est du sérieux!, Montréal, Éditions La Semaine, 2014, 204 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Récit autobiographique

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Une famille d’influence, les Desmarais

17 août 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

S’appuyant sur l’immense fortune et sur l’influence de Power Corporation, la famille Desmarais « a fait et défait les gouvernements du Québec et du Canada depuis près de 40 ans », affirme Robin Philpot, l’auteur de Derrière l’État Desmarais : Power.

Afin d’écrire cet essai politique portant sur les origines et le développement de ce conglomérat, sur le rôle et les ambitions de ses dirigeants au Québec, ainsi que sur leurs positions politiques que les rebuffades de Bay Street n’ont jamais entamées, Robin Philpot a extrait jusqu’à la dernière goutte (ou virgule) les information publiques contenues dans les très, très rares entrevues et interventions publiques du fondateur de Power, Paul Desmarais, y compris ce que l’auteur présente comme étant la version non censurée  d’une entrevue donnée en 2008 à l’hebdomadaire français Le Point.

Parfois, quelques mots suffisent pour esquisser un portrait, comme cette phrase de Paul Desmarais : « je ne veux pas dépendre d’un gars dans un coin qui va voter contre moi ». Ou encore, « même en y réfléchissant bien, je ne trouve rien que j’ai commencé… Commencer à zéro, c’est trop lent pour moi », ce qui est la clé de la compréhension de cet empire, bâti par des maîtres de l’ingénierie financière adossée sur l’État grâce à l’interconnexion des réseaux de pouvoir. Power Corporation, dit l’auteur, n’aurait pas existé sans la nationalisation de l’électricité, au Québec et au Canada, dans les années 60.

Ce portrait, l’auteur le brosse aussi à l’aide d’entrevues réalisées avec des connaisseurs du pouvoir économique, qui préfèrent rester dans l’ombre par crainte de représailles. L’auteur reconnaît également sa dette intellectuelle envers les auteurs des incontournables biographies des grands acteurs politiques québécois, Daniel Johnson père, René Lévesque et Jacques Parizeau.

D’une façon générale, dit Philpot, Power Corporation incarne cette définition classique du pouvoir : « empêcher que son nom apparaisse dans les journaux » tout en « provoquant des événements importants et en empêchant les médias d’en parler »!

Il faut dire que la famille Desmarais a les moyens de ses ambitions. Avec la compagnie Gesca, une entité de Power Corporation, elle contrôle 70 % de la presse écrite québécoise, à laquelle s’ajoute la fameuse « convergence » entre Gesca et Radio-Canada. Comme d’autres avant lui, tel l’ancien ministre Joseph Facal, l’auteur en déduit que les choix de carrière des journalistes en sont singulièrement réduits.

L’auteur souligne aussi la féroce opposition des Desmarais au dévoilement des états financiers de Gesca, réclamé pendant des années par le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC). Contrairement à ses compétiteurs, comme Québecor, Gesca refuse de les rendre publics, ce qui pourrait s’expliquer par leur nature déficitaire. Mais s’ils sont déficitaires, se demande-t-il, à quoi peut bien servir Gesca?

Mis à part Gesca et ses journaux peut-être déficitaires, Power Corporation n’est plus présente dans l’économie du Québec depuis la fin des années 80, à la suite de la vente de la Consolidated-Bathurst pour 2,6 milliards de dollars à des intérêts américains. La « Consol » aurait pu devenir la colonne vertébrale de la restructuration et de la modernisation de l’industrie québécoise des pâtes et papier, mais cette vente a empêché la réalisation de ce scénario auquel oeuvrait, notamment, nul autre que Jacques Parizeau.

Au Canada, Québec inclus, les activités de Power Corporation sont presque totalement concentrées dans les secteurs de l’assurance de personnes, ainsi que dans la gestion et la distribution de fonds communs de placements, par l’entremise des compagnies dont les sièges sociaux sont situés au Manitoba et en Ontario.

Toutefois, après la vente de la « Consol », la famille a longtemps fait savoir qu’elle attendait le moment propice pour revenir sur la scène économique québécoise.

Selon Philpot, ce moment pourrait bien approcher- … et, dit l’auteur, ça ne constituerait pas une bonne nouvelle.

Car si la famille Desmarais pense que le mouvement indépendantiste est mort, totalement démoralisé par ses campagnes de presse, elle pourrait alors investir des milliards de dollars dans l’achat de la Banque Nationale – le cœur du Québec inc. –, et éventuellement, dans l’hydro-électricité si bien sûr Hydro-Québec venait à être privatisée.

S’inspirant de Jean Bouthillette et de son magistral Le Canadien français et son double, Robin Philpot estime que Power Corporation est dirigée par des gens heureux de jouer le rôle des « éternels minoritaires », prospères mais sévères avec leurs co-minoritaires, et ce, afin d’être acceptés par l’establishment canadien, malgré les rebuffades des prises de contrôle avortées de la société de gestion Argus et du Canadien Pacifique. Pour ces éternels minoritaires, « le français se parle à la maison, l’anglais, partout ailleurs ». Et dans les mains d’un groupe ultra-fédéraliste comme Power Corporation, la Banque Nationale ne pourrait plus servir de contrepoids à Bay Street. Philpot pense que cela signerait la fin du pouvoir économique québécois.

PHILPOT, Robin, Derrière l’État Desmarais : Power, Montréal, Baraka, 2014, 221 p.

Aussi disponible en format électronique.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Essai, Histoire du Québec

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50 bougies soufflées au musée et beaucoup de cadeaux reçus!

11 août 2014 par Sylvie-Josée Breault Pas de commentaires

Fondé en 1964, le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) souligne son 50e anniversaire avec une exposition d’envergure : La Beauté du geste. Quelque 200 pièces y sont présentées, toutes des dons. Au fil des ans, artistes et collectionneurs d’ici et d’ailleurs ont offert 3500 œuvres au MAC. Il s’agit d’un nombre considérable, car le musée en détient 7800 au total. C’est donc cette générosité, le geste de donner, qu’on a voulu célébrer, tout comme l’esthétisme des œuvres, le geste artistique. Pour les donateurs, l’œuvre ainsi cédée est assurée d’une conservation adéquate et d’une bonne mise en valeur. Pour les conservateurs, ce mode d’acquisition est indispensable pour affirmer la diversité et la richesse des collections. Ces oeuvres contribuent à la constitution d’une collection nationale d’art contemporain. Elles reflètent leur époque et témoignent de l’évolution de l’art québécois en regard des courants internationaux. L’exposition donne à voir maintes formes de création produites au cours du dernier demi-siècle : peintures, sculptures, gravures, dessins, photographies, vidéos, installations, etc. Une pléiade d’artistes y sont représentés, principalement québécois et canadiens incluant quelques créateurs étrangers : Lyman, Borduas, Pellan, Leduc, Riopelle, Roussil, Goodwin, Ewen, Charney, Whittome, Murphy, Blain, Grandmaison, Bourgeois, Christo, Oppenheim, Buren, Tunick, entre autres. Une si grande variété aurait pu dérouter le visiteur, mais l’ensemble est cohérent et le parcours de l’exposition s’en trouve animé. Quel artiste à venir? Quelle œuvre suivra? Certains tableaux sont bien connus, mais plusieurs oeuvres surprennent agréablement. À visiter donc cet été.

MACLe catalogue de l’exposition vaut aussi le détour. Bilingue, il comporte plusieurs éléments. L’avant-propos permet de cerner la vision du nouveau conservateur en chef et directeur du musée, John Zeppetelli, qui signe ici sa première exposition. Il relève l’importance des rapports entre donateurs et conservateurs en faisant référence à l’Essai sur le don de Marcel Mauss, qui traite des échanges dans les sociétés. Suit une présentation de l’exposition par la conservatrice des collections, Josée Bélisle, qui approfondit cette notion de partage associée cette fois à la mémoire et à l’histoire. Elle explique le développement du musée au travers ces dons, commente certaines œuvres marquantes et les dons d’exception. Tel est le cas de la Collection Borduas et du Fonds Paul-Émile Borduas, qui regroupent des œuvres et des archives fort utiles pour les spécialistes et les chercheurs du domaine. Ce catalogue constitue un ouvrage de référence appréciable, car il répertorie 50 dons majeurs. Chaque titre est accompagné d’une illustration et d’une fiche explicative : présentation de l’artiste, date de création et de donation, données matérielles, notes sur l’œuvre. Enfin, le catalogue comprend aussi la liste des 800 donateurs : artistes, galeristes, fondations, universités, etc. Doté de 136 planches en couleurs, on aura plaisir à le feuilleter. La page couverture invitante fait référence à l’installation interactive Pulse Room de l’artiste montréalais d’origine mexicaine Rafael Lozano-Hemmer, léguée au MAC depuis peu et très appréciée du public. Ainsi, le catalogue permet de prolonger l’expérience de la visite et de se familiariser davantage avec l’art contemporain. À consulter.

 

BÉLISLE, Josée, La beauté du geste : 50 ans de dons au Musée d’art contemporain de Montréal, Montréal, Musée d’art contemporain de Montréal, 2014, 192 p.

MAUSS, Marcel, Essai sur le don : forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Paris, Presses universitaires de France, 2012, c2007, 241 p.

Catégorie(s) : Arts visuels

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Yamabuki

3 août 2014 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

Une vieille dame prend plaisir encore à vivre avec son mari après 56 ans de vie commune. Elle se rappelle sa première union avec un coureur de jupons dont elle a heureusement divorcé. Puis elle nous parle de sa rencontre avec son second époux alors qu’elle se rendait à Tokyo pour y refaire sa vie.

9782330026714C’est la naissance d’un amour dans un Japon en reconstruction, après la Deuxième Guerre mondiale. L’héroïne travaille comme assistante auprès d’une maîtresse de la cérémonie du thé. Elle apprend également d’autres traditions japonaises comme l’ikebana, l’art des arrangements floraux.

Le récit coule comme une source. L’écriture est claire, concise, apaisante. La poésie et l’humour sont maniés avec finesse, comme de petits coups de pinceau. On sent dans cette histoire d’amour la sagesse du cœur à l’écoute de la vie.

Si vous avez la chance de lire Yamabuki, je vous suggère de le faire au milieu d’un jardin. Votre lecture vous fera voyager par vos sens et prendra toute son ampleur, car on parle beaucoup de fleurs dans ce roman. Il y a celles pour l’ikebana, puis celles du jardin botanique que le vieux couple aime visiter; il y a surtout celle de yamabuki, l’emblème du roman, une fleur jaune qui n’a pas de fruits comme l’héroïne qui n’a pu avoir d’enfants.

Quelques réflexions sur le rôle des hommes et des femmes au Japon versus les États-Unis sont vraiment savoureuses. Le couple a des dialogues d’une grande simplicité, mais aussi d’une grande profondeur. Il nous donne envie de sérénité.

L’auteure talentueuse de ce bref roman est une Québécoise d’origine japonaise du nom d’Aki Shimazaki. Elle nous initie à sa culture avec doigté et intelligence. D’abord par l’histoire, qui se déroule au Japon, mais aussi avec des mots japonais parsemés dans le texte dont le sens nous est donné dans un lexique à la fin du livre.

Aki Shimazaki a immigré au Canada en 1981 et vit à Montréal depuis 1991. C’est en 1995, à l’âge de 40 ans, qu’elle a commencé à apprendre le français. Depuis, elle a publié plusieurs romans et gagné des prix, dont celui du Gouverneur général du Canada.

Yamabuki est le cinquième et dernier livre d’une série romanesque commencée en 2006. Auparavant, Aki Shimazaki a écrit une autre série de cinq romans intitulée Le poids des secrets.

 

SHIMAZAKI, Aki, Yamabuki, Montréal, Leméac; Arles, France, Actes Sud, 2014, 137 p.

Catégorie(s) : Littérature québécoise

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