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Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Les derniers témoins

9 novembre 2017 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Publié il y a vingt ans, L’Allemagne nazie et les Juifs de Saul Friedländer a eu, et continue à avoir, un retentissement extraordinaire.

Les connaisseurs estiment que cette synthèse historique se situe au même niveau que le magistral La destruction des Juifs d’Europe de Raul Hilberg qui suivait minutieusement, archives à l’appui, le rôle central de la bureaucratie nazifiée dans le processus d’extermination des Juifs d’Europe. Pour sa part, Friedländer avait innové en intercalant des témoignages de victimes de l’Holocauste dans un grand récit privilégiant des facteurs idéologiques et culturels.

Le récent Réflexions sur le nazisme constitue une belle occasion de se familiariser avec l’œuvre et la pensée de Friedländer. Fruit d’un long entretien sous forme de questions/réponses, Réflexions sur le nazisme offre plusieurs points d’entrées sur des débats historiographiques actuels concernant l’Holocauste et le nazisme.

Plusieurs thèmes sont ainsi abordés. Une histoire objective de l’Holocauste peut-elle intégrer le point de vue subjectif des victimes ? Comment représenter des événements que certains qualifient comme étant hors de l’intelligible? Peut-on relater objectivement l’Holocauste en étant soi-même Juif ? Est-il possible de faire des documentaires « véridiques » comme voudrait l’être le Shoah de Claude Lanzman? Comment s’est créée, chez les Juifs d’Europe, la conscience de ce qui les attendait sous le nazisme ?

Ce livre aborde le riche univers d’un grand historien qui constate, à plus de 80 ans, qu’il n’existe pas de cadre d’explication pleinement satisfaisant pour rendre compte de l’événement qui a façonné sa vie. Et qui s’oppose autant à «l’exploitation de la Shoah à des fins politiques » par une certaine droite qu’aux appels à l’« oubli » d’une certaine gauche.

Catégorie(s) : Documentaire

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Une histoire illustrée des Patriotes

21 septembre 2017 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

« Une rébellion est toujours l’histoire d’un échec, car si les insurgés étaient victorieux, il ne s’agirait plus d’une rébellion mais d’une révolution », écrivait l’historienne canadienne Elinor Kyte Senior dans son grand livre Les habits rouges et les patriotes.

Si elles avaient réussi, les rébellions de 1837-1838 auraient donné naissance à une république, affirme l’auteure d’une récente Histoire inédite des Patriotes. Et l’image que nous en aurions aujourd’hui serait bien différente que celle qui transparaît dans bien des livres d’histoire, à savoir celle d’habitants manipulés par des «chefs égocentriques» à la recherche de bonnes places et qui, « au premier revers, se sont enfuis comme des couards » (p. 9).

L’Histoire inédite d’Anne-Marie Sicotte s’appuie sur une vision énergique des racines de cet événement, soit le racisme de l’élite marchande tory et la corruption de l’État colonial. Ces conditions suscitent la résistance des Canadiens et ultimement, l’affrontement armé. La défaite du mouvement d’émancipation causera, dit l’auteure, un repli «dans un nationalisme étroit»; ce qui s’insérera dans la logique communautariste de l’État canadien.

Au-delà de ce qui se veut contre-récit, ce livre intéressera surtout les amateurs de connaissance du passé par sa riche et exceptionnelle iconographie. Il comporte 477 illustrations en couleurs sur les Patriotes et la société de l’époque. Les images ont été choisies à la suite d’une profonde incursion dans des archives spécialisées. Comme tout livre-objet, l’Histoire inédite des Patriotes se découvre peu à peu, au gré de ses envies.

Catégorie(s) : Documentaire, Histoire du Québec

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La grande évasion de la pauvreté

18 septembre 2017 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Angus Deaton fait partie des intellectuels qui apportent leur pierre à l’édifice du débat public en raison de leurs sujets d’étude et de la portée de leurs travaux.

Fin 2015, l’une de ses recherches a fait le tour de la planète : il y rapportait l’augmentation alarmante du taux de mortalité des Américains blancs de la classe moyenne à cause des surdoses de médicaments d’ordonnance et de drogues illégales, de l’alcoolisme et du suicide. Aux yeux de l’essayiste Fareed Zakharia, les proportions de ce phénomène sont dignes de la Russie d’après la chute de l’Union soviétique. L’élection présidentielle américaine en a rappelé la pertinence. En effet, d’après une étude statistique publiée dans The Economist, l’état de santé de la population aurait été le principal indicateur des régions ayant basculé dans le camp de Donald Trump.

L’étrange paradoxe d’une forte hausse de la mortalité touchant un milieu privilégié comme le sont les Américains blancs de la classe moyenne rappelle que le progrès ne suit pas une courbe uniformément ascendante.

Dans son livre intitulé La grande évasion, Angus Deaton explique que depuis une centaine d’années, l’humanité a franchi des pas de géant. Les revenus réels ont explosé et la mortalité infantile a fondu comme neige au soleil. Les progrès sont rapides : en 1981, deux humains sur cinq vivaient avec moins d’un dollar par jour, comparativement à un sur sept en 2013.

Un élément du livre fera particulièrement discuter : la pertinence de l’aide internationale au développement. Deaton estime que les 135 milliards dépensés en aide internationale en 2014 l’ont été en pure perte.

Bien écrit, La grande évasion entraîne le lecteur sur la pente de l’optimisme raisonné. Car l’auteur montre aussi qu’il reste encore du chemin à faire avant que le progrès n’illumine la vie de tous. À travers le monde, des centaines de millions de personnes vivent dans un état de grande misère. Dans un pays aussi riche que les États-Unis, des inégalités creusent de profonds sillons et raccourcissent des vies. « Pour beaucoup de gens à travers le monde, les choses vont encore mal », a dit Angus Deaton en recevant son prix Nobel d’économie en 2015.

Catégorie(s) : Essai

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Par les sentiers…

18 septembre 2017 par helenetremblay 1 Commentaire

Rencontrer un écrivain, l’entendre réfléchir, sont choses belles et rares. Les carnets de Robert Lalonde nous offrent ce bonheur. Le dernier, La liberté des savanes, affiche de nouveau cette maturité qui nous fait du bien et nous fait prendre conscience de notre fragilité. L’auteur, frappé par le suicide du fils d’un voisin, s’adresse à lui et au lecteur. Il nous est donné d’assister à cette leçon (pas du tout magistrale) sur la vulnérabilité de chaque être au sein de la nature et la possibilité de connaître quand même le bonheur. Le lecteur marche avec le promeneur. On peut presque sentir les effluves des arbres, entendre les chants d’oiseaux, voir les couleurs des saisons. Si l’on a vécu proche de la nature et qu’on s’y est souvent promené, on peut retrouver ces sensations et parcourir, avec Robert Lalonde, les « chemins de traverses ».

Fidèle à lui-même, il ponctue le texte de citations d’auteurs qu’il aime. Il nous aide ainsi à étendre notre culture littéraire, à nous donner le goût d’aller plus loin et de faire connaissance avec ceux qu’il nomme respectueusement ses amis. En effet – et comment ne pas être d’accord avec lui – c’est en lisant qu’on est moins seul et qu’on peut non seulement apprendre sur le monde, mais aussi retrouver la paix, même dans ces moments où on est tellement perdu. Les références bibliographiques permettent au lecteur de voir s’ouvrir devant lui un autre sentier : celui de toutes ces nouvelles lectures.

Mais, plus que tout, ce sont ces débats intérieurs que nous vivons tous comme Robert Lalonde, un jour en nous-mêmes, qui nous permettent de réfléchir avec lui. La sérénité retrouvée, même imparfaite, apaise. Cheminer parmi les savanes avec un tel « ami littéraire » est plus qu’un plaisir, c’est un privilège.

Robert Lalonde, La liberté des savanes : carnets, Montréal : Boréal, 2017, 181 p.

Catégorie(s) : Essais québécois, Littérature québécoise

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Pèlerinage dans les contrées du thé

18 septembre 2017 par helenetremblay Pas de commentaires

S’ouvrir au monde par les saveurs et les traditions est un privilège. Bien que je connaisse la place que prend le thé dans différentes cultures, Thé : Histoire, terroirs, saveurs m’en a fait découvrir toute l’importance. Une réédition augmentée qui donne encore plus à découvrir.

Le volet histoire de cet ouvrage québécois démontre une recherche soignée des origines et des croyances autour de ce breuvage emblématique dont le mythe fondateur daterait de plus de 2000 ans avant Jésus-Christ. Sa place importante dans maintes cultures et dans l’économie naissante des civilisations est fort bien exposée. Les textes clairs et précis font la démonstration du rôle joué par le thé dans les mœurs orientales, puis occidentales, ainsi que des rivalités pour en contrôler le marché – un marché toujours florissant aujourd’hui.

Une bonne partie du document est consacrée à l’étude des différentes régions productrices de thé à travers le monde et aux caractéristiques des terroirs. De la Chine à l’Afrique en passant par le Japon, Taïwan et autres endroits, les auteurs expliquent les différents cultivars, les régions productrices, leur climat et leurs sols, lesquels en influencent le goût. Avec soin et respect, ils nous présentent aussi les travailleurs du thé, des décideurs aux cueilleurs, ainsi que les diverses techniques et les outils utilisés pour préparer les feuilles en vue du commerce. Ils décrivent ensuite les saveurs de chaque famille de thé de ces régions (comme on le ferait pour le vin) et les accessoires de préparation à privilégier.

Côté saveur, une section du livre donne quelques recettes qui exploitent le thé comme ingrédient. On explore aussi les différentes façons de préparer le thé, les ustensiles à utiliser, les cérémonies qui permettent de le mettre en valeur. Une autre section est consacrée aux vertus du thé pour la santé.

Visuellement, le document est une merveille qui nous plonge dans les paysages et couleurs du thé. Une belle découverte de savoirs et de saveurs.

Catégorie(s) : Documentaire

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Alan Taylor et la Révolution américaine

13 septembre 2017 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

En exigeant des taxes afin de renflouer ses coffres vidés par la guerre de Sept Ans, Londres donne le coup d’envoi de la Révolution américaine. Selon l’auteur de American Revolutions, une partie des élites coloniales craignait que ces taxes servent à financer la défense des territoires amérindiens de l’ouest des Appalaches. Car depuis la Proclamation royale de 1763, les Amérindiens disposaient d’un grand territoire, à l’ouest de cette chaîne de montagnes, théoriquement à l’abri de la convoitise des colons et des investisseurs fonciers comme George Washington et Benjamin Franklin.

Alan Taylor réinterprète l’histoire de la Révolution américaine en soulevant les contradictions des patriotes et en établissant les causes matérielles de l’implication des colons et des élites coloniales en tant que forces motrices des événements.

Dans son récit, les grandes décisions se prennent aux dépens des Amérindiens et des esclaves noirs, comme l’entrée des sudistes dans le camp patriote en raison de la politique britannique d’affranchissement des esclaves. Dans son récit, les massacres se suivent, l’opportunisme règne, l’intimidation à l’égard des loyalistes se transforme en guerre civile. Et dans les rangs patriotes, la corruption s’étend au point de susciter le retournement politique de Benedict Arnold, ex-alter ego de George Washington qui vint près de conquérir la ville de Québec en 1775-1776.

Dans cette logique d’intérêts, l’issue de la guerre d’indépendance découle d’un rapport de force et de la capacité des patriotes à s’imposer comme garants de l’ordre et de la propriété privée. Elle ne résulte pas de l’élan populaire vers l’édification d’une société affranchie des carcans de l’Ancien Régime, comme l’avait développé Gordon Wood.

En raison du talent de l’auteur et de l’étendue de sa culture historiographique, ce livre sera lu pendant plusieurs années. Et il sera également âprement débattu. Taylor évalue-t-il les limites de la Révolution américaine avec un regard du XXIe siècle? En proclamant l’égalité de tous, la Révolution ne minait-elle pas l’esclavagisme? Comment expliquer l’attrait de la Révolution américaine au XIXe siècle – au Québec notamment – si ce n’est par sa libération des énergies créatrices emprisonnées par le colonialisme? Les contradictions des fondateurs de la République américaine ont-elles été dépassées? Sinon, qu’en reste-t-il?

Catégorie(s) : Essai, Histoire des États-Unis

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Après l’élection de Donald Trump

13 septembre 2017 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

L’élection de Donald Trump a suscité de l’inquiétude aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

Gene Stone, un auteur américain plutôt entreprenant, a publié The Trump Survival Guide, un guide de survie destiné à ses compatriotes craignant les changements pouvant toucher une dizaine de secteurs, notamment la santé et l’environnement. Dans le même ordre d’idées, un essai très lu de Masha Gessen, spécialiste de la Russie de Poutine, porte le titre révélateur Autocracy: Rules for Survival. Des libraires ont rapporté une singulière montée des ventes de 1984, une fiction publiée en 1949 décrivant un monde où la pensée est détruite par la suppression des mots décrivant l’expérience et la réalité objective. Un des articles les plus lus du Los Angeles Review of Books en ligne porte sur un classique d’Hannah Arendt publié en 1951, Les origines du totalitarisme, et sur ses enseignements possibles par rapport à la situation aux États-Unis.

De façon générale, la dystopie comme genre littéraire connaît un regain de popularité significatif. Tel est le cas de Impossible ici ou It Can’t Happen Here, un roman de Sinclair Lewis publié en 1935, dont la couverture de la dernière édition française évoque ni plus ni moins que Donald Trump. Le personnage principal du roman, un président populiste, autoritaire et démagogue du nom de Buzz Windrip, ne rappelle pas 1984 et Les origines du totalitarisme. Mais en raison de son incompétence et de son impulsivité, Buzz Windrip sera ultimement remplacé par une junte militaire, ouvrant alors la porte au chaos et à la guerre civile.

Cela dit, la démocratie américaine en a vu d’autres. Elle dispose de puissants contrepoids à un pouvoir autoritaire et ses élites ne sont pas toutes issues de la téléréalité, tel le conseiller à la sécurité nationale, H.R. McMaster, lecteur de Thucydide et de Marc Bloch.

Nous y reviendrons…

Catégorie(s) : Essai

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He’s Our Man : Leonard Cohen

11 novembre 2016 par Christine Durant Pas de commentaires

cohen2Leonard Cohen nous a quittés : la nouvelle de sa mort a fait le tour du monde. Comment rendre hommage à ce grand homme?

Mon collègue Philippe Cousineau a écrit un texte merveilleux en 2014 à l’occasion du 80e anniversaire de l’artiste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

He’s Our Man : le 80e anniversaire de Leonard Cohen

On ne présente plus Leonard Cohen. On le découvre et on le retrouve, on l’habite et on le reçoit.  Puis on le célèbre humblement. Lui, le poète du sublime ordinaire, le trouvère amoureux, l’envoûteur à la voix sombre et belle, « étrange étranger » qui, toujours et partout, en mots comme en musique, s’offre tout entier.

Leonard Cohen incarne Montréal ou Westmount, où il est né en 1934; Montréal, son village, son Natashquan et son île d’Orléans. Chez Cohen on sent la famille juive traditionnelle, celle de son père parti trop tôt, celle de son grand-père maternel, Solomon Klinistky, homme de lettres et rabbin. Cohen, fils du verbe et des mythologies plurielles, produit d’une culture unique, d’un folklore subtil s’abreuvant aux différentes sources d’une ville multiple.

C’est dans ce climat singulier, cette mystique livresque, que Cohen se rapproche de l’écriture et apprend les rudiments de la guitare, lui qui, jeune adulte, anime les Buckskin Boys, un groupe de musique country-folk. Puis, dès 1951, il intègre l’Université McGill où, sous l’influence des poètes Irving Layton et Louis Dudek, il fait paraître ses premiers textes, menant à la publication, en 1956, de Let Us Compare Mythologies, son premier recueil. Rapidement, le Montréalais gagne l’estime de la critique et d’un public éclairé, enthousiasmés par un deuxième florilège, The Spice Box of Earth. La grande majorité des œuvres suivantes sont écrites en Grèce, sur l’île d’Hydra, où le poète s’installe en 1960 : le recueil Flowers for Hitler (1964) ainsi que les romans The Favorite Game (1963) et Beautiful Losers (1966) sont de celles-là.

De retour en Amérique, l’écrivain se fait folk singer. À New York, il hante le légendaire Chelsea Hotel, y croise ses esprits ténébreux (Janis Joplin, Lou Reed, Nico) et donne vie à ses premières grandes chansons (« Suzanne », « Sisters of Mercy », « So Long, Marianne »), substance de son premier album, Songs of Leonard Cohen (1967). Trois disques suivent : les désormais mythiques Songs From a Room (1969), Songs of Love and Hate (1971) et New Skin for the Old Ceremony (1974), de même que deux enregistrements en spectacle et le très discutable Death of a Ladies’ Man (1977), fruit mitigé d’un passage douloureux chez le producteur Phil Spector.

Cohen resurgit à l’aube des années 1980 et fait peau neuve avec une sonorité « synthétique » relativement artificielle venant de celui qui nous avait habitués à tant d’authenticité; sonorité qui donne forme à Recent Songs (1979), Various Positions (1984) et au célèbre I’m Your Man (1988), dont l’hymne « Everybody Knows » s’offre les palmarès internationaux. Après l’avenir sombre et apocalyptique qu’il anticipe dans The Future (1992), l’heure est au retranchement. Le juif errant devient moine zen : le « Field Commander Cohen » sera désormais Jikan (« Le Silencieux »). Ce mutisme dure quelques années, jusqu’à ce qu’une fraude qu’il subit et une quasi-faillite le poussent à réintégrer les studios d’enregistrement – enfantant les opus mineurs que sont Ten New Songs (2001) et Dear Heather (2004) – et, avec plus de succès, à remonter sur les scènes du monde entier.

Curieusement, cette résurrection se concrétise par le ressassement heureux de vieilles marottes persistantes (Old Ideas, 2012) et d’autres obstacles communs (Popular Problems, 2014) revisités sans cesse. Des textes et des mélodies au sein desquels Cohen semble retrouver ses repères, ses automatismes d’hier et ses plus anciennes habitudes montréalaises. Retour aux sources où il paraît réinvestir ses plus beaux travers et ses sombres passions qui nous sont désormais si familières et si précieuses. Des penchants et des impressions personnelles qui sont aussi un peu les nôtres, ses chansons comme un habitat commun, à l’instar de sa maison de la rue Vallières, qu’il n’aura, en fin de compte, jamais quittée complètement.

 

Texte rédigé en 2014 par Philippe Cousineau, bibliothécaire à Musique et films.

 

Leonard Cohen, toujours présent à la Grande Bibliothèque

 

Leonard Cohen

Une sélection des bibliothécaires – Arts et littérature

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Catégorie(s) : Les Grands de ce monde

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Un petit saut à Reykjavik avec Erlandur Sveinsson

6 octobre 2016 par Christine Durant Pas de commentaires

Lors des dernières vacances estivales, j’ai profité des belles journées à la plage pour lire La cité des jarres et La femme en vert, deux romans policiers de l’auteur islandais Arnaldur Indridason. Il s’agit des deux premiers romans de la série disponible en français et qui met en vedette le commissaire de police Erlandur Sveinsson et son équipe.

 

commissaire Erlandur Sveinsson

Dans La cité des jarres, Erlendur, avec ses méthodes d’enquête particulières, tente de comprendre les liens entre un viol commis 40 ans plus tôt, la mort de l’enfant né de cet événement et le meurtre du violeur. Ce sont ces liens, une fois découverts, qui permettront, selon Erlendur, de trouver le coupable et d’apprendre le mobile du crime.Commissaire Erlandur Sveinsson

Dans La femme en vert, Erlendur remonte le temps afin d’identifier un squelette qui aurait été enterré il y a plus de 60 ans sous une maison maintenant disparue. À travers l’histoire du propriétaire de la maison et de ses locataires subséquents, on découvre l’horreur.

Au fil des enquêtes, l’auteur nous dévoile les tourments personnels d’Erlendur, l’échec de son mariage et les problèmes de ses enfants. Les sujets abordés dans ces deux romans sont durs : viol, drogue, prostitution, violences conjugales…  Le temps qui passe, qui détruit ou qui guérit les choses est omniprésent : il permet d’amener des éléments de réflexion de l’enquêteur et adoucit un peu le récit.

 

 

 

 

On compte à ce jour 12 romans traduits en français mettant en vedette le commissaire Erlendur. Le dernier, Le lagon noir a été publié cette année. Tous les titres sont également disponibles en version numérique sur prêtnumérique.ca.

 


Bibliographie

INDRIDASON, Arnaldur, La femme en vert, Paris, Points, 2007, 346 p.
Aussi disponible en format ePub

INDRIDASON, Arnaldur, La cité des jarres, Paris, Points, 2006, 327 p.
Aussi disponible en format ePub

Catégorie(s) : Littérature islandaise, Livres numériques, Roman policier

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Des questions sur la musique?

24 septembre 2016 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

          Vous êtes-vous déjà posé des questions au sujet de la musique? Par exemple, la virtuosité musicale est-elle un don du ciel? chante-t-on faux parce qu’on entend mal? notre QI influence-t-il nos choix musicaux?

Dans un bouquin intitulé 60 questions étonnantes sur la musique : et les réponses qu’y apporte la science, Valentine Vanootighem, une docteure en psychologie et chercheuse à l’Université de Liège, répond à une foule de questions toutes plus intéressantes les unes que les autres. Habile vulgarisatrice, l’auteure présente chacune des questions, explique la méthode utilisée par les chercheurs de l’étude (la source est citée), donne les résultats obtenus et la conclusion qui a été tirée.

Pour répondre à la question Chante-t-on faux parce qu’on entend mal?, une équipe de chercheurs canadiens a procédé à une expérience de reproduction de sons avec des musiciens et des non-musiciens. On leur a demandé de reproduire des sons avec leur propre voix, puis à l’aide d’un appareil électronique. Les résultats ont démontré que la reproduction vocale était difficile pour les non-musiciens, mais qu’ils étaient capables de reproduire les sons électroniquement tandis que les musiciens ont obtenu de bonnes performances dans les deux cas.

La conclusion de cette étude parue en 2012 dans le Journal of Experimental Psychology est que les sons ont été correctement perçus par les participants, car ils les ont bien reproduits électroniquement. Mais les non-musiciens ont plus de difficultés à traduire les sons avec leur voix non pas parce qu’ils entendent mal, mais parce qu’ils n’ont pas le même contrôle de leurs muscles vocaux.

Pour répondre à la question Peut-on être drogué(e) à la musique?, une autre étude canadienne a été réalisée auprès de jeunes de 19 à 24 ans à l’aide d’appareils d’imagerie cérébrale. Lorsque les participants écoutaient leurs passages musicaux favoris ou les anticipaient, une libération importante de dopamine était constatée dans deux zones cérébrales précises. Cette étude, publiée en 2011 dans Nature Neuroscience, a permis de constater que la musique peut avoir des effets euphorisants semblables à ceux que peuvent produire l’alcool ou la drogue!

Si la musique a une certaine importance à vos yeux, vous prendrez plaisir à feuilleter ce petit livre auquel on peut s’attarder le temps d’une question ou deux chaque fois qu’un petit moment de lecture s’offre à vous!

 

VANOOTIGHEM, Valentine, 60 questions étonnantes sur la musique : et les réponses qu’y apporte la science, Bruxelles, Belgique, Mardaga, 2015, 143 p.

Catégorie(s) : Documentaire

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Le temps d’un été : un film percutant

21 juillet 2016 par Catherine Lévesque 1 Commentaire

August-Osage-County_300x445Beverly et Violet forment un vieux couple. Atteinte d’un cancer de la bouche qui la fait souffrir, elle avale des pilules parfois en abondance. Il boit un coup et se réfugie dans la lecture.

Un jour, Beverly disparaît. Deux des filles du couple, Ivy et Barbara (cette dernière accompagnée de son mari et de sa propre fille) viennent retrouver leur mère. Rapidement, les reproches fusent et les disputes commencent. Entre-temps, la police retrouve Beverly, noyé.

Toute la famille se retrouve chez Violet après les funérailles : on regarde des photos anciennes et on échange des souvenirs. Lors du repas, les couteaux commencent à voler bas. Violet ne se gêne pas pour lancer tout ce qu’elle pense sans aucune inhibition. Les médicaments y sont-ils pour quelque chose? Quoi qu’il en soit, nous assistons à une scène impressionnante et jouée magnifiquement.

Meryl Streep est extraordinaire dans son interprétation de Violet intoxiquée par sa médication. Elle est d’une telle vérité dans sa façon odieuse de régler ses comptes! Autour de la table, une foule de très bons acteurs lui donne la réplique : Julia Roberts, Ewan McGregor, Chris Cooper, et bien d’autres encore.

Ce film dépeint une famille à laquelle personne ne voudrait appartenir. Les relations sont difficiles, pleines de secrets et de rancunes qui éclatent au grand jour. La mort de Beverly a rompu l’équilibre fragile de la famille qui s’écroule comme un château de cartes. Parfois, la réalité est bien loin de l’idéal auquel tout le monde rêve et la méchanceté, encore plus retentissante dans un contexte familial.

Presque insupportable à regarder à certains moments, ce film est criant de vérité avec ses nombreuses et dures confrontations et ses personnages qui s’en sortent tant bien que mal.

En bout de ligne, ce drame devient fascinant et bouleversant. On a envie de le revoir pour mieux digérer cette intensité et comprendre les névroses des personnages, les liens malsains qui les unissent. Cette toile triste et grotesque signée John Wells est remplie d’humanité.

 

WELLS, John, Le temps d’un été, Toronto, Entertainment One, 2014, 121 min.

Catégorie(s) : Films

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Le livre des Baltimore

13 juin 2016 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

Marcus Goldman, le personnage principal du roman, habite Montclair, une petite ville de la côte est des États-Unis. Devenu écrivain, il consacre son deuxième roman à l’histoire de ses cousins Goldman de Baltimore pour leur rendre hommage et mieux comprendre ce qui leur est arrivé.

Marcus puise dans ses souvenirs de jeunesse pour décrire avec bonheur l’admiration qu’il a vouée pendant si longtemps à cette famille Goldman, surnommée les « Baltimore ». Elle se compose de son cousin Hillel, assoiffé de connaissances, brillant et provocateur; de son cousin adopté, Woody, un colosse très doué au football et toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin; de son oncle Saul, dynamique et généreux, avocat de renom gagnant toutes ses causes et de sa tante Anita une jolie femme médecin, pimpante et affectueuse.

Tout semble réussir à cette famille qui vit avec passion, solidarité et richesse. Marcus éprouve une grande fascination pour les Baltimore. Avec leur magnifique maison et leurs résidences secondaires, leur vie lui semble plus belle, plus réussie et plus heureuse que la sienne.

Malgré sa jalousie, c’est la grande affection qu’il a pour eux qui prédomine. De plus, il a souvent l’occasion de passer des vacances avec eux, seul ou accompagné de ses parents. Avec ses deux cousins, il forme le « gang des Goldman » partageant sports, petits boulots, engagement politique, serments et mauvais coups.

Au début de leur adolescence, ils font la connaissance d’Alexandra, une jeune fille de deux ans leur aînée dont ils tomberont tous amoureux; ils se jureront cependant de ne pas tenter de la séduire, par loyauté les uns envers les autres.

Si Marcus revisite le passé, c’est qu’il est survenu un drame dans la vie des Baltimore. En fait, leur vie a basculé plusieurs fois jusqu’à la tragédie finale dont nous ne comprendrons toutes les ramifications qu’à la fin du roman. C’est ainsi que l’auteur Joël Dicker nous tient en haleine. Avec des allers-retours entre le passé et le présent, il construit une histoire bien imbriquée et prenante dont les personnages éclatants de vie stimulent notre imaginaire.

Marcus Goldman, son héros, était déjà présent dans son précédent roman, La vérité sur l’affaire Harry Québert vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires.

À travers le récit de sa jeunesse, nous apprenons comment Marcus est devenu écrivain. Au fur et à mesure qu’il comprend le drame des Goldman de Baltimore, il réussit à écrire son deuxième roman et à guérir ses plaies.

 

DICKER, Joël, Le livre des Baltimore, Paris, Éditions de Fallois, 2015, 475 p.

Catégorie(s) : Littérature suisse, Roman

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Je lance un défi de lecture – 5 – La femme qui fuit

3 mai 2016 par Christine Durant 1 Commentaire

 

Que d’émotions pour terminer ce défi de lecture qui aura été assez exigeant pour moi (entre le travail, la famille, les études et le rhume)! Mais ça en valait la peine!

 

défi_la femme qui fuit

Phrases courtes, écriture vive, rythme effréné comme si le temps allait nous manquer. Récit profondément touchant, émotivement engageant. Voici la recette, à mon avis, d’un roman gagnant du Prix des libraires!

 

C’est peu dire : mon cœur de mère fut chamboulé.

 

Le récit que nous livre Anaïs Barbeau-Lavalette est prenant. C’est l’histoire de sa grand-mère Suzanne Meloche, épouse de Marcel Barbeau, peintre et sculpteur québécois. Le récit aborde l’effervescence entourant la création du mouvement automatiste et la publication du manifeste du Refus global de Paul-Émile Borduas. Il illustre également à travers la vie de Suzanne Meloche les déchirements qu’ont dû vivre plusieurs artistes du mouvement à essayer de concilier liberté et responsabilité. Le récit nous amène à réfléchir : faut-il forcément abandonner ceux qu’on aime pour vivre sa liberté individuelle? Il importe de se remettre dans le contexte social de l’époque dans laquelle le récit se déroule : le Québec de Duplessis des années 1940 et 1950 est encore largement sous le joug de l’Église catholique. Néanmoins, on peut se poser la question : fallait-il passer par là pour arriver ici?

 

 

 

 

 

Ainsi tu continues d’exister.
Dans ma soif inaltérable d’aimer.
Et dans ce besoin d’être libre, comme une nécessité extrême.
Mais libre avec eux.
Je suis libre ensemble, moi.

 

 

Ce récit ne peut laisser personne indifférent.

Il obtient mon vote comme grand gagnant de la catégorie Roman québécois du Prix des libraires du Québec 2016.

Maintenant que mon défi de lecture est terminé, j’attends avec impatience le dévoilement du gagnant le 9 mai prochain.défi de lecture - romans québécois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce fut une expérience intéressante de découvrir de nouveaux auteurs québécois très talentueux. Des récits qui, souvent, nous touchent par des trames très personnelles.

 

Catégorie(s) : Défi de lecture, Littérature québécoise, Prix littéraires

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Je lance un défi de lecture – 4 – Nord Alice

25 avril 2016 par Christine Durant 2 Commentaires

Défi de lecture -4

Des quatre romans lus jusqu’à maintenant pour mon défi de lecture, Nord Alice de Marc Séguin est mon préféré. J’en ai aimé l’écriture simple, mais efficace.

 

D’une certaine manière, je me suis reconnue dans le récit. Ce que vivent les personnages est raconté de façon suffisamment réaliste pour qu’on puisse s’y identifier. Le récit n’est pas banal pour autant : le narrateur, médecin de formation, s’exile à Kuujjuaq pour comprendre avec quoi rime l’amour : c’est que la femme qu’il aime est Inuite. Nous découvrons alors un monde de paysages à couper le souffle, de nature sauvage et de froid extrême.

 

« Des glaces millénaires qui flottent et meurent, portées par la mer, vers le sud. Des éternités qui fondent. »

 

Un monde aussi confronté à des difficultés sociales : les Blancs ont voulu s’approprier le Nord et y ont laissé des traces que des milliers d’années de survie ne sont pas capables d’absorber.

 

« J’imagine que les médicaments sont arrivés par avion. Avec l’alcool, les Whippets et les tranches de fromage Singles. »

 

Le narrateur essaie de comprendre aussi à travers l’histoire familiale paternelle jusqu’où il faut aller pour montrer son amour à l’autre et de l’autre. Quels gestes faut-il poser pour prouver que l’amour entre deux personnes est authentique et inconditionnel?

 

 

 

J’amorcerai sous peu la dernière étape du défi que je me suis lancé à la mi-février avec La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

 

Le gagnant de la catégorie Roman québécois du Prix des libraires du Québec sera dévoilé le lundi 9 mai prochain.

Catégorie(s) : Littérature québécoise, Prix littéraires, Relations entre hommes et femmes

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Deux sœurs aux vies entremêlées

17 avril 2016 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

Joséphine et Iris sont deux sœurs aussi différentes qu’inséparables. Iris est blonde, frivole et mariée à un homme riche. Elle rêve de se sentir vivante car sa vie intérieure est vide. Depuis ses études en cinéma, elle n’a pas eu la force de croire en elle et préfère voler les idées des autres pour se mettre en valeur.

Joséphine, cheveux bruns, est une femme plus sérieuse et indépendante. Elle a mis à la porte son mari chômeur qui la trompe et qui ne se donne pas la peine de chercher du boulot. Mère de deux enfants, elle doit travailler sans relâche et refuse de demander de l’argent à sa mère ou à sa sœur.

Depuis leur enfance, les deux sœurs sont à la fois complices et envieuses l’une de l’autre. L’une brille dans l’ombre par ses études et ses connaissances qui lui rapportent un maigre salaire; l’autre se distingue en public, mais n’arrive pas à être financièrement autonome.

Iris tente d’écrire un roman mais souffre du syndrome de la page blanche. Joséphine vient de découvrir qu’elle doit 40 000 euros à la banque car son ex-mari a fait un prêt dans leur compte conjoint en imitant sa signature.

C’est alors qu’Iris propose un pacte à sa sœur : écrire un roman en son nom. Iris sera l’auteure officielle, Joséphine la plume fantôme. La plus belle en fera la promotion et la plus érudite en récoltera les recettes. Excitées par ce plan qui répond chacune à leurs besoins, elles sont plus complices que jamais.

Ce roman de Katherine Pancol, Les yeux jaunes des crocodiles, a été transposé en film par Cécile Telerman. Julie Depardieu y interprète Joséphine et Emmanuelle Béart, Iris. Légère et profonde à la fois, cette histoire sur l’ombre et la lumière, sur le mensonge et sur la vérité, nous renvoie à des personnages qui manquent de confiance en eux. Car a-t-on besoin de mentir lorsqu’on a confiance en soi? Sans compter que les mensonges apportent leur lot de problèmes, comme le constateront les protagonistes.

Porté par plusieurs grands interprètes, ce film est divertissant et prenant. Il révèle les personnalités de deux sœurs, décrit leurs réactions face aux aléas de la vie et montre comment leurs comportements prennent racine au plus profond de leur vie familiale, comme en témoignent leurs souvenirs.

 

TELERMAN, Cécile, Les yeux jaunes des crocodiles, Canada, Mongrel Media, 2015, 123 min.

PANCOL, Katherine, Les yeux jaunes des crocodiles, Paris, Albin Michel, 2006, 651 p.

Catégorie(s) : Films

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Je lance un défi de lecture – 3 – À la recherche de New Babylon

4 avril 2016 par Christine Durant Pas de commentaires

 

Dans mon dernier billet, je vous mentionnais que Nord Alice de Marc Séguin serait la prochaine étape de mon défi de lecture. Surprise! C’est plutôt le premier roman de Dominique Scali, À la recherche de New Babylon que j’ai lu, en 12 jours. Je constate d’ailleurs que mon objectif de lire au moins 20 pages par jour est la plupart du temps largement dépassé! J’ai même le temps de prendre des pauses!défi de lecture - À la recherche de New Babylon

 

Dominique Scali nous transporte au Far West dans un monde violent où la plupart des personnages sont désillusionnés. Un monde où les confits se règlent en duel, où les coupables sont pendus devant public et où les femmes travaillent trop souvent dans des bordels!

Ce récit du Far West est construit autour des carnets de notes du narrateur. C’est à travers eux qu’on découvre les personnages et leur quête personnelle : un faux prédicateur qui préfère le silence aux sermons révoltés; un boxeur pyromane qui échappe à plusieurs pendaisons; une jeune femme qui cherche le mari parfait; un présumé exilé russe qui tente de bâtir la ville la plus dangereuse du Far West et qui défie ses adversaires aux échecs, et puis un célèbre matador mexicain devenu chasseur de primes.

Malgré un début plus difficile, j’ai graduellement compris les liens entre les personnages. Il n’y a pas d’ordre chronologique entre les textes des carnets de notes : on saute d’une année à l’autre dans un désordre intentionnel, le désordre du Far West?

Personnellement, j’ai eu du mal, surtout dans les deux premiers carnets, à m’attacher aux personnages et à comprendre qui ils étaient. J’ai également trouvé dommage de me rendre compte presque à la moitié du récit que les petites pensées dont il est parsemé étaient les dernières paroles que Charles Teasdale, le boxeur pyromane, aurait pu prononcer avant d’être pendu! Il me faudra une deuxième lecture pour apprécier toutes les subtilités du roman. Probablement après le défi de lecture …

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Il me reste donc deux étapes pour compléter mon défi de lecture avant le 9 mai prochain.

 

Catégorie(s) : Défi de lecture, Littérature québécoise, Livres numériques

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Stupeur et tremblements entre l’Occident et l’Orient

20 mars 2016 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

Je ne connaissais pas l’écriture d’Amélie Nothomb et mes connaissances sur le Japon sont limitées. À la lecture de son roman, Stupeur et tremblements, j’ai vécu une double initiation.

Cette auteure, fille de diplomate, a vécu sa petite enfance au Japon et en a conservé une vision idyllique. C’est pour cette raison qu’à l’âge adulte, elle décide d’y retourner. Après de nombreux efforts, elle décroche un contrat d’un an comme interprète dans une grande multinationale de Tokyo. C’est à partir de cette histoire vraie qu’Amélie Nothomb a écrit son roman. Quelle est la part de vérité et la part de romanesque? Je n’en sais rien, mais l’histoire est amusante et drôlement bien racontée.

Amélie est engagée à la section import-export de la compagnie Yumimoto. Elle y fait la connaissance de Fubuki Mori, sa supérieure immédiate. Celle-ci est une magnifique Japonaise de 29 ans, toujours célibataire, qui a mis sept ans pour obtenir son poste actuel, une ascension rare pour une femme. Charmée par sa beauté et par sa gentillesse, Amélie attend ses ordres. Les premiers viendront de M. Saito, le supérieur de Mlle Mori. Il s’agit d’écrire une lettre d’invitation pour une partie de golf. Malgré son application, Amélie doit sans cesse recommencer son travail, car il ne satisfait pas M. Saito. De guerre lasse, celui-ci lui demande plutôt de lui servir un café. Amélie se met alors à servir le café ou le thé à chacun des employés de sa section.

Tout va bien jusqu’au jour où on lui demande de faire la même chose pour un groupe de clients en visite. Comme elle parle japonais couramment, Amélie passe de nombreux commentaires en faisant le service, ce qui entraîne un malaise général au sein du groupe, particulièrement auprès des dirigeants de Yumimoto. C’est alors qu’elle fait la connaissance de M. Omochi, le supérieur de M. Saito. Scandalisé par le manque d’humilité d’Amélie, il lui demande de ne plus parler japonais alors que c’est pour la connaissance de cette langue qu’elle a été engagée!

Amélie multiplie les gaffes au sein de cette entreprise où la hiérarchie règne. Si elle ne reçoit pas d’ordres précis, elle prend des initiatives qui lui sont reprochées par la suite, car elle a volé le travail d’un autre ou n’a pas respecté la hiérarchie. C’est ainsi que sa relation avec Fubuki va se dégrader, car celle-ci se sent humiliée par le comportement d’Amélie, dont elle se croit responsable. Un jour, à cause d’elle, Fubuki subit la fureur d’un de ses supérieurs devant tout le monde. C’est l’humiliation suprême. Elle court se réfugier dans les toilettes pour pleurer seule. Amélie, pleine de compassion, vient la consoler, mais c’est une gaffe de plus. Elle n’a pas respecté le dernier bastion de l’honneur de Fubuki : ne pas montrer ses larmes. Amélie devra payer chèrement cette offense…

Heureusement, cette histoire est racontée avec beaucoup d’humour, car il s’agit véritablement d’un choc culturel entre l’Orient et l’Occident où les notions de respect, de hiérarchie et d’honneur ne sont pas les mêmes. J’ai reconnu là certaines caractéristiques semblables à celles du peuple indonésien que j’ai connu lors d’un échange culturel de huit mois à l’âge de vingt ans. Je me souviens à quel point le regard du groupe était important pour préserver son honneur. On ne devait pas montrer ses émotions aux autres. Sans compter la notion de respect qui était différente de la nôtre, y compris l’importance de la hiérarchie liée au statut ou à l’âge des personnes.

C’est sans doute à cause de cette expérience que j’ai tant apprécié ce roman et aussi à cause de tous ces petits boulots que j’ai pu faire où je me questionnais ou m’inventais des histoires comme le fait Amélie. J’ai dégusté cette lecture intelligente, ri du côté caricatural de l’écriture et compris le succès d’Amélie Nothomb. Après la lecture du roman, j’ai vu le film qu’en a tiré le réalisateur Alain Corneau et dont l’interprète principale est Sylvie Testud. J’ai trouvé que le choc culturel y est très bien rendu, mais l’humour d’Amélie est beaucoup moins présent que dans le livre. C’est tout de même intéressant de voir cette histoire en images, même si le roman reste imbattable!

 

NOTHOMB, Amélie, Stupeur et tremblements, Paris, Albin Michel, 1999, 174 p.

CORNEAU, Alain, Stupeur et tremblements, Westmount, Christal films, 2006, 107 min.

Catégorie(s) : Films, Littérature française

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Je lance un défi de lecture – 2 – Blanc dehors

10 mars 2016 par Christine Durant 1 Commentaire

 

Le 19 février dernier, j’ai amorcé mon défi de lecture qui consiste à lire les cinq romans québécois finalistes du Prix des libraires du Québec avant le dévoilement du gagnant le 9 mai prochain.

 

défi Blanc dehors

Blanc dehors de Martine Delvaux

Dès que j’ai eu l’idée de ce défi personnel, j’ai immédiatement emprunté Blanc dehors de Martine Delvaux sur PRETNUMERIQUE.CA.

J’avais pour objectif de lire au moins 20 pages par jour et ainsi terminer la lecture en 9 jours. Je dois avouer que j’ai plutôt dévoré le récit autobiographique de l’auteure en trois jours!

 

Martine Delvaux nous plonge au début de sa vie et nous livre un témoignage sincère et sans fioritures qui gravite autour de l’inexistence d’un père. Elle raconte son histoire qu’elle qualifie de récit rempli de trous blancs, car à l’époque, en 1968, naître hors mariage était un sujet tabou.

 

« Ce n’est pas un récit sur ma mère. Ce n’est pas non plus un récit sur mon père. C’est un récit qui parle de l’absence de récit. »

 


 

La prochaine étape de mon défi : lire Nord Alice de Marc Séguin.

 

Et vous, vous êtes-vous lancé un défi de lecture? Si c’est le cas, n’hésitez pas à partager vos lectures et votre expérience sur le blogue Annotations.

Catégorie(s) : Défi de lecture, Littérature québécoise, Livres numériques, Suggestions de lecture

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Une anthologie remarquable

6 mars 2016 par Jean-François Barbe 1 Commentaire

par Jean-François Barbe

Lecteurs voraces, blasés ou curieux, réjouissez-vous! Car à moins d’être réellement blasés, Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien vous procurera le plaisir de la découverte, de la connaissance et de la pensée.

Publiée sous la direction de l’ancien recteur de l’UQAM Claude Corbo, l’anthologie présente vingt-sept livres fondamentaux relatifs à la Nouvelle-France et au Québec d’avant le XXe siècle. Écrits par des connaisseurs, ces textes s’adressent au grand public. En une dizaine de pages, on présente l’auteur, l’oeuvre, le sens du livre, son influence et son destin. Ces grands livres ont été choisis en raison de leur « envergure, de leurs percées conceptuelles ou de leurs synthèses novatrices, et de leurs qualités formelles ». Ils ont pu « exprimer la conscience que le Québec a eue de lui-même » ou représenter une contribution « innovatrice et substantielle au progrès du savoir universel ».

Les éclairages sont parfois saisissants. Par exemple, Dominique Deslandres (Université de Montréal) estime que Marie de l’Incarnation se compare à Descartes et à Pascal « par son style, son intelligence des matières dont elle traite, ses inventions et entreprises ». Robert Melançon (Université de Montréal) pense que Moeurs des sauvages américains (1724) de Joseph François Lafitau « mériterait de prendre place auprès de quelques chefs-d’œuvre de la littérature française comme L’esprit des lois de Montesquieu et De la démocratie en Amérique de Tocqueville ». Est-ce que cela réjouit votre cœur de lecteur vorace, blasé ou tout simplement curieux?

Bien sûr, les collaborateurs de l’anthologie ne peuvent pas tous exprimer une admiration aussi vive car la plupart de leurs sujets ne s’y prêtent pas. Par exemple, il est inutile de chercher dans le Montcalm et Lévis (1891) d’Henri-Raymond Casgrain autre chose qu’une importante source d’un courant historiographique actuel sur les derniers jours de la Nouvelle-France, comme le conclut Laurent Veyssière (ministère français de la Défense).

Mais tous réussissent à nous entraîner vers d’autres lectures, à l’instar de Pierre Berthiaume (Université d’Ottawa) qui signale que l’Histoire et description générale de la Nouvelle-France (1744) de Charlevoix aurait pu être la source par laquelle « les Britanniques auraient pris conscience de la Nouvelle-France »; d’Alain Beaulieu (UQAM) qui caractérise Le grand voyage au pays des Hurons (1632) de Gabriel Sagard de « témoignage particulièrement précieux » et rare sur des Amérindiens à une époque où leur mode de vie est peu transformé par le contact ou de Jean-Pierre Pichette (Université Sainte-Anne) qui souhaite la réédition de « l’ouvrage fondateur » d’Ernest Gagnon, Chansons populaires du Canada (1865).

D’autres pourraient surprendre, tel Raymond Duchesne (Télé-Université) qui décrit The Geology of Canada (1863) de William Logan comme « l’œuvre scientifique canadienne la plus importante du XIXe siècle ».

Rappelons que Claude Corbo et Sophie Montreuil (BAnQ) ont précédemment publié un livre sur les grands livres québécois du XXe siècle, fort bien accueilli par la critique spécialisée.

CORBO, Claude (dir.) Monuments intellectuels de la Nouvelle-France et du Québec ancien : aux origines d’une tradition culturelle, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2014, 391 p. Également disponible en format numérique.

Catégorie(s) : Histoire du Québec

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Je lance un défi de lecture – 1

3 mars 2016 par Christine Durant Pas de commentaires

 

C’est parti! Le 19 février dernier, je me suis lancé le défi de lecture personnel suivant : lire les cinq romans québécois finalistes du Prix des libraires du Québec 2016 avant le dévoilement du gagnant le 9 mai prochain. C’est un défi de taille, mais qui devrait s’avérer amusant. Que diriez-vous d’embarquer dans l’aventure et de vous lancer un défi similaire?

 

Les cinq romans finalistes québécois sont :

défi_blanc dehors

Blanc dehors Martine Delvaux

L'année la plus longue

L’année la plus longue
Daniel Grenier

défi_la femme qui fuit

La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette

défi_New Babylon

À la recherche de New Babylon Dominique Scali

défi_nord alice

Nord Alice Marc Séguin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme j’ai déjà lu L’année la plus longue de Daniel Grenier (voir mon billet sur Annotations), il me reste donc quatre romans à lire en onze semaines.

 

Voici mon défi et ma stratégie

 

Pour réussir mon défi, je me fixe l’objectif de lire au moins 20 pages par jour. Ça devrait être réaliste. Au fil de l’expérience, je publierai de courts billets pour vous faire part de ma progression et de mon appréciation des romans que j’aurai lus.

 

J’ai établi l’ordre de lecture suivant :

 

Lecture no 1 : Blanc dehors de Martine Delvaux
Objectif : Terminer la lecture en 9 jours – 27 février 2016

Lecture no 2 : Nord Alice de Marc Séguin
Objectif : Terminer la lecture en 12 jours – 10 mars 2016

Lecture no 3 : À la recherche de New Babylon de Dominique Scali
Objectif : Terminer la lecture en 21 jours – 4 avril 2016

Lecture no 4 : La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Objectif : Terminer la lecture en 19 jours – 5 mai 2016

 

Quelques trucs pour réussir

 

Voici quelques trucs que j’utiliserai et qui pourraient aussi vous aider si vous embarquez dans l’aventure :

 

1- Trouver et emprunter un livre imprimé ou numérique disponible immédiatement.

2- Réserver dès maintenant les prochaines lectures.

3- Se fixer un objectif de lecture quotidien réaliste.

4- Recruter des amis pour relever le défi avec vous.

5- Organiser un dimanche après-midi de lecture : vous pourrez ainsi mettre les enfants à contribution en leur donnant un petit défi de lecture personnel.

6- Utiliser une application mobile ou un site Web pour enregistrer vos progrès (par exemple Goodreads ou Babelio).

7- Rédiger ou filmer une courte critique que vous pourrez partager sur les réseaux sociaux ou sur le blogue Annotations.

 

Alors, êtes-vous prêts à relever le défi?

 

Partagez votre défi de lecture personnel sur le blogue Annotations et, surtout, bonne lecture!

Catégorie(s) : Défi de lecture, Littérature québécoise, Livres numériques, Prix littéraires, Suggestions de lecture

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La vie d’une autre

14 février 2016 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

index-1-150x150[1]Inspiré du roman éponyme de Frédérique Deghelt, La vie d’une autre est le premier film[1] réalisé par Sylvie Testud que l’on connaît comme actrice (le film Sagan entre autres).

Incarnée par Juliette Binoche, l’héroïne du film, Marie, a vingt-cinq ans lorsqu’elle rencontre Pablo (Mathieu Kassowitz) dont elle tombe amoureuse. Après une nuit passée avec lui, elle se réveille à l’âge de quarante ans et ne se souvient plus des quinze dernières années! Elle constate qu’elle est mariée à Pablo, qu’ils ont un petit garçon de quatre ans et qu’ils habitent un luxueux appartement parisien. Voilà le début de cette histoire rocambolesque.

On ne saura jamais exactement pourquoi ni comment Marie a perdu la mémoire.

Malgré ses questions, elle choisit de fuir le monde médical et, surtout, elle en dit très peu à son entourage sur son amnésie. Elle commence à enquêter sur sa propre vie comme si elle enquêtait sur celle d’une autre. Elle essaie d’entrer dans la peau du personnage qu’elle est devenue (épouse, mère et femme d’affaires), mais elle est tellement gauche que cela donne lieu à des scènes tragico-comiques. Au-delà de cette lecture de premier niveau, il y a une femme décalée entre hier et aujourd’hui qui ne se reconnaît pas dans ce qu’elle est devenue. En quinze ans, la vie l’a transformée. Elle s’est éloignée de ses rêves de jeunesse et de son amoureux. Que s’est-il passé durant ces années?

C’est ce qu’elle découvre au jour le jour avec son regard de femme de vingt-cinq ans. Comment se retrouver dans une vie qui ne nous ressemble pas? Et comment rattraper le temps perdu? Elle se croit au début d’une histoire d’amour qui en réalité se termine. Pourquoi sa relation de couple n’a-t-elle pas traversé le temps? Doit-elle accepter la situation?

Contrairement à celle qu’elle est devenue, elle ne se résignera pas.

 

TESTUD, Sylvie, La vie d’une autre, Toronto, Entertainment one, 2013, 97 min.

DEGHELT, Frédérique, La vie d’une autre, Arles, Actes Sud, 2006, 341 p.

 

 

[1] On note de nombreuses différences entre le roman de Frédérique Deghelt et le film réalisé par Sylvie Testud.

Catégorie(s) : Films

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Le Troisième Reich en 2016

7 février 2016 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

L’historien britannique Richard J. Evans est l’auteur du monumental Le Troisième Reich. Ces 2 700 pages sont écrites de façon si vivante que seul le sommeil peut venir (momentanément) à bout de l’intérêt du lecteur … et encore ! Couvrant l’histoire politique, sociale, intellectuelle, économique et militaire de l’Allemagne nazie, de ses origines jusqu’à sa chute, cette magistrale synthèse en trois volumes est exemplaire tant par son érudition (plus de 600 pages de notes et de références) que pour sa qualité d’écriture. En plein le genre de livre qu’on aimerait offrir à son père !

À travers une trame événementielle, Richard J. Evans suit les actions de citoyens, militaires et dirigeants. En fin de chapitres, il synthétise le sens des événements relatés. L’auteur d’un compte rendu publié dans la revue Études a mis le doigt sur une des conséquences les plus fructueuses de cette approche d’écriture. En donnant la parole aux gens ordinaires et aux dirigeants, dit-il, Evans a placé « le lecteur dans la situation des contemporains du IIIe Reich pour lesquels il était bien souvent difficile de discerner l’attitude à adopter et la décision à prendre ».

Voilà qui rejoint un des grands débats historiographiques de la fin du XXe et du début du XXIe siècle sur l’Allemagne nazie, à savoir l’importance de la coercition et du consentement.

Ce régime reposait-il sur la violence et la terreur ? Ou disposait-il d’importants appuis basés sur la mobilité sociale accrue et l’atteinte de niveaux de vie plus élevés, notamment en raison du pillage des biens des Juifs allemands et des pays conquis, thèse soutenue par Götz Aly dans Comment Hitler a acheté les Allemands.

Dans son dernier livre, The Third Reich in History and Memory, Richard J. Evans aborde, avec son talent habituel, les grands débats actuels sur le nazisme, dont celui précédemment évoqué.

Evans est d’avis que le nazisme s’est imposé par la destruction violente des organisations de la classe ouvrière ainsi que des partis social-démocrate et communiste (camps de concentration, meurtres, torture). Par la suite, l’appareil d’État nazifié (tribunaux, police) prendra le relais.

Comportant 28 chapitres, The Third Reich in History and Memory est issu d’articles déjà publiés, pour la plupart dans la revue London Review of Books. Ces articles portent sur de grands livres récents qui ont changé des façons de voir, comme ceux d’Adam Tooze, Lizzie Collingham, Timothy Snyder, Ian Kershaw, Mark Mazower. Evans s’en saisit comme des points de départ dans des analyses fort bien menées sur divers aspects de l’historiographie contemporaine du nazisme.

Parmi les questions/thèmes soulevés par Evans se trouve la signification des massacres génocidaires d’Africains perpétrés par les troupes coloniales allemandes au début du XXe siècle (les Héréros dans la Namibie actuelle, en 1905-1906). À la lumière des études post coloniales, ces massacres d’Africains précèdent-ils, par leur logique, celui des Juifs ? L’Holocauste est-il un phénomène unique à l’échelle des autres massacres et génocides ? (À cette dernière question, l’auteur répond par l’affirmative, car, dit-il, le génocide des Juifs n’avait aucune limite dans le temps et dans l’espace. Il pense que la victoire nazie en Europe aurait fatalement entraîné la guerre en Amérique du Nord pour l’élimination des Juifs nord-américains.) Jusqu’à quel point de grandes entreprises allemandes comme Krupp ont-elles profité de la force de travail d’esclaves fournie par la SS ? Y a-t-il eu un tournant décisif lors de la Seconde Guerre mondiale, comme par exemple la décision d’Hitler de lancer ses troupes sur trois fronts, simultanément, en Russie ? (La réponse d’Evans: l’échec militaire de l’Allemagne nazie était inéluctable à cause de son idéologie de racisme intégral.)

L’auteur touche également à des questions plus « légères » telles que le pillage des œuvres d’art, l’architecture, le sort de la « voiture du peuple » (la Coccinelle de Volkswagen), et la relation entre Hitler et Eva Braun. Petit bémol: le titre de l’ouvrage a été mal choisi puisqu’il n’est pas question de la « mémoire » du nazisme mais bien de changements de l’historiographie du nazisme dans le temps, ce qui n’est pas la même chose.

EVANS, Richard J., The Third Reich in History and Memory, New York, Oxford University Press, 2015, 483 p.

Catégorie(s) : Guerres et conflits armés

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Soumission, deux fois plutôt qu’une

31 janvier 2016 par Gisèle Tremblay Pas de commentaires

« Relire un livre qu’on a déjà lu, est-ce un luxe ou une nécessité? C’est en tout cas une forme de résistance qui s’oppose à la frénésie de la nouveauté et au rouleau compresseur de l’actualité[i]»

 

SoumissionRelectures

Avant que ne surviennent les attentats du 13 novembre, j’avais relu Soumission, de Michel Houellebecq. La coïncidence avec le rouleau compresseur de l’actualité est due au hasard, dont on dit qu’il n’existe pas. Je voulais aussi relire Charlotte, de David Foenkinos, pour mon club de lecture, mais je ne l’ai pas fait. À vrai dire, j’aurais préféré relire La carte et le territoire, encore de Houellebecq (je ne l’ai pas fait non plus). De toute façon, je ne pouvais pas interrompre la lecture de Mes déserts : un voyage au Rajasthan, de Robyn Davidson,  parce qu’il fallait que je sache comment tournerait son abracadabrant voyage avec ses deux chameaux et des nomades de la tribu Rabari, en Inde. Quant à la bande dessinée de Tonino Benacquista, Dieu n’a pas réponse à tout (mais Il est bien entouré), et la suite, Dieu n’a pas réponse à tout (mais Il sait à qui s’adresser), je ne les compte pas : les bédés se lisent et se relisent si vite, surtout les excellentes, comme celles-ci. Si ce n’était pas exagéré, je relirais probablement aussi Mon tour du Monde, d’Éric Fottorino qui, avant de prendre la direction du mythique quotidien Le Monde, avait renouvelé la couverture journalistique de l’économie avec d’étonnantes chroniques sur les matières premières.

Un palpitant récit de politique-fiction

J’ai lu Soumission une première fois l’été dernier, d’un seul trait, avec une sorte de gourmandise. Ce livre surprenant m’a procuré un grand plaisir de lecture. D’emblée, j’ai été happée par le fil de ce récit de politique-fiction et par la succession d’événements dans la vie de François, un personnage principal qu’on n’ose pas appeler héros.

Ce professeur d’université est le témoin de la transition vers un nouvel ordre social. On est en 2022 et la France se transforme à la suite de l’élection du Parti de la fraternité musulmane. Après une période de perturbations et des violences occultées par les autorités, pratiquement passée sous silence par les journalistes, commence une nouvelle ère. C’est donc avec une apparente fluidité que l’échiquier politique et social se réorganise, sous la gouverne éclairée d’un musulman modéré, le président Ben Abbes, présenté comme un remarquable homme d’État, de la stature d’un Napoléon. Ce grand stratège aspire à devenir le premier président élu de l’Europe, une Europe élargie incluant les pays du contour méditerranéen : Turquie, Maroc, Tunisie, Algérie et Égypte.

Aux antipodes de tout fondamentalisme, le nouvel ordre repose sur la cohabitation et le dédoublement des structures sociales, laïques et religieuses. On retrouve donc côte à côte les écoles laïques et celles de différentes confessions. Le mariage musulman et la polygamie sont admis, tout comme le mariage républicain entre deux personnes, de n’importe quel sexe.

Fermée temporairement pendant les troubles, la Sorbonne, où François a enseigné la littérature, relève désormais du secteur privé et devient musulmane. De richissimes fondations saoudiennes y déversent des quantités folles de pétrodollars, obnubilées par le prestige d’une institution « qui les fait fantasmer » (p. 84). Les non-musulmans y sont privés du droit d’enseignement – les conversions sont nombreuses! – de même que les femmes, et les étudiantes sont voilées. Très persuasif, le président de l’université, lui-même un converti, s’évertue à ramener François dans le giron institutionnel.

Provocateur, typiquement Houellebecq

François est un personnage typiquement houellebecquien, une espèce de double de l’auteur. Un intellectuel érudit, brillant, mais glauque, désabusé et revenu de tout, dont le rapport particulier aux femmes retient l’attention. Fidèle à son habitude en matière de sexualité et de relations hommes-femmes, Houellebecq se fait provocateur, avec ses descriptions de rapports sexuels border porn et, plus encore, avec la mise en scène de relations tordues, inégalitaires, excluant des mièvreries telles que le moindre espoir d’être heureux ou de s’épanouir dans une relation de couple. Cynique, vous dites?

Provocateur encore, en montrant « l’évolution » de la place des femmes dans cette France islamisée où l’on voit avec quel naturel et quelle complaisance de vieux profs nouveaux convertis se retrouvent pourvus de deux ou trois épouses, la plus âgée généralement experte en cuisine et tenue de maison, les plus jeunes expertes, disons, en… cajoleries! Où, avec l’hypervalorisation de la famille, avantages sociaux et fiscaux à l’avenant, même les non-musulmanes retrouvent dare-dare la chaleur du foyer, tandis que le taux de chômage dégringole.

Même à un athée comme François, la conversion finit par sembler admissible. Suivant le courant dominant de la société qu’il observe, François finit par adhérer au plus simple, à la fois par lassitude – c’est la théorie du Pourquoi pas? – et au plus confortable, par intérêt, vu les avantages matériels considérables qu’il en retire. Entrent aussi en jeu la curiosité – cet intellectuel veut reprendre ses travaux – et une certaine attirance pour l’antidote au désenchantement que fait miroiter le retour du religieux. L’athéisme est une position douloureuse, concède l’auteur en interview (à 10 m 20).

J.-K. Huysmans

À la relecture, je me suis concentrée sur l’obsession de François pour la vie et l’œuvre de l’écrivain Joris-Karl Huysmans (1848-1907), à qui il consacre sa thèse de doctorat et près de dix ans de sa vie. Il publie aussi une édition de ses œuvres complètes dans la mythique collection de la Pléiade chez Gallimard (une telle édition n’existe pas en réalité), couronnée par une préface exceptionnelle. « C’était ce que j’avais fait de mieux, et c‘était, aussi, le meilleur texte jamais écrit sur Huysmans… cette fois, c’était vraiment la fin de ma vie intellectuelle. » (p. 282)

Sur fond de guerre civile, avant que ne s’apaise une France désormais islamisée, j’ai suivi François dans une virée plutôt déroutante sur les traces de Huysmans, jusqu’à la Vierge noire du Sanctuaire de Rocamadour, aux origines de la chrétienté médiévale, puis à l’abbaye de Ligugé, théâtre de la conversion d’Huysmans au catholicisme. Je ne connaissais pas du tout Rocamadour, « une des merveilles du monde » selon le Père Ronan de Gouvello, lui-même assez merveilleux, voyez cette vidéo!

Cette seconde lecture m’a amenée à choisir deux titres de Huysmans pour ma pile À lire : En ménage, parce que selon François « ce livre était décidément un chef-d’œuvre » et À rebours, « un livre d’une originalité aussi puissante, qui demeure inouï dans la littérature universelle » (p. 48). J’aime assez Houellebecq pour penser que les livres préférés de François me plairont.

 

[i] Desmeules, Christian, « Relire, dit-elle », dans : Le Devoir, 14 novembre 2015 [compte rendu de Relire : enquête sur une passion littéraire, de Laure Murat]

HOUELLEBECQ, Michel, Soumission, Paris, Flammarion, 2014, 300 p.

Aussi en version numérique.

 

 

 

 

Catégorie(s) : Littérature française, Livres numériques, Non classé

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Six degrés de liberté

24 janvier 2016 par Catherine Lévesque 2 Commentaires

Lisa a 15 ans. Elle vit avec son père en Montérégie, près de la frontière américaine, dans un parc de maisons mobiles. Elle est amie avec Éric un crack en informatique agoraphobe résidant à quelques maisons de chez elle. Les deux adolescents s’ennuient et font des expériences hors de l’ordinaire comme celle d’envoyer dans les airs un appareil photo muni d’un GPS dans une montgolfière soufflée à l’hélium! Malheureusement pour eux, la mère d’Éric décide de refaire sa vie au Danemark et emmène son fils avec elle. Éric et Lisa resteront en contact grâce à la technologie et continueront de concevoir des projets loufoques afin de repousser les limites de l’expérience humaine.

Parallèlement à cette amitié, nous entrons dans un autre univers singulier, celui de Jay, une jeune femme ex-pirate informatique qui purge une peine en travaillant comme analyste de données à la Gendarmerie royale du Canada. L’équipe au sein de laquelle elle travaille suit les déplacements louches d’un conteneur parti de Montréal dont les traces disparaissent des bases de données; de plus, la compagnie de transport est introuvable. Voyant ses collègues piétiner, Jay prend les devants dans cette enquête où nous la suivons avec bonheur.

Jusqu’à la moitié du livre, nous ne voyons aucune relation entre les acteurs et nous ne savons pas où l’auteur nous emmène. Mais l’alternance narrative et le rythme soutenu sont amusants. Tous les détours qui agrémentent le chemin finiront par s’imbriquer dans la même histoire. Grâce au talent d’enquêteur de Jay, nous découvrons des liens inattendus entre les personnes et l’envie d’en savoir plus sur cette aventure saugrenue nous tenaille. Car, au départ, ne s’agit-il pas de l’histoire d’un conteneur? Mais l’auteur, Nicolas Dickner, réussit à nous intéresser au monde des outils, des conteneurs et du transport maritime, des sujets peu inspirants pour un roman. Il s’amuse dans les jeux de pistes et ficelle son histoire comme un roman policier. L’intrigue est prenante. Son écriture est fine, légère, intelligente, pleine d’humour et efficace. Comme la ligne du temps n’est pas la même pour tous les protagonistes, les séquences alternées ont due être placées avec une précision d’horloger.

J’ai aimé tous les personnages. La plupart sont des marginaux solitaires un peu toqués et obsédés par ce qu’ils font. Grâce à une écriture cinématographique, on les voit dans leur quotidien : ce qu’ils mangent, comment ils se déplacent et communiquent entre eux, quels objets les entourent. Ces descriptions terre-à-terre sont colorées de détails savoureux où les goûts et les travers des humains nous font sourire et même rire.

Avec son intérêt pour le commerce mondial et la technologie, ce roman est tout à fait de son temps. Il est original et captivant, un des meilleurs que j’ai lus en 2015.

Nicolas Dickner est né à Rivière-du-Loup en 1972. Il a étudié en littérature, puis voyagé au Pérou et en Allemagne d’où est originaire sa famille. Six degrés de liberté est son troisième roman.

 

DICKNER, Nicolas, Six degrés de liberté, Québec, Alto, 2015, 380 p.

DICKNER, Nicolas, Nikolski, Québec, Alto, 2005, 325 p.

DICKNER, Nicolas, Tarmac, Québec, Alto, 2009, 271 p.

Catégorie(s) : Littérature québécoise, Roman

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David Bowie

18 janvier 2016 par Christine Durant 1 Commentaire

DavidBowie

Les bibliothécaires ont préparé une sélection

 

du meilleur de David Bowie, sous toutes ses

 

formes et sous toutes ses couleurs.

 

 

 

 

 

Musique


The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars (1972) édition 40e anniversaire, parue en 2012.

Heroes (1997)

Diamond Dogs (1974)

Station to Station (1976)

Blackstar (2016) : disponible en ligne sur Freegal Music.

 

Vous pouvez d’ailleurs écouter plusieurs albums de David Bowie en ligne avec Freegal Music et hoopla Musique, des ressources disponibles sur le portail de BAnQ.

 

Discographie


Bowie : album par album par Paolo Hewitt

 

Partitions musicales


Anthology

The Best of David Bowie – 1974/1979

The Best of David Bowie – 1969/1974

 

Films et documentaires


David Bowie: Under Review, 1976-1979 – The Berlin Trilogy. Ce reportage est disponible en ligne grâce à la ressource Access Video on Demand (AVOD). Il faut être abonné à BAnQ pour visionner la vidéo.

David Bowie’s Ziggy Stardust, un documentaire sur le concert du 3 juillet 1973 pendant lequel David Bowie abandonne le personnage de Ziggy Stardust.

Furyo (Merry Christmas M. Lawrence), un drame de guerre de Nagisa Oshima paru en 1983 mettant en vedette David Bowie, Ryuichi Sakamato et Tom Conti. MédiaFilm lui a attribué la note « remarquable ».

Labyrinth, un film sorti en 1986 mettant en vedette David Bowie et Jennifer Connelly.

 

Biographies


David Bowie : Starman de Paul Trynka : une biographie récente, qui se veut la plus détaillée à ce jour sur le musicien et son œuvre.

Any Day Now : Les années Londres : 1947-1974 : trace le parcours chronologique de Bowie de ses débuts jusqu’à l’album Diamond Dogs; comprend plusieurs photos et images.

 

       

 

 

 

 

 

Quelques suggestions de lecture


Bowie par Duffy : cinq séances photo 1972-1980

Bowiestyle : à voir pour les magnifiques photographies des costumes de Bowie

David Bowie ouvre le chien

David Bowie est le sujet, publié à l’occasion de l’exposition David Bowie is tenue au Victoria and Albert Museum de Londres en 2013. D’ailleurs, l’exposition est présentée au Groninger Museum des Pays-Bas jusqu’au 13 mars 2016.

 

Si vous cherchez des lectures pour les prochaines journées froides, vous pouvez vous laisser inspirer par la liste des 100 livres préférés de David Bowie disponible sur le site de la New York Public Library. Il avait publié cette liste sur son compte Facebook en 2013.

 

Coups de cœur des bibliothécaires


 

Christine :
Space Oddity me donne toujours des frissons et Under Pressure, interprétée par le duo Bowie-Mercury.

Maryse :
Wild is the Wind de l’album Station to Station, une ballade poignante.

Katia :
Helden, la version allemande de Heroes, ainsi que Blackstar, autant pour la chanson, sombre et émouvante, que pour le vidéoclip intégrant brillamment des éléments de danse.

Véronique :
Five Years, pour la déchirante ouverture du magnifique album The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars.

My brain hurt like a warehouse
it had no room to spare
I had to cram so many things
to store everything in there

Patrick :
Let’s dance me donne toujours envie d’avoir le pied léger.

Éric :
Modern Love pour la chorégraphie touchante de Denis Lavant dans le film Mauvais sang de Leos Carax.

Marie-Line :
Life on Mars, Space Oddity et la chanson titre du dernier album, Blackstar.

Jenny :
Heroes : Peter Gabriel l’a d’ailleurs reprise sur son album Scratch My Back (2010).

Alexandre :
Quoi choisir? Life on Mars ou Ashes to Ashes ou Starman ou Sound and Vision?

Johanne :
All the Young Dudes, chanson écrite par Bowie et interprétée par Mott the Hoople, est un de ses premiers sinon le premier de ses nombreux succès.

Philippe :
Merry Christmas Mr. Lawrence, un film de Nagisa Ôshima où Bowie est remarquable dans la peau d’un prisonnier de guerre interné dans un camp japonais.

 

Et vous, quel est votre coup de cœur?

 

Catégorie(s) : Biographies, Films, Musique, Suggestions de lecture

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L’année la plus longue de Daniel Grenier

11 janvier 2016 par Christine Durant Pas de commentaires

L’année la plus longue, premier roman de Daniel Grenier

 

Qu’arrive-t-il lorsqu’on naît le 29 février? On trouve une réponse charmante dans L’année la plus longue, le premier roman de Daniel Grenier.

Trois années sur quatre, Thomas Langlois n’existait pas. […] Chaque février il retenait son souffle […]

 

Daniel Grenier nous présente un bel amalgame de péripéties qui se déroulent dans le passé, au présent et dans le futur. Il illustre une démarche intéressante de recherches historiques par les aventures d’Aimé Langlois, l’ancêtre minutieusement recherché.

Afin de retracer son histoire et de lui conférer un minimum de linéarité, il faudra parfois privilégier une piste au détriment d’une autre, en gardant en tête la possibilité que des erreurs factuelles se soient glissées ici et là. L’honnêteté intellectuelle et le respect des sources nous obligent à ne jamais perdre de vue l’éventuelle incompatibilité entre l’horizon d’attente du conteur et la rigueur de sa démarche.

 

Un ancêtre dont la trace est difficile à suivre puisqu’il traverse les époques et les frontières et change d’identité régulièrement : voici un beau casse-tête pour les généalogistes aguerris. Une petite touche de fantastique suffit pour accrocher le lecteur qui tente de comprendre les sauts temporels qu’impose l’auteur. C’est qu’Aimé Langlois nous fait découvrir l’Amérique par son histoire, vieille de trois cents ans.

À cette époque, à ce moment-là, en juillet 1838, sous le ciel menaçant de la plaine américaine où marchaient les Cherokees, il se trouvait ailleurs. Presque toutes les sources le confirment.

 

Un journal intime, une rencontre manquée, un testament qui surgit de nulle part : voilà quelques éléments de l’intrigue qui vous attend.

 


GRENIER, Daniel, L’année la plus longue, Montréal, Le Quartanier, 2015, 422 p.

Catégorie(s) : Littérature québécoise, Livres numériques, Roman fantastique

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Un témoin plein d’esprit, le baron de Lahontan

22 décembre 2015 par Jean-François Barbe 1 Commentaire

par Jean-François Barbe

En 1683, un jeune soldat français de 17 ans du nom de Louis-Armand de Lom d’Arce débarque à Québec. Le jeune homme, qui se fera appeler baron de Lahontan en l’honneur de la baronnie du même nom où il est né, observe les mœurs de la Nouvelle-France. Il participe à des expéditions de chasse avec des Algonquins et plonge rapidement au coeur de l’action en prenant part à de grandes expéditions militaires en territoire iroquois. À l’âge de 21 ans, il est nommé officier dans un fort militaire des Grands Lacs. Il raconte avoir, à l’âge de 22 ans, participé à la découverte d’une rivière au pays des Sioux qui pourrait, semble-t-il, être la rivière Minnesota. Finalement, il est un témoin direct de l’attaque sur Québec effectuée en 1690 par les troupes du Massachusetts dirigées par William Phips.

Notre homme avait de l’entregent : Frontenac n’aurait-il pas voulu le marier à sa filleule? Mais il avait surtout, pour notre plus grand bonheur, un sens de l’observation, un sens critique et une ironie hors du commun. La fin de son aventure nord-américaine en 1693 lui permettra de concrétiser ces multiples talents. De retour en Europe, Lahontan écrit trois grands livres qui passeront à l’histoire, soit Nouveaux voyages qui est à la fois relation de voyage et récit d’aventures, les Mémoires de l’Amérique septentrionale qui est un travail documentaire sur l’état du continent et Dialogues avec un Sauvage. Ce dernier livre, le plus connu des trois, fera fureur au XVIIIe siècle car il lance le mythe du « bon Sauvage ». Le personnage principal, Adario, est un Amérindien qui déconstruit les certitudes européennes du XVIIe siècle portant sur la religion, la liberté, le mariage et la propriété privée.

Une petite maison d’édition française, Le passager clandestin, vient de rééditer le premier livre de Lahontan, les Nouveaux voyages. Composé de vingt-cinq lettres censément envoyées à un parent éloigné, il raconte quelques-unes de ses péripéties nord-américaines. On se plonge dans une époque où une « cinquantaine de canots hurons et outaouais » arrivaient chaque année à Montréal, chargés de peaux de castors, ce qui constituait l’événement le plus important de la vie de la colonie. « C’est un plaisir de les voir courir de boutique en boutique, l’arc et la flèche à la main, tout à fait nus », dit Lahontan de son style amusé, en parlant des chasseurs/marchands amérindiens. Cette époque est aussi celle où les pieds d’ours sont considérés comme un plat de fins gourmets et où l’abondance est si grande qu’on prend « jusqu’à cent truites saumonées d’un coup de filet ». C’est aussi l’époque où les Jésuites « emploient en vain leur théologie et leur patience à la conversion des incrédules ignorants ». Et où règne le danger et d’impitoyables cycles de représailles par lesquels soldats et ambassadeurs sont parfois condamnés à être brûlés « tout vifs et à petit feu ».

La préface est écrite par Maxime Gohier. Auteur d’Onontio, un essai remarqué sur la politique étrangère de l’Iroquoisie aux XVIIe et XVIIIe siècle, Maxime Gohier est professeur à l’Université du Québec à Rimouski. Ce livre de Lahontan, dit Maxime Gohier, constitue « une métaphore fascinante du rapport de l’humain à l’altérité ».

La production de Lahontan a déjà été publiée en 1990 dans la collection Bibliothèque du Nouveau Monde (BNM), « notre Pléiade, secret le mieux gardé de l’édition de qualité », comme l’a si bien dit Lise Bissonnette. Avec Réal Ouellet et Alain Beaulieu en tête, une équipe de chercheurs avait établi l’édition critique des textes du baron en y ajoutant une introduction de 200 pages. À l’exception des coquilles et accents insolites qui ont été supprimés, cette édition a repris la graphie et la ponctuation de Lahontan.

Cette édition du Passager clandestin ne s’adresse pas aux mêmes lecteurs. « Nous avons cherché à rendre le texte plus accessible aux lecteurs contemporains », disent les éditeurs du Passager clandestin, qui précisent avoir « modernisé l’orthographe et rectifié, quand cela semblait nécessaire, la ponctuation du texte ». Le résultat donne un texte fluide et propice à une lecture en continu. Toutefois, étant donné que les notes en bas de page s’appuient presque exclusivement sur le Dictionnaire biographique du Canada, la version du Passager clandestin n’a pas la profondeur de celle de la BNM.

LAHONTAN, Baron de. Un baptême iroquois : les nouveaux voyages en Amérique septentrionale (1683-1693), préface de Maxime Gohier, Neuvy-en-Champagne, Le Passager clandestin, 2015, 286 p.

Catégorie(s) : Histoire du Québec

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Félix & Meira : un film de Maxime Giroux

29 novembre 2015 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

L’action se déroule dans le Mile End, un quartier de Montréal que nous connaissons. Deux univers complètement différents vont entrer en contact : celui de Félix, un bum de bonne famille dont le père atteint d’Alzheimer est mourant et celui de Meira, une jeune mère juive hassidique malheureuse dans sa vie conjugale et dans sa communauté.

Ces deux personnages marginaux, chacun à sa façon, vont s’apprivoiser avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité. À première vue, ils n’ont rien en commun si ce n’est un intérêt pour le dessin et le poids du conditionnement culturel et du conformisme qui les étouffe.

Maxime Giroux a pris plusieurs années pour réaliser ce film grâce auquel nous entrons chez les hassidim pourtant réputés pour être hermétiques. Nous sommes donc les témoins privilégiés de leur rituel quotidien et de leurs célébrations. C’est, en grande partie, ce qui fait l’intérêt de ce film. Certains acteurs sont même des juifs hassidiques ayant quitté leur communauté.

Guidés par le sentiment de manque qu’ils éprouvent à l’intérieur des cadres établis, Félix et Meira ressentent une attirance mutuelle et progressive. Félix est troublé, car son père ne le reconnaît plus. Mais a-t-il déjà obtenu la reconnaissance qu’un fils attend de son père? Meira ne veut plus d’enfant. Sa communauté ne la comprend pas. Elle voudrait écouter de la musique soul mais son mari ne veut pas. Félix, le bohème, devient son refuge.

Cette histoire d’amour originale et dénuée de clichés est racontée avec finesse et sobriété. Comment la situation évoluera-t-elle?

GIROUX, Maxime, Félix & Meira, Montréal, Funfilm, 2014, 105 min.

 

Autres fictions du même réalisateur:

GIROUX, Maxime, Jo pour Jonathan, Toronto, Mongrel Media, 2011, 81 min.

GIROUX, Maxime, Demain, Montréal, Films Séville, 2009, 104 min.

 

Catégorie(s) : Films

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Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

16 novembre 2015 par Marie-Line C. Lemay Pas de commentaires

« Americanah! » C’est ainsi qu’au Nigéria on désigne quelqu’un qui, après un séjour plus ou moins long aux États-Unis, a pris les « manières » de penser et de vivre des Américains. Ifemelu, la brillante et fougueuse héroïne du roman de Chimamanda Ngozi Adichie, a vécu son lot de tribulations avant d’arriver à s’intégrer parmi les habitants du pays de l’Oncle Sam.

Treize années se sont écoulées depuis son départ de Lagos, depuis qu’elle a laissé derrière elle sa famille, ses amis et Obinze… son amour de jeunesse. Désormais citoyenne américaine à part entière, diplômée d’une université prestigieuse et blogueuse à succès, Ifemelu décide, à contre-courant, d’amorcer son retour vers le pays natal.

Bien avant qu’elle touche à nouveau le sol de la capitale nigériane, l’auteure nous aura catapultés dans le passé afin de nous faire découvrir son parcours, mais aussi celui d’Obinze, entre-temps parti pour Londres.

Tissé d’histoires d’immigration, le roman d’Adichie est loin d’être complaisant face aux réalités du Nord et du Sud. Au contraire, il est l’arène d’un règlement de compte jubilatoire : celui d’une foule d’idées reçues sur la race, l’identité, les classes sociales, le rêve américain… À travers le regard perspicace et la verve caustique d’Ifemelu, l’auteure pose et expose à la fois les questions brûlantes du racisme et du statut d’immigrant.

Qu’est-ce que ça signifie d’avoir la peau noire dans un monde de Blancs? Quelle est la différence entre un Américain, un Afro-Américain et un Africain vivant aux États-Unis?

Roman de la perte des repères et histoire d’amour, Americanah est aussi, en fin de compte, un important roman d’apprentissage.

 

Chimamanda Ngozi Adichie est une écrivaine nigériane qui partage actuellement sa vie entre les États-Unis et le Nigeria. Americanah est son troisième roman.

 

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ADICHIE, Chimamanda Ngozi, Americanah, Paris, Gallimard, 2014, 522 p. Aussi disponible en version numérique.

Pour la version originale anglaise :

ADICHIE, Chimamanda Ngozi, Americanah, Alfred A. Knopf, 2013, 477 p. Aussi disponible en version numérique et en version audionumérique.

Catégorie(s) : Littérature africaine, Littérature américaine, Roman

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Dans les souliers de Harper Lee

3 novembre 2015 par Maryse Breton Pas de commentaires

En 1960, au cœur du mouvement américain des droits civiques, Harper Lee publie To Kill a Mockingbird. Roman phare de la littérature américaine du 20e siècle, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte l’histoire de la jeune Scout, de son frère aîné Jem et de leur copain Dill. Scout nous décrit la vie à Maycomb, Alabama, en 1935 : les jeux que les trois comparses s’inventent, les excentricités des voisins et les tensions sociales entre familles. Les conseils et les paroles philosophiques que leur père Atticus Finch, avocat de profession, prononce pour parfaire leur éducation parsèment le roman.

Largement autobiographique, To Kill a Mockingbird dépeint le racisme qui prévaut dans le sud des États-Unis à cette époque. Le roman se conclut par le procès de Tom Robinson, un Noir, qu’Atticus, héros et personnage vénéré par des millions de lecteurs, défend. Tout comme dans le film adapté du roman et mettant en vedette Gregory Peck, le déroulement du procès et les tensions raciales que celui-ci met à nu nous tiennent en haleine.

 

Un « nouveau » roman controversé

Malgré le succès instantané que Lee a connu avec ce roman, gagnant du prix Pulitzer en 1961, elle a toujours affirmé qu’elle ne publierait jamais un autre livre. La découverte d’un « nouveau » manuscrit de l’auteure et l’annonce en février 2015 de sa publication ont créé une onde de choc aux États-Unis et dans le milieu littéraire. La surprise a fait place a des doutes. L’avocate Tonja Carter qui gère maintenant les affaires de Harper Lee depuis le décès de la sœur de l’auteure, Alice Lee en novembre 2014, aurait-elle manipulé Lee? Des accusations d’abus ont été suffisamment nombreuses pour que l’État de l’Alabama procède à une enquête sur la santé mentale de Lee (qui, à 89 ans, habite dans une résidence pour personnes âgées à Monroeville). Le rapport d’enquête a conclu que Harper Lee est saine d’esprit et qu’elle consent à la publication de son nouveau roman.

Mise à part toute cette controverse, le manuscrit inédit Go Set a Watchman surprend par son contenu. Dans cette suite du premier roman, qui est en vérité le manuscrit original de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Scout est une jeune adulte vivant maintenant à New York. Elle revient visiter son père et sa ville natale et, tout comme le lecteur, est stupéfaite de réaliser que celui-ci est raciste et appuie la ségrégation. Ce contraste entre le bon et le méchant Atticus est ce qui choque le plus les critiques, des adultes qui ont pour la plupart étudié To Kill a Mockingbird durant leur jeunesse et les valeurs humanistes que le roman met de l’avant par l’entremise de son plus noble personnage.

Go Set a Watchman a été acheté par la maison d’édition J. B. Lippincott en 1957. L’éditrice Therese von Hohoff Torrey (Tay Hohoff) a alors travaillé pendant deux ans avec Lee pour adapter le manuscrit. C’est elle qui aurait suggéré de centrer l’action du roman sur les souvenirs d’enfance de Scout et de raconter l’histoire à la première personne. À la lumière de cette récente parution, plusieurs se demandent jusqu’à quel point Hohoff était impliquée dans la rédaction du roman original.

 

Pour en savoir plus

Les ressources en ligne de BAnQ regorgent d’informations intéressantes pour ceux qui aimeraient approfondir le sujet. Voici quelques suggestions :

Dans Biography in Context*, un dossier complet sur l’auteure est présenté avec des images, des articles de journaux et de magazines, des articles de référence et des enregistrements sonores. On y trouve, notamment, la lettre écrite par Harper Lee à Oprah Winfrey en 2006.

On trouve également dans les ressources en ligne de BAnQ, « Love‑in Other Words », un article écrit par Harper Lee et publié en 1961 dans le magazine Vogue disponible dans Vogue Archives*.

NoveList Plus* est une ressource de suggestions de lecture. En précisant certains critères (par exemple le style, le genre et les sujets), on obtient des suggestions de lecture. En utilisant les critères qui caractérisent le roman To Kill a Mockingbird, on peut donc trouver des lectures similaires.

Dans Smithsonian Collections Online*, on peut lire un article de fond publié en 2010 dans la magazine Smithsonian. On y apprend qu’en 1957, Harper Lee a littéralement lancé son manuscrit par la fenêtre de son appartement pour ensuite aller le récupérer après avoir eu une discussion avec Tay Hohoff.

* Il faut s’authentifier pour accéder aux ressources en ligne de BAnQ.

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LEE, Harper, Go set a watchman, New York, Harper, 2015, 278 p.

LEE, Harper, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Paris, Librairie générale française, 2006, 447 p.

LEE, Harper, To Kill a mockingbird, New York, Warner Books, 1960, 281 p.

LEE, Harper, Va et poste une sentinelle, Paris, Grasset, 2015.

MULLIGAN, Robert, To Kill a mockingbird, versions anglaise et française, États-Unis, Universal Studios Home Entertainment, 1962, DVD, 2 h 10 min, avec Gregory Peck, Mary Badham, Phillip Alford.

Catégorie(s) : Littérature américaine, Roman

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