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Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Plaisirs retrouvés

7 novembre 2014 par Maryse Breton Pas de commentaires

Mes enfants chérissent des livres ou des films qu’ils aiment relire et revoir régulièrement. Pour l’une, c’est Le magicien d’Oz; pour l’autre, la série Harry Potter. Nous aussi, les adultes, affectionnons des œuvres qui nous ont touchés et que nous redécouvrons année après année parce qu’elles nous enchantent chaque fois. Nous vous invitons aujourd’hui à partager nos plaisirs retrouvés.

Catherine Lévesque recommande Ne le dis à personne.

Ne le dis à personneRéalisé par Guillaume Canet et adapté d’un roman à succès d’Harlan Coben, Ne le dis à personne met en scène un couple amoureux, incarné par François Cluzet et Marie-Josée Croze, dont le destin bascule lorsque celle-ci se fait assassiner. Le film raconte surtout la suite de leur histoire, huit ans plus tard, lorsque le mari revoit sa femme dans une vidéo jointe à un courriel qu’il a reçu! Est-elle encore vivante? Tous les espoirs sont permis. On entre alors dans un thriller puissant aux nombreux rebondissements…

 

 

Marie-Ève Roch recommande Nouvelles de Mars de Robinson.

Nouvelles de mars_RobinsonVéritable troubadour pour les petits, Robinson m’a charmée en un instant avec sa voix douce et ses textes d’une grande finesse. Tantôt pleines de poésie, tantôt teintées d’un brin de folie ou d’exotisme, ses chansons toujours délicates nous parlent d’anges, de voyage sur la Lune, d’une dent qui tombe ou de vieux trésors cachés au fond d’un grenier. Robinson est entouré d’une solide équipe de musiciens et de choristes, et tout l’album a fait l’objet d’arrangements soignés. Ne vous laissez surtout pas rebuter par le côté maison de la pochette : voilà un fin travail d’artisan à redécouvrir, et pour lequel je craque complètement.

 

Esther Laforce recommande Sissi, l’impératrice anarchiste de Catherine Clément.

Sissi l'impératrice anarchisteCeux et celles qui auront été charmés par la vie de Sissi grâce à la trilogie des films réalisés dans les années 50 et mettant en vedette la plus que magnifique Romy Schneider, liront ou feuilletteront avec passion, comme je l’ai fait adolescente, le livre de Catherine Clément, Sissi, l’impératrice anarchiste. Publié en 1992 dans la collection Découvertes de Gallimard, ce livre abondamment illustré présente de façon plus réaliste la vie de cette impératrice solitaire et malheureuse dont les poèmes révèlent la révolte qui l’habitait contre les obligations impériales et la monarchie. Marquée par l’anorexie et la mort de deux de ses quatre enfants, elle mourut en 1898, assassinée par un anarchiste. Une vie mouvementée et tragique, bien éloignée de l’univers romantique des contes de princesses…

 

 

Sylvie-Josée Breault recommande La vie devant soi de Romain Gary.

La vie devant soiLe centième anniversaire de la naissance de Romain Gary a été souligné cette année, notamment par la parution d’un texte inédit de 1937 : Le vin des morts. Le détenteur du manuscrit, Philippe Brenot, est l’instigateur de ce projet d’édition et il en signe la préface. Il présente ce roman comme précurseur des ouvrages publiés successivement de 1974 à 1976, sous le pseudonyme d’Émile Ajar : Gros-Câlin, La vie devant soi et Pseudo. Effectivement, on y retrouve des thématiques et un ton similaires : travers humains, problématiques sociales, exposés de façon sarcastique. Et c’est l’intérêt de ce livre, nous rappeler ces titres lus et relus qui ont marqué l’imagination des lecteurs et touché leur sensibilité. Je retiens le prix Goncourt de 1975, La vie devant soi, pour sa tendresse, son humour, malgré le caractère sombre des faits rapportés : traumatismes d’Auschwitz, prostitution, racisme. On se souviendra du langage coloré du jeune Momo et de l’attachante madame Rosa que Simone Signoret avait si bien incarnée dans l’adaptation cinématographique de Moshé Mizhari.

 

Marie-Line Champoux-Lemay recommande Ghost in the shell de Mamoru Oshii

Ghost in the shellParu en 1995, ce film du réalisateur japonais Mamoru Oshii (à ne surtout pas confondre avec la série télévisée du même titre) a fait date. Son lancement à l’international a marqué l’évolution du cinéma d’animation et, plus largement, de la science-fiction. Presque vingt ans plus tard, cette adaptation libre du manga éponyme de Masamune Shirow tient toujours la route, visuellement comme narrativement, et revêt même des allures prémonitoires. L’action se déroule en 2029, dans un contexte où la technologie a déjà investi la biologie humaine pour créer les cyborgs. Les thèmes du cyberterrorisme et de l’intelligence artificielle, la haute technologie et tous les questionnements éthiques que peuvent poser ses applications sont plutôt d’actualité. Il est donc doublement intéressant de (re)découvrir Ghost in the shell en gardant en tête qu’en 1995, le Web n’était encore qu’à ses balbutiements et que les films phares de la SF populaire des années à venir (La Matrice, notamment) ne faisaient pas encore partie du paysage cinématographique. Avis aux intéressés : la suite de ce film, Innocence (2004), est à mon humble avis encore meilleure.

 

Jean-François Barbe recommande Glengarry Glen Ross.

Wall Street ne se laisse pas croquer facilement par les cinéastes, même par des talents aussi confirmés que celui de Martin Scorsese. Son dernier film, Le loup de Wall Street, n’a rien à voir avec une plongée révélatrice dans l’univers de la haute finance. L’action se situe dans un milieu beaucoup plus prosaïque, celui des locaux de vente sous pression (boiler rooms), là où des fraudeurs appâtent des naïfs relativement fortunés au téléphone, avec des promesses de rendements mirobolants basées sur de soi-disant informations privilégiées. Mettant en vedette l’excellent Richard Gere dans la peau d’un gestionnaire de fonds de couverture (hedge fund), le film Arbitrage est une étude de caractère et de milieu social, et non pas l’exploration d’un système devenu instable par l’action de ces oligarques américains, pour reprendre les mots de l’économiste Paul Krugman.

Cela dit, s’il y avait un film à redécouvrir pour ce qu’il nous dit avec un talent incomparable sur une économie livrée à la loi du plus fort, sans foi ni loi, ce serait sans conteste Glengarry Glen Ross. Sorti en 1992, il s’agit d’un incontournable sur la représentation d’un capitalisme coupe-gorge, issu des ruines d’une industrie manufacturière délocalisée aux quatre vents. Les acteurs sont renversants – Alec Baldwin y joue le rôle de sa vie – et les dialogues, d’une vérité accablante. Je le visionne régulièrement et à chaque fois, je remercie le ciel de ne pas vivre aux États-Unis.

 

Gisèle Tremblay recommande 84, Charing Cross Road d’Helene Hanff.

De temps à autre, je m’offre le plaisir de relire ce charmant petit bouquin d’Helene Hanff (1916-1997), 84, Charing Cross Road, paru en 1971. Il s’agit d’un recueil de lettres échangées entre Helene, New-Yorkaise à l’humour décapant, écrivaine fauchée et fan finie de littérature anglaise, et Frank Doel, son libraire londonien, un adorable pince-sans-rire dont l’érudition n’est jamais prise en défaut. Helene – qui a des goûts bien à elle – commente abondamment les auteurs qui font ses délices et s’en prend aussi à ceux qui n’ont pas l’heur de lui plaire. En cela, elle est d’une drôlerie irrésistible! À la suite du succès du livre des deux côtés de l’Atlantique et après la mort de Frank, la nouvelle star littéraire visitera enfin Londres… Invitée par son éditeur pour une tournée de promotion, elle a fait le récit de ce voyage tant espéré dans La duchesse de Bloomsbury Street (1973). Au fil de ses découvertes et de ses rencontres londoniennes, on jubile avec elle, tant son exubérance est palpable.

 

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CANET, Guillaume, Ne le dis à personne, Montréal, Film Séville, 2007, 125 min.

COBEN, Harlan, Ne le dis à personne, Paris, Belfond, 2006, 353 p.

CLÉMENT, Catherine, Sissi, l’impératrice anarchiste, Paris, Gallimard, coll. Découvertes, 1992, 176 p.

FOLEY, Foley. Glengarry Glen Ross, Montréal, Alliance Atlantis Vivafilm, 2002, DVD, 160 min, avec Alan Arkin, Alec Baldwin, Ed Harris, Jack Lemmon et Al Pacino.

GARY, Romain, Le vin des morts, Paris, Gallimard, 2014, 237 p.

GARY, Romain (Émile Ajar), La vie devant soi, Paris, Gallimard, 2005, c1975, 273 p.

HANFF, Helene, 84, Charing Cross Road, Paris, Le Livre de pohe, 2003, c2001, 156 p.

HANFF, Helene, La duchesse de Bloomsbury Street, Paris, Payot, 2002, 189 p.

OSHII, Mamoru, Ghost in the shell, versions anglaise et japonaise, sous-titres en anglais, États-Unis, Manga Entertainment, 1996, c1995, DVD, 82 min.

OSHII, Mamoru, Ghost in the shell, versions anglaise et japonaise, sous-titres en anglais, États-Unis, Anchor Bay, 2014, Blu-ray, 83 min.

ROBINSON, Nouvelles de mars, France, Association Recre Actions, 2005.

Catégorie(s) : Biographies, Essai, Films, Littérature française, Musique, Musique pour enfants, Roman policier

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Un classique en psychologie collective

2 novembre 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Après la bataille des plaines d’Abraham, « tout se recroqueville subitement, nous désintéresse jusqu’au sursaut des Patriotes de 1837. Puis vient la torpeur définitive : plus notre histoire se fait contemporaine, plus elle s’éloigne et devient brumeuse ».

L’auteur de ces lignes, Jean Bouthillette, est l’homme d’un seul livre – mais c’est tout un livre –, Le Canadien français et son double.

Publié en 1972, Le Canadien français et son double a été décrit par Pierre Vadeboncoeur comme « l’essai le plus pénétrant, le plus concis et en même temps le plus dramatique qu’on ait jamais écrit sur l’aliénation psychologique (et politique) des Canadiens français ».

Quarante ans plus tard, on le redécouvre à la faveur d’une conjoncture où la souveraineté, selon le titre du récent recueil d’articles de Serge Cantin, est « dans l’impasse ».

À la suite de Jean Bouthillette et de Fernand Dumont qu’il nous invite également à relire, Serge Cantin constate que les Québécois ont intériorisé le regard et le discours de l’Autre, celui du conquérant, celui du Canadian. Il en résulte une conscience de soi négative, retournée contre elle-même. Elle est sujette aux emprunts avec un « enthousiasme naïf ». C’est ainsi qu’en ayant adhéré au multiculturalisme canadian, affirme Serge Cantin, « les Québécois demeurent encore et toujours vulnérables aux entreprises de culpabilisation dont ils font régulièrement les frais ».

Pour sa part, dans son récent essai politique Derrière l’État Desmarais : Power, Robin Philpot emprunte à Jean Bouthillette son décapant portrait de soi-disant élites, éternelles minoritaires, heureuses et fières de l’être, prospères mais sévères envers leurs concitoyens, également minoritaires.

Dans Ce peuple qui ne fut jamais souverain, Jean-François et Roger Payette veulent montrer, à partir du cadre conceptuel du Canadien français et son double, que la crainte de l’affrontement et le consentement à la minorisation folklorisée conduisent à un cul-de-sac. Ce qui menace la nation québécoise, disent-ils, c’est l’idéologie de la survivance, ou le fait de « vouloir se maintenir » comme seule perspective.

Identifiée par l’auteur du Canadien français et son double, cette « féroce envie de prendre congé de soi-même » existe. Il en est de même de cette « grande fatigue » et de « cette sournoise tentation de la mort », constate Robert Laplante, qui connaît bien ses classiques. Toutefois, ajoute ce dernier, « de puissants courants tentent de s’arracher à toutes ces formes de consentement à l’impuissance et au renoncement à la responsabilité pleine et entière ».

Selon Bouthillette, nous sommes en présence de courants de vie convergeant vers l’indépendance du Québec, laquelle, dit-il, nous rendra « universels d’emblée ».

BOUTHILLETTE, Jean, Le Canadien français et son double : essai, Montréal, l’Hexagone, 1989, 97 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Essai

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Complot: Le krach de 1929

21 octobre 2014 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

À la maison d’édition Delcourt, on a eu la brillante idée de mettre en bande dessinée des événements de l’histoire en y ajoutant une théorie du complot. C’est ce qui a donné naissance à la collection Complot dont j’ai lu le titre Le krach de 1929.

Au lieu de présenter les événements historiques tels quels, on les transforme en oeuvres de fiction. On peut alors parler d’histoire alternative ou d’uchronie.

Dans ce cas-ci, on a imaginé que le krach de 1929, à Wall Street, avait pour origine un complot nazi orchestré par un jeune Allemand fraîchement diplômé en économie et particulièrement brillant.

C’est amusant de déformer ainsi l’histoire pour donner un nouveau sens aux événements de 1929 qui trouveront même des échos en Allemagne, jusqu’à servir la cause d’Hitler et du nazisme.

Le scénario de la BD a été conçu par Gihef et les dessins par Luc Brahy.

Cette collection n’en est qu’à ses débuts. Pour nous divertir avec d’autres événements marquants de l’histoire revisités par la théorie du complot, les ouvrages suivants paraîtront dans la même collection : La fin des Templiers, La bataille d’Hamburger Hill et Le mystère du Titanic.

En attendant la parution de ces titres, on peut aussi effectuer une recherche Sujet dans le catalogue Iris en utilisant les mots Complot Bandes Dessinées, ce qui donnera plus d’une douzaine d’autres titres à découvrir!

 

GIHEF, Complot. Le krach de 1929, Paris, Delcourt, 2014, 55 p.

Catégorie(s) : Bande dessinée

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En direct des classes de francisation

16 octobre 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Les journaux québécois sont tapissés de commentaires, de billets d’humeur et de blogues. Où sont donc passés les reportages sur le terrain visant à élargir notre compréhension des grands enjeux de l’heure? Curieusement, c’est en lisant le livre d’une … blogueuse, que j’ai eu l’agréable sentiment d’enfin lire un reportage digne de ce nom.

Enseignante en francisation auprès d’immigrants adultes depuis 2007, l’auteure connaît bien ses sujets : l’immigration, l’intégration et l’avenir de la langue française. Étant donné qu’elle est blogueuse au Journal de Montréal, Tania Longpré sait également s’exprimer.

Et comme elle dispose d’une bonne capacité de réflexion et d’indignation – ce qui est le contraire de la résignation ou du « confort et de l’indifférence » –, il en résulte un livre qui nous tient en haleine, du début à la fin.

L’auteure nous présente ainsi, comme s’y on y était, sa réalité professionnelle et celle de ses collègues enseignants en francisation auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes. À partir de l’expérience vécue, étayée de nombreux exemples, on se familiarise peu à peu avec des réalités sociopolitiques plus larges.

Dans bien des cas, dit-elle, les immigrants de première génération ne manifestent aucun intérêt à participer à la culture québécoise, ni même à parler français. L’ignorance des questions de l’heure est totale. Cet isolement volontaire s’explique notamment, dit-elle, par « notre échec à les intéresser adéquatement à notre société », découlant entre autres choses de la forte influence des partisans du multiculturalisme.

Une autre source de cet échec résiderait dans la concurrence des services gouvernementaux fédéraux. Les agents d’immigration de Citoyenneté et Immigration Canada présentent le Canada comme un pays anglophone et le Québec comme une province aux racines francophones folklorisantes; les papiers officiels remplis à l’aéroport Montréal-Trudeau sont en anglais; la moitié des décisions rendues par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada à Montréal sont en anglais, etc.

En conséquence, poursuit l’auteure, « c’est souvent dans la deuxième ou même la troisième génération qu’on pourra voir un début d’intégration ».

L’auteure préconise notamment d’augmenter les ressources financières consacrées à la francisation. Actuellement, les immigrants qui s’inscrivent dans des classes de francisation de 30 heures par semaine touchent environ 120 $ par semaine, ce qui « ne peut pas rivaliser avec le salaire qu’un nouvel arrivant peut se faire au travail ».

Elle signale aussi qu’il faudrait mettre à jour le matériel d’enseignement, « vieillot et mal adapté », tout en multipliant les cours de francisation dans les entreprises. Elle ajoute que la formation devrait inclure des volets histoire, culture et citoyenneté de façon à favoriser l’apprentissage de codes culturels de base, ce qui permettrait par exemple de mieux se préparer à des entrevues d’emploi où il faut parler de soi, ce qui, dit-elle, est mal perçu dans certaines cultures africaines.

L’auteure estime aussi qu’il faut franciser les lieux de travail en appliquant la Charte de la langue française aux entreprises de moins de cinquante employés, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Elle pense également que le Québec devrait faire comme les pays à forte affluence migratoire que sont l’Australie, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, et exiger des immigrants la connaissance de la langue française avant de s’installer ou, à tout le moins, un engagement ferme d’apprentissage de la langue dans un délai fixe de quelques années.

LONGPRÉ, Tania, Québec cherche Québécois pour relation à long terme et plus : comprendre les enjeux de l’immigration, Montréal, Stanké, 2013, 199 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Politique Canada-Québec

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Plaisirs de lecture extrême

9 octobre 2014 par Maryse Breton Pas de commentaires

On dit souvent que lire c’est partir en voyage dans son salon. L’auteure américaine Phyllis Rose nous entraine avec elle en choisissant au hasard un rayon de sa bibliothèque, la New York Society Library et en s’engageant à lire tous les romans de LEQ à LES (d’où le titre de son livre).

Son projet, qu’elle voit comme une forme de lecture extrême, naît de l’idée que ce que nous lisons nous est souvent imposé. Le choix d’un livre est influencé par la subjectivité d’une recommandation, d’une critique ou par les dictats de la littérature. Peut-il en être autrement? Pour répondre à cette question, Rose nous propose de passer à travers les œuvres de William Le Queux, Rhoda Lerman, Mikhail Lermontov, Lisa Lerner, Alexander Lernet-Holenia, Étienne Leroux, Gaston Leroux, James Le Rossignol (un écrivain né au Québec), Margaret Leroy, Alain René Le Sage et John Lescroart.

Il en résulte un heureux mélange d’histoire, de réflexions personnelles et d’essais sur la littérature. Les différents auteurs et sujets que ses livres lui font découvrir nous transportent avec elle à travers les siècles et les continents. Pour chaque roman, elle nous résume l’action principale tout en offrant une critique de ses lectures. Son ton, loin d’être acerbe ou sérieux, est sensible, honnête et souvent comique :

« Mon enthousiasme pour le style de sa prose [celle d’Étienne Leroux] s’est évanoui rapidement devant certaines manies stylistiques mineures, mais agaçantes. Tout comme une nouvelle connaissance qui vous fait bonne impression à l’occasion d’une fête et qui vous déçoit rapidement en parlant d’elle-même à la troisième personne ou en émaillant son discours sans raison de phrases en français. »

Rose s’attache à « ses » auteurs, allant même jusqu’à communiquer avec certains d’entre eux par courriel. Dans un chapitre fascinant, elle raconte comment elle a rencontré et s’est liée d’amitié avec Rhoda Lerman, une auteure américaine qui a publié des romans dans les années 70 et 80 avant d’ouvrir un chenil et de se consacrer à l’élevage de chiens terre-neuve.

The Shelf est un pur plaisir à lire, un voyage à entreprendre hors des sentiers battus, accompagné d’une guide passionnée qui nous fait découvrir des lieux moins fréquentés et revisiter des endroits connus.

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ROSE, Phyllis, The Shelf : Adventures in Extreme Reading, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2014, 271 p.

Catégorie(s) : Essai, Littérature américaine, Littérature britannique

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Buvard

6 octobre 2014 par Marie-Line C. Lemay 1 Commentaire

Au premier regard échangé avec Caroline N. Spacek, Lou comprend qu’il ne sait rien de cette écrivaine dont il a pourtant lu tous les livres. Pourquoi a-t-elle accepté sa demande d’entrevue, lui, journaliste étudiant un peu naïf, alors qu’elle envoie paître les plus aguerris depuis des années?

En vingt ans, Caroline N. Spacek a forgé une œuvre dont la maîtrise n’a d’égal que la violence et l’insaisissabilité. Pourtant, rien ne la prédestinait à l’écriture. Ce talent en latence, comme on l’apprendra, sera précipité par une rencontre, puis une blessure. Alors que chacun de ses romans connaît un immense succès, Caroline N. Spacek fuit les caméras et sa propre histoire afin de poursuivre son travail acharné sur la langue.

« L’art d’écrire obéit à des lois immuables, Lou, mais comme toutes les lois, on ne peut peut-être pas les éprouver autrement qu’en les violant et en le regrettant amèrement après. Il faut se les approprier sauvagement. Que la langue devienne une matière aussi tangible que la viande d’un corps sur le ring. » (p. 113)

Réinvestissant le genre biographique, ce premier roman de Julia Kerninon surprend par la densité de ses personnages et la maturité de son style. Les secrets de la vie de l’écrivaine (Spacek) nous sont livrés à retardement, au rythme des confidences, maintenant la tension romanesque à son comble. Tout comme Lou, le lecteur se retrouve pendu aux phrases de cette femme mystérieuse, solitaire et impudente.

Figé sur le pas de sa porte, impressionné au point d’en perdre ses moyens, Lou ne peut soupçonner qu’il est déjà le réceptacle d’une confession qui prendra un été à advenir. Et qui trouvera un profond écho en lui. Buvard est le récit de cette confession. La mise en mots de la vie, inextricable de l’œuvre.

Buvard : une biographie de Caroline N. Spacek a remporté le prix Françoise Sagan au printemps 2014. À coup sûr, Julia Kerninon est une écrivaine à suivre.

 

KERNINON, Julia, Buvard : une biographie de Caroline N. Spacek, Arles, Éditions du Rouergue, 2014, 199 p.

Catégorie(s) : Littérature française

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Un retour sur le « siphonneur » de la Caisse

28 septembre 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

De 2002 à 2008, Henri-Paul Rousseau a été président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, une institution qui gère notamment les fonds de la Régie des rentes du Québec.

Quelques mois après son départ, la Caisse a déclaré une perte de 39,8 milliards de dollars, principalement en raison de l’écroulement du marché du papier commercial adossé à des actifs, le fameux PCAA.

Cette somme représentait près du quart de l’actif sous gestion de la Caisse. Autrement dit, du jour au lendemain, la Caisse perdait le quart de sa valeur.

Or, cette catastrophe n’a pas atteint Henri-Paul Rousseau. Bien au contraire.

Même s’il est parti de son plein gré, il a reçu une indemnité de départ de 378 750 $ et il a été rapidement embauché par Power Corporation, avec une rémunération annuelle d’environ 1,5 million de dollars.

Au terme d’un discours traitant de son rôle dans l’histoire de papier commercial prononcé en mars 2009 à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, il aura droit à une ovation debout de l’auditoire. Seul Pierre-Karl Péladeau de Québecor s’en indignera.

Comment expliquer que 40 milliards de dollars aient ainsi disparu? Pourquoi Henri-Paul Rousseau a-t-il été recruté par Power Corporation et applaudi par la Chambre de commerce?

Est-ce que cela fait partie des « mystères de la vie », pour reprendre l’expression (vraiment) utilisée par Henri-Paul Rousseau pour expliquer ses achats massifs de papier commercial?

Non, il n’y a pas là « mystère de la vie », affirme l’auteur de ce livre, un des très rares observateurs de la chose publique à s’être posé des questions sur ces événements.

L’auteur, Richard Le Hir, estime que Henri-Paul Rousseau a tout d’abord accumulé beaucoup de crédit politique en « recentrant » la mission de la Caisse sur ce qu’il présentait comme le rendement financier. Avant son arrivée, la Caisse avait un double mandat, très affirmé, à la fois axé sur le rendement financier et sur le développement économique du Québec, ce qui impliquait d’importants investissements dans des entreprises québécoises.

Selon l’auteur, c’est « l’obsession du rendement » qui aurait amené Henri-Paul Rousseau à acheter à pleines poches un produit financier spéculatif, le PCAA, ainsi qu’à utiliser les leviers de l’emprunt, comme le font les fonds spéculatifs (hedge funds) ou les joueurs de casino afin de maximiser leurs rendements potentiels.

De plus, poursuit l’auteur, soutenu par une campagne de presse bien menée, Henri-Paul Rousseau a voulu faire un soi-disant « ménage » à la Caisse, en éliminant des aspects importants de ce que ses prédécesseurs avaient bâti. Des gestionnaires d’expérience ont été congédiés. La Caisse a aboli des structures de gestion. Elle a mis fin aux mandats internationaux en confiant ces mêmes mandats à des firmes externes. Huit bureaux de la Caisse à l’étranger ont été fermés.

Le but de ce soi-disant « ménage » était double, affirme l’auteur. Premièrement, « empêcher qu’à l’avenir, le Québec soit en mesure de voir son entrée dans le cercle des États souverains facilitée par les relations extérieures de la Caisse de dépôt ». Deuxièmement, en rétrécissant le mandat de l’institution, ouvrir la voie à son éventuel démantèlement au profit de gestionnaires privés d’actifs lesquels, comme Power Corporation, attendraient leur heure afin de récupérer ses mandats de gestion. Car, se demande l’auteur, pourquoi l’État devrait-il gérer un fonds d’investissement pur? S’il n’y a pas de logique de développement économique inhérente à son action, le privé devient alors mieux placé pour faire de la gestion d’actif. Ou du moins, telle est l’argumentation que l’on risque d’entendre au cours des prochaines années.

Les deux derniers chapitres du livre veulent illustrer la toile d’influence que tisse Power Corporation à travers le conseil d’administration et la direction de l’institution sous son PDG actuel, Michael Sabia.

Afin de préparer son essai, Richard Le Hir s’est beaucoup inspiré d’un livre précédemment écrit par Mario Pelletier, La caisse dans tous ses états. Il le cite abondamment. Paru en 2009, ce livre de Mario Pelletier a presque été étouffé par une mise en demeure de la Caisse de dépôt visant à le retirer des librairies.

Il est à souhaiter que Henri-Paul Rousseau, le siphonneur de la Caisse de dépôt donne une seconde vie à La caisse dans tous ses états, un livre qui mérite d’être lu et débattu par tous ceux qui s’intéressent à l’avenir du Québec.

LE HIR, Richard, Henri-Paul Rousseau, le siphonneur de la Caisse de dépôt, Montréal, Michel Brûlé, 2014, 239 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Économie et affaires, Histoire du Québec

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En compagnie d’Einstein

21 septembre 2014 par Sylvie-Josée Breault Pas de commentaires

L’univers des sciences nous est moins familier. Les démonstrations, formules et équations scientifiques paraissent indécodables à la majorité d’entre nous. C’est probablement pourquoi ceux qui exercent dans ces domaines nous intriguent. Certains d’entre eux démontrent de telles capacités intellectuelles qu’ils nous semblent même irréels. On s’interroge alors sur la nature de ces hommes et de ces femmes au cerveau si performant. Qui sont-ils? Comment agissent-ils au quotidien? Les œuvres de fiction les ont souvent représentés sous des formes caricaturales, tels des excentriques distraits. Les écrivains Yannick Grannec et Laurent Seksik se sont penchés sur les cas de théoriciens notoires : le mathématicien Kurt Gödel et le physicien Albert Einstein. Les auteurs ne sont pas étrangers au monde des sciences : l’une passionnée de mathématiques, l’autre médecin. Leurs écrits changeront peut-être notre vision de ces savants.

 

Nul besoin d’être un scientifique pour prendre plaisir à lire La Déesse des petites victoires, car ce roman s’attarde à décrire la psychologie humaine. Il s’agit d’un premier roman pour Yannick Grannec qui se révèle habile à camper ses personnages dans leurs lieux et époques. Ce roman lui a valu le Prix des libraires en 2013, décerné par des libraires de la francophonie. Le récit s’inspire de faits réels : la relation des époux Gödel, leur exil, la carrière et le caractère du mathématicien. Néanmoins, ces faits ont été adaptés à l’écriture romanesque. L’intrigue est bien construite et on s’attache rapidement aux protagonistes.

En résumé, la documentaliste Anna Roth, personnage fictif du roman, tente de rassembler les archives du défunt Kurt Gödel. Celles-ci se retrouvent entre les mains de sa veuve, Adèle, qui résiste à les céder. Anna rend visite à Adèle et commencent une série de rencontres souvent pénibles, mais révélatrices. La vieille dame, jadis danseuse de cabaret, a eu une vie peu banale aux côtés d’un homme brillant, mais asocial et frêle. Une femme fatiguée, après des années de dévouement, qui cherche à conserver sa dignité et ses souvenirs. Elle se dévoile peu à peu, ce qui nous permet d’en apprendre davantage sur les périodes d’avant et d’après-guerre, à Vienne en Autriche et à Princetown aux États-Unis. Kurt Gödel et Albert Einstein ont été témoins des persécutions antisémites et ont connu le maccarthysme. Collègue du mari, Einstein était un ami du couple Gödel, apprécié d’Adèle. Il était un des rares de cette cohorte de chercheurs qui lui accordait de l’attention, notamment en appréciant sa cuisine. C’est ainsi qu’est construit ce livre, de l’intérieur, de détails qui révèlent la personnalité de ces hommes, avec leur génie et leurs failles. Une écriture simple et précise, un ton juste et soutenu, rendent la lecture aisée et plaisante.

« Avec Kurt, Albert était un scientifique comme un autre, pas une tête d’affiche. Doté d’une énergie vitale considérable, ce dernier était sensible à la fragilité de mon homme. Il voyait peut-être en lui un peu de son fils cadet, Eduard, enfermé à vingt ans dans les limbes de la schizophrénie. » (Grannec, p. 200)

 

Dans la biographie romancée Le cas Eduard Einstein, on retrouve à nouveau Albert Einstein. L’auteur Laurent Seksik, biographe de la sommité, expose ce fait peu connu : un des fils du célèbre physicien souffrait de schizophrénie. Il a eu trois enfants de sa première femme Mileva Maric, qui avait été sa compagne d’études. Le couple se sépare quatre ans après la naissance d’Eduard et divorce cinq ans plus tard. Einstein se remarie alors avec sa cousine Elsa. Juif, il sera pourchassé par les nazis. Des faits troublants, vécus difficilement par cette famille, relatés avec doigté et sensibilité par l’auteur. Le livre remportera le Prix du meilleur roman français en 2013, sera finaliste du prix Femina et apparaîtra la même année sur la liste du prix Goncourt. La publication s’avère une réussite.

Le roman débute avec l’internement d’Eduard en 1930. Tour à tour, les points de vue de la mère, du père et de l’enfant sont exposés. Ceux des parents sont décrits avec émotion : la détresse de la mère qui veut être présente pour son fils, le désarroi du père qui se sent impuissant face à la maladie. Nous assistons au moment déchirant où Milena doit laisser son fils à l’asile et à celui où Einstein les rencontre une dernière fois avant son départ pour l’Amérique. La souffrance d’Eduard est particulièrement bien exprimée. On ressent les épreuves traversées par cet homme qui n’est plus maître de son destin, tout en ayant conscience de son environnement et des sentiments des êtres qu’il côtoie. Les évènements de l’époque, la montée du nazisme, sont évoqués par son intermédiaire. Ses propos émanent d’un esprit agité, mais nous parviennent avec clarté.

« On m’a expliqué que papa quittait l’Allemagne à cause des juifs. C’est la grande question du moment outre-Rhin, qui est juif et qui ne l’est pas. On voit bien que les gens ne sont pas malades pour s’attacher à des choses pareilles. Allez parler de races supérieures au Burghölzli! Nous sommes tous égaux devant le surveillant Heimrat. » (Seksik, p. 91)

 

En s’inspirant de personnalités, ces romans piquent la curiosité. Par leurs qualités littéraires, ils retiennent l’attention et nous rappellent que les savants sont avant tout des hommes. Ils nous permettent de constater la complexité de la psyché humaine, que les auteurs cernent subtilement.

 

 

GRANNEC, Yannick, La Déesse des petites victoires, Paris, A. Carrière, 2012, 468 p.

SEKSIK, Laurent, Le cas Eduard Einstein, Paris, Flammarion, 2013, 300 p.

Catégorie(s) : Littérature française

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Dans les bois, la liberté

18 septembre 2014 par Esther Laforce Pas de commentaires

Quand j'étais l'Amérique

Un mot : l’Amérique; une image : une cage à la porte ouverte. Elsa Pépin, qui publie son premier recueil de nouvelles, pose dès le départ, par le titre (Quand j’étais l’Amérique) et le choix de la citation de Jacques Prévert en exergue (« Peindre d’abord une cage avec une porte ouverte »), une idée, un thème : la liberté.

En fait, c’est plutôt par les entraves à leur liberté que se révèlent la plupart des personnages de chacune des nouvelles. Une question semble en effet relier chaque histoire : quelles sont les causes et les déterminations empêchant une personne d’être ou de faire ce qu’elle veut, de telle sorte que quelque chose dans sa vie semble sinon raté, du moins en décalage avec ses propres aspirations? Parfois, l’auteure approfondit son questionnement et demande : comment se défaire de ces empêchements?

La nouvelle éponyme, Quand j’étais l’Amérique, et celle qui clôt le recueil, Loin de la république des fantômes, sont des plus remarquables, puisqu’elles poussent plus loin le questionnement. Dans ces deux nouvelles, les narrateurs finissent par trouver une liberté intérieure par l’acceptation de ce qu’ils sont, des gens qui préfèrent le silence, la réflexion et la rêverie aux conversations vives, à l’action et à la richesse, en dépit de ce que leurs milieux respectifs attendent d’eux .

Il y a beaucoup de beauté dans cette différence finalement assumée grâce à la forêt, qui devient le refuge de celle qui, Québécoise francophone, se sent démunie devant les joutes oratoires de sa famille française. C’est aussi dans la forêt que se révèle la véritable patrie de celui qui oppose aux impératifs de l’efficacité et de l’économie la douce oisiveté du corps dont l’esprit est occupé par la littérature. Essence d’une identité reconquise, la forêt – québécoise – est un langage du silence :  « J’avançais, conduite par la respiration du grand corps sauvage de ce bois giboyeux, quand les mille chemins du silence m’ont parlé du langage des taiseux […] » (p. 106). Et plus loin : « Se pouvait-il que les arbres soient mes semblables et que je sois né dans la mauvaise enveloppe? Je lisais des livres de papier fait de leur chair et me sentais presque gêné en face de ces géants de silence qui n’avaient pas d’yeux pour nous juger […] » (p. 164).

Un silence qui laisse la place, vous pouvez le constater, à une écriture élégante et riche, dont on a déjà hâte de suivre le tracé sur le chemin d’autres œuvres.

 

PÉPIN, Elsa, Quand j’étais l’Amérique, Montréal, Éditions XYZ, coll. Quai no. 5, 2014, 163 p.

Aussi disponible en version numérique.

Catégorie(s) : Littérature québécoise

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Un beau livre sur Louis Cyr

2 septembre 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Illustré de magnifiques photos tirées du très beau film de Daniel Roby, Louis Cyr, l’homme le plus fort du monde se feuillette au gré de ses humeurs. On peut se laisser porter, quelques minutes ou davantage, bien assis dans son fauteuil préféré, en buvant ce qu’il nous plaît de boire.

C’est le sens que les Américains donnent à l’expression difficilement traduisible de coffee table book. Sans le remords de conscience qui nous assaille lorsque notre regard s’attarde sur les piles de livres qu’on n’a pas encore lus, on laisse allègrement traîner ce type de livres – généralement des grands formats -, sur un coin de table en attendant d’avoir le temps d’en parcourir un passage au hasard.

Mais il y a tout de même un peu plus que cela. Car ce livre comporte une introduction mettant suffisamment en relief le sens de la vie de Louis Cyr, vu comme la plus grande des légendes québécoises et le symbole de la fierté d’un peuple.

Petit rappel. Habitant à Lowell, au Massachusetts, à partir de 1878, Louis Cyr a été le témoin du dur combat, pour leur survie individuelle et collective, de ceux qui s’appelaient alors des Canadiens français. Il travaille dans une usine de textile, comme des milliers de ses concitoyens à une époque où le Québec doute énormément de son avenir en tant que nation, ne pouvant donner du travail à ses fils et à ses filles, et les voyant partir aux États-Unis par centaines de milliers, par villages entiers.

Le livre montre qu’un jour, après avoir été la cible d’une injure raciale visant l’ensemble des Canadiens français (scum of the earth), Louis Cyr est mis au défi de soulever une énorme pierre de plus de 500 livres. Il réussit l’exploit, clouant le bec de l’Irlandais provocateur

On verra alors, en tournant les pages de ce beau livre, que Louis Cyr s’est découvert tel qu’en lui-même, c’est-à-dire en homme fort qui ne plie pas, qui répond avec fermeté et dignité à l’injustice et aux provocations, et qui « ne triche jamais ». En lui, un peuple déchiré se reconnaîtra.

Les magnifiques photos du livre sont parfois enrichies de quelques phrases judicieusement choisies, qui nous font découvrir une foule de petites choses. Par exemple, on apprend que le cirque de 150 employés créé par Louis Cyr était à la fine pointe de l’innovation technologique puisqu’il a utilisé le premier « appareil cinématographique destiné à visualiser une oeuvre photographique en lui donnant l’illusion du mouvement ».

En tournant et en retournant les pages, on constate aussi à quel point nos acteurs ont du talent. Les photos « prouvent », en quelque sorte, que l’interprète de Louis Cyr, Antoine Bertrand, est d’une vérité absolument hors du commun.

Ce plaisir pour les yeux et pour l’esprit, vous pourrez vous aussi le partager pendant au moins trois semaines, en passant au niveau 1 de la Grande Bibliothèque afin d’emprunter à votre tour Louis Cyr, l’homme le plus fort du monde. Un étage à fréquenter, pour qui aime les beaux livres.

BEAULIEU, Victor-Lévy, Éric MYRE et André MORIN, Louis Cyr, l’homme le plus fort du monde, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, 2014, 283 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Histoire du Québec

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Les clowns thérapeutiques

24 août 2014 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

En lisant Clowns d’hôpitaux, c’est du sérieux!, j’ai découvert un art d’une délicatesse infinie. Ces clowns sont de grands équilibristes qui se promènent sur une ligne très mince entre le drame de la maladie ou de la vieillesse et leur désir d’apporter de la légèreté sans tomber dans le ridicule. Le rôle des clowns thérapeutiques est de soulager, d’apporter du réconfort, de la compassion et, souvent, de faire sourire voire rire les patients!

Cela exige d’eux de nombreuses qualités. D’abord, une grande ouverture d’esprit, une sensibilité et un doigté hors du commun. Ensuite, une imagination et un sens de l’improvisation dignes des plus grands acteurs, car ils doivent composer avec les divers éléments que chaque situation présente.

À partir des commentaires d’un patient, de son attitude ou d’un objet de sa chambre, les clowns saisissent l’occasion d’établir un lien vers une histoire, un sketch, une chanson ou une conversation qui stimulera l’imaginaire du patient et lui fera momentanément oublier son quotidien difficile.

C’est avec émerveillement que je lis les récits de Michèle Sirois, comédienne professionnelle et clown d’hôpital. Avec beaucoup de finesse et un sens du portrait, elle raconte ses histoires uniques vécues auprès de personnes âgées ou d’enfants malades.

On comprend que ce travail joue un rôle d’une grande importance auprès d’eux, car il vient éclairer leur vie magnifiquement! Quelquefois, la visite des clowns d’hôpitaux est le seul rayon de soleil de la journée, parfois même de la semaine!

Loin d’infantiliser, comme certains peuvent le croire, les clowns thérapeutiques font appel à l’imaginaire, à l’intelligence et à la mémoire des patients grâce à leurs interventions. Ce sont souvent les patients eux-mêmes qui dictent les scénarios aux clowns, car ils connaissent leurs besoins. Les clowns doivent se laisser guider par leur légèreté et leur sens de l’exagération pour entrer dans le jeu. Au fil des rencontres, la complicité grandit.

Pour pratiquer cet art, Michèle Sirois suggère de suivre d’abord une formation de clown afin de découvrir celui qui nous habite (www.formationclown.com). Il s’agit d’utiliser nos défauts et nos failles, puis de les caricaturer. Cela semble très libérateur au dire de l’auteur!

Les clowns thérapeutiques existent dans plusieurs pays. Au Québec, ils sont engagés par l’organisme Jovia (www.jovia.ca).

 

SIROIS, Michèle, Clowns d’hôpitaux, c’est du sérieux!, Montréal, Éditions La Semaine, 2014, 204 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Récit autobiographique

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Une famille d’influence, les Desmarais

17 août 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

S’appuyant sur l’immense fortune et sur l’influence de Power Corporation, la famille Desmarais « a fait et défait les gouvernements du Québec et du Canada depuis près de 40 ans », affirme Robin Philpot, l’auteur de Derrière l’État Desmarais : Power.

Afin d’écrire cet essai politique portant sur les origines et le développement de ce conglomérat, sur le rôle et les ambitions de ses dirigeants au Québec, ainsi que sur leurs positions politiques que les rebuffades de Bay Street n’ont jamais entamées, Robin Philpot a extrait jusqu’à la dernière goutte (ou virgule) les information publiques contenues dans les très, très rares entrevues et interventions publiques du fondateur de Power, Paul Desmarais, y compris ce que l’auteur présente comme étant la version non censurée  d’une entrevue donnée en 2008 à l’hebdomadaire français Le Point.

Parfois, quelques mots suffisent pour esquisser un portrait, comme cette phrase de Paul Desmarais : « je ne veux pas dépendre d’un gars dans un coin qui va voter contre moi ». Ou encore, « même en y réfléchissant bien, je ne trouve rien que j’ai commencé… Commencer à zéro, c’est trop lent pour moi », ce qui est la clé de la compréhension de cet empire, bâti par des maîtres de l’ingénierie financière adossée sur l’État grâce à l’interconnexion des réseaux de pouvoir. Power Corporation, dit l’auteur, n’aurait pas existé sans la nationalisation de l’électricité, au Québec et au Canada, dans les années 60.

Ce portrait, l’auteur le brosse aussi à l’aide d’entrevues réalisées avec des connaisseurs du pouvoir économique, qui préfèrent rester dans l’ombre par crainte de représailles. L’auteur reconnaît également sa dette intellectuelle envers les auteurs des incontournables biographies des grands acteurs politiques québécois, Daniel Johnson père, René Lévesque et Jacques Parizeau.

D’une façon générale, dit Philpot, Power Corporation incarne cette définition classique du pouvoir : « empêcher que son nom apparaisse dans les journaux » tout en « provoquant des événements importants et en empêchant les médias d’en parler »!

Il faut dire que la famille Desmarais a les moyens de ses ambitions. Avec la compagnie Gesca, une entité de Power Corporation, elle contrôle 70 % de la presse écrite québécoise, à laquelle s’ajoute la fameuse « convergence » entre Gesca et Radio-Canada. Comme d’autres avant lui, tel l’ancien ministre Joseph Facal, l’auteur en déduit que les choix de carrière des journalistes en sont singulièrement réduits.

L’auteur souligne aussi la féroce opposition des Desmarais au dévoilement des états financiers de Gesca, réclamé pendant des années par le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC). Contrairement à ses compétiteurs, comme Québecor, Gesca refuse de les rendre publics, ce qui pourrait s’expliquer par leur nature déficitaire. Mais s’ils sont déficitaires, se demande-t-il, à quoi peut bien servir Gesca?

Mis à part Gesca et ses journaux peut-être déficitaires, Power Corporation n’est plus présente dans l’économie du Québec depuis la fin des années 80, à la suite de la vente de la Consolidated-Bathurst pour 2,6 milliards de dollars à des intérêts américains. La « Consol » aurait pu devenir la colonne vertébrale de la restructuration et de la modernisation de l’industrie québécoise des pâtes et papier, mais cette vente a empêché la réalisation de ce scénario auquel oeuvrait, notamment, nul autre que Jacques Parizeau.

Au Canada, Québec inclus, les activités de Power Corporation sont presque totalement concentrées dans les secteurs de l’assurance de personnes, ainsi que dans la gestion et la distribution de fonds communs de placements, par l’entremise des compagnies dont les sièges sociaux sont situés au Manitoba et en Ontario.

Toutefois, après la vente de la « Consol », la famille a longtemps fait savoir qu’elle attendait le moment propice pour revenir sur la scène économique québécoise.

Selon Philpot, ce moment pourrait bien approcher- … et, dit l’auteur, ça ne constituerait pas une bonne nouvelle.

Car si la famille Desmarais pense que le mouvement indépendantiste est mort, totalement démoralisé par ses campagnes de presse, elle pourrait alors investir des milliards de dollars dans l’achat de la Banque Nationale – le cœur du Québec inc. –, et éventuellement, dans l’hydro-électricité si bien sûr Hydro-Québec venait à être privatisée.

S’inspirant d’une grille développée par Jean Bouthillette dans son magistral Le Canadien français et son double, Robin Philpot estime que Power Corporation est dirigée par des gens heureux de jouer le rôle des « éternels minoritaires », prospères mais sévères avec leurs co-minoritaires, et ce, afin d’être acceptés par l’establishment canadien, malgré les rebuffades des prises de contrôle avortées de la société de gestion Argus et du Canadien Pacifique. Pour ces éternels minoritaires, « le français se parle à la maison, l’anglais, partout ailleurs ». Et dans les mains d’un groupe ultra-fédéraliste comme Power Corporation, la Banque Nationale ne pourrait plus servir de contrepoids à Bay Street. Philpot pense que cela signerait la fin du pouvoir économique québécois.

PHILPOT, Robin, Derrière l’État Desmarais : Power, Montréal, Baraka, 2014, 221 p.

Aussi disponible en format électronique.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Essai, Histoire du Québec

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50 bougies soufflées au musée et beaucoup de cadeaux reçus!

11 août 2014 par Sylvie-Josée Breault Pas de commentaires

Fondé en 1964, le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) souligne son 50e anniversaire avec une exposition d’envergure : La Beauté du geste. Quelque 200 pièces y sont présentées, toutes des dons. Au fil des ans, artistes et collectionneurs d’ici et d’ailleurs ont offert 3500 œuvres au MAC. Il s’agit d’un nombre considérable, car le musée en détient 7800 au total. C’est donc cette générosité, le geste de donner, qu’on a voulu célébrer, tout comme l’esthétisme des œuvres, le geste artistique. Pour les donateurs, l’œuvre ainsi cédée est assurée d’une conservation adéquate et d’une bonne mise en valeur. Pour les conservateurs, ce mode d’acquisition est indispensable pour affirmer la diversité et la richesse des collections. Ces oeuvres contribuent à la constitution d’une collection nationale d’art contemporain. Elles reflètent leur époque et témoignent de l’évolution de l’art québécois en regard des courants internationaux. L’exposition donne à voir maintes formes de création produites au cours du dernier demi-siècle : peintures, sculptures, gravures, dessins, photographies, vidéos, installations, etc. Une pléiade d’artistes y sont représentés, principalement québécois et canadiens incluant quelques créateurs étrangers : Lyman, Borduas, Pellan, Leduc, Riopelle, Roussil, Goodwin, Ewen, Charney, Whittome, Murphy, Blain, Grandmaison, Bourgeois, Christo, Oppenheim, Buren, Tunick, entre autres. Une si grande variété aurait pu dérouter le visiteur, mais l’ensemble est cohérent et le parcours de l’exposition s’en trouve animé. Quel artiste à venir? Quelle œuvre suivra? Certains tableaux sont bien connus, mais plusieurs oeuvres surprennent agréablement. À visiter donc cet été.

MACLe catalogue de l’exposition vaut aussi le détour. Bilingue, il comporte plusieurs éléments. L’avant-propos permet de cerner la vision du nouveau conservateur en chef et directeur du musée, John Zeppetelli, qui signe ici sa première exposition. Il relève l’importance des rapports entre donateurs et conservateurs en faisant référence à l’Essai sur le don de Marcel Mauss, qui traite des échanges dans les sociétés. Suit une présentation de l’exposition par la conservatrice des collections, Josée Bélisle, qui approfondit cette notion de partage associée cette fois à la mémoire et à l’histoire. Elle explique le développement du musée au travers ces dons, commente certaines œuvres marquantes et les dons d’exception. Tel est le cas de la Collection Borduas et du Fonds Paul-Émile Borduas, qui regroupent des œuvres et des archives fort utiles pour les spécialistes et les chercheurs du domaine. Ce catalogue constitue un ouvrage de référence appréciable, car il répertorie 50 dons majeurs. Chaque titre est accompagné d’une illustration et d’une fiche explicative : présentation de l’artiste, date de création et de donation, données matérielles, notes sur l’œuvre. Enfin, le catalogue comprend aussi la liste des 800 donateurs : artistes, galeristes, fondations, universités, etc. Doté de 136 planches en couleurs, on aura plaisir à le feuilleter. La page couverture invitante fait référence à l’installation interactive Pulse Room de l’artiste montréalais d’origine mexicaine Rafael Lozano-Hemmer, léguée au MAC depuis peu et très appréciée du public. Ainsi, le catalogue permet de prolonger l’expérience de la visite et de se familiariser davantage avec l’art contemporain. À consulter.

 

BÉLISLE, Josée, La beauté du geste : 50 ans de dons au Musée d’art contemporain de Montréal, Montréal, Musée d’art contemporain de Montréal, 2014, 192 p.

MAUSS, Marcel, Essai sur le don : forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Paris, Presses universitaires de France, 2012, c2007, 241 p.

Catégorie(s) : Arts visuels

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Yamabuki

3 août 2014 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

Une vieille dame prend plaisir encore à vivre avec son mari après 56 ans de vie commune. Elle se rappelle sa première union avec un coureur de jupons dont elle a heureusement divorcé. Puis elle nous parle de sa rencontre avec son second époux alors qu’elle se rendait à Tokyo pour y refaire sa vie.

9782330026714C’est la naissance d’un amour dans un Japon en reconstruction, après la Deuxième Guerre mondiale. L’héroïne travaille comme assistante auprès d’une maîtresse de la cérémonie du thé. Elle apprend également d’autres traditions japonaises comme l’ikebana, l’art des arrangements floraux.

Le récit coule comme une source. L’écriture est claire, concise, apaisante. La poésie et l’humour sont maniés avec finesse, comme de petits coups de pinceau. On sent dans cette histoire d’amour la sagesse du cœur à l’écoute de la vie.

Si vous avez la chance de lire Yamabuki, je vous suggère de le faire au milieu d’un jardin. Votre lecture vous fera voyager par vos sens et prendra toute son ampleur, car on parle beaucoup de fleurs dans ce roman. Il y a celles pour l’ikebana, puis celles du jardin botanique que le vieux couple aime visiter; il y a surtout celle de yamabuki, l’emblème du roman, une fleur jaune qui n’a pas de fruits comme l’héroïne qui n’a pu avoir d’enfants.

Quelques réflexions sur le rôle des hommes et des femmes au Japon versus les États-Unis sont vraiment savoureuses. Le couple a des dialogues d’une grande simplicité, mais aussi d’une grande profondeur. Il nous donne envie de sérénité.

L’auteure talentueuse de ce bref roman est une Québécoise d’origine japonaise du nom d’Aki Shimazaki. Elle nous initie à sa culture avec doigté et intelligence. D’abord par l’histoire, qui se déroule au Japon, mais aussi avec des mots japonais parsemés dans le texte dont le sens nous est donné dans un lexique à la fin du livre.

Aki Shimazaki a immigré au Canada en 1981 et vit à Montréal depuis 1991. C’est en 1995, à l’âge de 40 ans, qu’elle a commencé à apprendre le français. Depuis, elle a publié plusieurs romans et gagné des prix, dont celui du Gouverneur général du Canada.

Yamabuki est le cinquième et dernier livre d’une série romanesque commencée en 2006. Auparavant, Aki Shimazaki a écrit une autre série de cinq romans intitulée Le poids des secrets.

 

SHIMAZAKI, Aki, Yamabuki, Montréal, Leméac; Arles, France, Actes Sud, 2014, 137 p.

Catégorie(s) : Littérature québécoise

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Le français, langue commune ?

31 juillet 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Le sujet n’est pas facile : l’anglicisation de Montréal et, par conséquent, celle du Québec.

Démographe à l’Université d’Ottawa, l’auteur a publié un certain nombre de chroniques sur l’avenir du français dans les pages du mensuel indépendantiste L’Aut’ Journal. Ce livre en réunit une vingtaine, publiées entre 2011 et 2013.

L’auteur constate qu’il règne, au Québec, une « atonie » face à la « déroute du français », qui est partiellement due à la crainte « d’être accusé de surdramatiser ».

Son analyse ne réchauffera certes pas le coeur de ceux qui se souviennent de la Charte de la langue française (aussi appelée loi 101) et de son objectif premier – qui selon l’auteur devrait aller de soi  -, à savoir que le français soit « la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires ». Car, quarante ans plus tard, ce projet reste, constate-t-il, « inachevé ».

Dans la métropole, écrit-il, « l’anglais demeure plus souvent que le français la langue des communications entre francophones et anglophones dans les grandes entreprises ». À l’aide de données statistiques, il démontre les ravages de l’assimilation linguistique survenue à Montréal au cours de la dernière décennie.

L’auteur constate également que la maîtrise du français « reste moins payante pour un immigrant que celle de l’anglais ». Et que l’accès automatique à l’école anglaise pour les migrants du reste du Canada est en train de « transformer l’Outaouais en une succursale de l’Ontario ».

Afin de contrer l’anglicisation, l’auteur propose notamment d’étendre la portée de la Charte aux cégeps.

Il  propose surtout d’être conscient du rapport de force linguistique actuel et d’agir afin que le français devienne, une fois pour toutes, la langue de communication au Québec.

Comme l’écrit en préface le sociologue Guy Rocher, « À lire, de toute urgence! ».

CASTONGUAY, Charles, Le français langue commune : projet inachevé, Montréal, Éditions du renouveau québécois, 2013, 150 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Politique Canada-Québec

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Au nom du père, du fils… et de la poésie

26 juillet 2014 par Sylvie-Josée Breault Pas de commentaires

Ayant lu successivement les derniers écrits de François Turcot et de Michaël Delisle, le rapprochement de ces deux oeuvres s’est imposé. Un sujet commun, le souvenir du père, les réunit. Et la poésie qui y apparaît si significative pour ces auteurs. Du père inspirant du premier au père navrant du second, chacun trouve une motivation le poussant vers la création littéraire. Tous deux s’avèrent inventifs dans l’élaboration de leurs ouvrages qui se révèlent empreints d’intelligence et de sensibilité. De façon très différente, voire opposée, ces écrivains franchissent une étape de leur vie personnelle, intime, par l’acte d’écriture. Ils interrogent les mots, nous semble-t-il, comme pour les prendre à témoin.

 

MondinosaureD’entrée de jeu, Mon dinosaure donne le ton en se référant au recueil de nouvelles de Bruno Schulz, intitulé Les boutiques de cannelle. La figure paternelle s’y présente mystérieuse et donne libre cours à la fabulation. Chez Turcot le réalisme et l’invention du personnage se chevauchent habilement. Il rappelle la mémoire de son père par le biais de poèmes, lui donne parole en utilisant la prose, tout en intégrant une correspondance père/fils et quelques blocs narratifs pour lier ces éléments. La diversité de la forme langagière, de même que l’innovation de son expression, renforce ce texte d’hommage. L’auteur ne révèle que très peu de la personne du père et il s’agit davantage d’une idée construite dans laquelle plusieurs peuvent reconnaître une figure paternelle familière. Une composition étudiée, des segments bien introduits, bien élaborés, nous amènent à explorer le thème autrement. La plus belle réussite est sans doute d’avoir su allier émotion et esthétisme, car le message et la forme s’amalgament harmonieusement. La métaphore animalière utilisée en est un bel exemple. Le dinosaure et la baleine évoquent l’enfance, tout en incarnant des figures fortes et signifiantes. Des petits récits collectés et transposés par l’auteur forment ce bel ouvrage.

« Mon père dort là, couché noir comme ses baleines, au fond de ce qui s’apparente à ses souvenirs. […] J’ouvre la boîte aux sept baleines – rien, sinon moi, n’a vraiment changé. » (Turcot, p. 141)

 

Encore bercée par la mélancolie de la première lecture, le texte du second bouquin, Le feu de mon père, me fait sursauter. Si les deux livres s’avèrent aussi touchants l’un que l’autre, le deuxième se révèle troublant. Je suis alors happée par le récit. L’auteur raconte une enfance difficile peuplée de personnages distants et violents. Hanté par cet  univers où on lui a pratiquement  appris à se taire, il en sort inévitablement traumatisé. Pour  preuve cette scène obsédante où, lorsqu’il est bébé,  sa mère le tient contre elle pour se protéger du père qui la menace d’une arme. Terrible lecture qui par la force de l’écriture devient magnifique. Sans détour, l’auteur raconte cette histoire déconcertante, véritable clef pour comprendre son travail d’écrivain. Le mutisme dans lequel il a été tenu, sa position de spectateur d’un théâtre désolant le pousse vers l’écriture. La poésie se révèle à lui parce que dense et évocatrice.

« Vers la fin, la fin de mon père tel qu’on le connaissait, il ne chantait plus. Je n’y voyais pas encore, depuis mes onze ans, le signe d’un cœur fermé, d’une peine qui fermente. » (Delisle, p. 57)

Le père demeure présent à son esprit, son souvenir persiste malgré diverses tentatives pour l’écarter. Sa prégnance oblige l’auteur à prendre sa place, à s’ouvrir. Aux non-dits du garçon se substitue l’écriture de l’adulte qui cherche à s’en sortir, à succéder en quelque sorte, au père. L’auteur-narrateur explique ainsi l’empreinte du poète. D’un écueil surgit une réussite littéraire.

 

En travaillant leurs manuscrits, les deux auteurs prenaient conscience du temps passé, des évènements marquants en lien avec cette filiation et leur état d’écrivain. En cela, ils se révèlent les fils spirituels de Fernand Ouellette qui avait ouvert les voies de réconciliation avec cette méditation poétique sur la mort du père, présente dans son recueil Les Heures. De la communication au silence, il avait lui aussi tenté de trouver du sens là où il ne semblait plus y en avoir. La poésie par sa nature transcendante devient une amorce pour réaliser un deuil.

 

DELISLE, Michaël, Le feu de mon père, Montréal, Boréal, 2014, 121 p.

TURCOT, François, Mon dinosaure, Chicoutimi, La Peuplade, 2013, 169 p.  (aussi disponible en format numérique)

 

Catégorie(s) : Littérature québécoise, Poésie

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Si vous avez compris, je me suis mal exprimé.

23 juillet 2014 par Gisèle Tremblay 1 Commentaire

Bien trop sérieux, juste l’opposé d’une lecture de vacances, une histoire de l’économie? Surprise! Quelques heures absolument captivantes s’offrent à vous avec la lecture d’Economix : la première histoire mondiale de l’économie en BD de Michael Goodwin, illustrée par Dan E. Burr. Si vous avez envie d’apprendre tout en vous amusant (beaucoup!) et si vous pensez que l’importance du sujet dans nos vies mérite que l’on tente « d’apprivoiser la bête » (comme ma collègue blogueuse Véronique avec Petit cours d’autodéfense en économie), alors Economix est pour vous. 

Super instructive, claire et ordonnée, rigoureuse ET remplie d’humour, cette bande dessinée de près de 300 pages aux allures de roman graphique fait la preuve que l’économie n’est pas une matière réservée aux prétendus experts, leaders économiques et politiques en tête.

La bouille sympathique de l’auteur-narrateur guide le lecteur à travers quatre siècles, de la naissance du capitalisme jusqu’aux crises financières de 2008 et de 2011, en passant par l’industrialisation, les deux guerres mondiales, l’émergence de la société de consommation, la mondialisation, le 11-Septembre – suivi par la course aux armements – et j’en passe. Les grandes théories et les stars de la pensée économiste sont situées dans leur contexte historique : Adam Smith (la main invisible), J.M. Keynes (dépenser plus et intervention publique – le contraire de l’austérité), Malthus (la science lugubre), Marx, Friedman (laissez-faire) et bien d’autres. 

Grands industriels (barons voleurs, Henry Ford, marchands d’armes) et puissants financiers (Rockefeller, Mellon), super-corporations (Standard Oil, Enron) et leaders politiques (Roosevelt, Reagan, Gorbatchev, Bush, Obama), instances internationales (FMI, OMC), syndicats, mouvements citoyens (Occupy Wall Street, Printemps arabe) et grandes puissances émergentes (Chine, Inde) : les acteurs de l’économie sont représentés en pleine action et c’est absolument palpitant. 

Très drôles, les illustrations en noir et blanc aident beaucoup à la compréhension. Allez, je vous indique ma préférée. Il est question d’Occupy Wall Street. Parmi un groupe de protestataires, une pancarte émerge : «Quand les bibliothécaires défilent, on sait qu’on est dans le pétrin. » (p. 274)

Loin de s’effacer derrière une façade de prétendue objectivité, Goodwin et Burr assument un regard très critique sur les rouages de notre monde. Ils montrent que les pouvoirs économiques et politiques d’hier et d’aujourd’hui convergent en faveur de l’enrichissement exponentiel des plus riches, le fameux 1 %. Opinion publique, réglementation, police, lois, impôts, États : autant de vecteurs sociaux instrumentalisés et manipulés par les acteurs dominants de l’économie néolibérale dont l’influence et le pouvoir s’exercent au détriment des 99 autres. 

« Si vous avez compris ce que je veux dire, c’est parce que je me suis mal exprimé. » Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006 ( la Fed) , était un économiste reconnu pour s’exprimer en Greenspeak, charabia propre à décourager toute velléité de comprendre le domaine. 

À l’opposé, Michael Goodwin s’attaque à l’écran de fumée qui embrouille le discours économiste : son livre a augmenté ma confiance en ma capacité de comprendre ce discours. Cela m’incite à m’intéresser de plus près à l’économie, une dimension importante des affaires publiques.

Catégorie(s) : Bande dessinée, Économie et affaires, Essai, Histoire des États-Unis

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Une guerre, plusieurs récits.

17 juillet 2014 par Christine Durant Pas de commentaires

Il y a de ces livres qui tentent non pas d’analyser les guerres, mais plutôt de montrer leurs conséquences sur les gens qui les vivent ou les subissent. Prenant souvent la forme de roman pour permettre plus de libertés, ils racontent la guerre vécue par des personnages, souvent fictifs, mais où l’auteur vient puiser une part importante de faits réels, sinon vécus. Certains sont profondément bouleversants voire troublants. C’est le cas des trois romans que je vous propose ici.

 

Amin Maalouf, écrivain libanais ayant remporté le prix Goncourt en 1993 pour son livre Le rocher de Tanios et membre de l’Académie française depuis 2011, nous présente dans Les désorientés l’histoire d’un groupe d’amis d’enfance de différentes confessions ayant vécu au Liban avant la guerre qui a débuté en 1975. Ils se sont dispersés à travers le monde pour y échapper, pour ensuite se retrouver, de nombreuses années plus tard, dans ce même pays fort changé. Après un aussi long exil, les confidences échangées entre amis et les souvenirs qui surgissent en visitant les lieux du passé sont parfois douloureux et forcent les personnages à se remettre en question.

MAALOUF, Amin, Les désorientés, Paris, Grasset, 2012, 519 p.

Disponible aussi en format numérique sur Numilog.

 

De son côté, Sorj Chalandon, écrivain français et journaliste, dresse dans Le quatrième mur un portrait troublant de la guerre du Liban vécue par un metteur en scène dont l’obsession est de monter une pièce de théâtre qui sera présentée en plein cœur de l’action, sur la ligne imaginaire qui sépare Beyrouth en deux camps – est et ouest – et en offrant un rôle à chacun des groupes opposés afin de forcer une trêve, ne serait-ce que de quelques heures. En côtoyant des hommes et des femmes de différentes factions ennemies, il se retrouve impliqué, bien malgré lui, dans cette guerre horrible. Et les conséquences pour lui seront terribles.

Sorj Chalandon était correspondant de guerre pendant la guerre du Liban et il a été témoin des atrocités subies par les populations, entre autres le massacre de Sabra et Chatila. Ce genre d’événement marque pour la vie et nous pouvons clairement discerner à travers certaines pages du roman un récit quasi autobiographique. La fin de ce roman est dure. Elle montre comment une guerre peut être dévastatrice pour les gens qui la vivent car elle anéantit les rêves, les joies et l’espoir. Petit conseil : cachez des mouchoirs à l’intérieur du livre, vous en aurez besoin.

CHALANDON, Sorj, Le quatrième mur, Paris, Grasset, 2013, 325 p.

Disponible aussi en format numérique sur Numilog.

 

Finalement, Larry Tremblay, dramaturge et écrivain québécois qui vient de remporter le Prix des libraires du Québec pour L’orangeraie, nous présente un récit troublant sur un enfant sacrifié par honneur pour venger la mort de ses grands-parents, tués par un obus, en se faisant lui-même exploser dans le camp ennemi. Un récit invraisemblable, certes, mais qui nous amène à nous questionner sur les effets que la guerre peut avoir sur certains leaders qui manipulent ensuite les populations locales avec des discours insensés.

TREMBLAY, Larry, L’orangeraie, Québec, Alto, 2013, 159 p.

Disponible aussi en format numérique sur prêtnumérique.ca.

 

Trois romans à lire absolument, mais peut-être pas un après l’autre, question de souffler un peu!

Catégorie(s) : Littérature française, Littérature québécoise

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Une coalition à rebâtir

16 juillet 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Tout juste avant les dernières élections, Martin Lemay a publié ce livre sur l’avenir du projet indépendantiste. Député du Parti québécois (PQ) dans Sainte-Marie-Saint-Jacques de 2006 à 2012, il s’interroge sur la « stagnation  » du projet indépendantiste qui résulterait, selon lui, de l’hégémonie de la « gauche progressiste ».

PQ et Bloc québécois, dit l’auteur, se sont mis à ressembler à Québec solidaire (QS) par « hantise de se faire dépasser idéologiquement sur leur gauche ». Ne se retrouvant plus dans les discours et les engagements des grands partis indépendantistes, les électeurs « centristes, droitistes et conservateurs » se seraient mis à déserter le navire.

Mais étant donné que ce livre a été publié avant les élections, il ne traite pas des effets – qui ne semblent pas s’être faits sentir – du recentrage, effectué sous Pauline Marois, autour des enjeux identitaires. Ce recentrage peut-il être poursuivi? Et qu’arriverait-il à la pérennité du projet indépendantiste si le PQ laissait à QS tout l’espace politique dit de « gauche »?

En parallèle à cet essai sur la stratégie politique, l’auteur traite, en deux chapitres qui se lisent par eux-mêmes, des dérapages de la « gauche progressiste » dans les médias, les universités et les partis politiques. Telle sociologue d’université demande au Conseil de presse et au CRTC d’infliger « des sanctions beaucoup plus sévères envers certains médias aux couvertures négatives »; tel chroniqueur de livres considère « affligeant » de constater que des discours d’auteurs de droite (Joanne Marcotte, Éric Duhaime) trouvent « tant de tribunes »; telle personnalité politique tance d’incorrigibles bavards dissipés (qui ne sont évidemment pas de son camp) en les qualifiant « d’intolérants et de racistes », etc., etc.

Ce qui illustrerait que le Québec reste prisonnier d’un passé refoulé, celui du magistère des curés et soeurs supérieures d’antan.

LEMAY, Martin, L’union fatale : comment l’union entre la gauche et le mouvement indépendantiste compromet l’indépendance du Québec, Boisbriand, Accent Grave, 2014, 206 p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois, Essai, Relations Québec-Canada

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Un collègue enthousiaste publie

10 juillet 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Ne dit-on pas que les règles sont faites pour être transgressées? Dans cette optique et pour la première fois dans la courte histoire de ce blogue, nous vous présentons un livre destiné aux bibliothécaires.

Intitulée Choisir un SIGB libre, l’exception à la règle est signée par Tristan Müller, directeur de la numérisation à BAnQ. Comme l’écrit le préfacier, notre collègue est « un ardent et crédible défenseur de l’utilisation de logiciels libres en bibliothèque », ce dont m’avaient convaincu, pour l’éternité, ses articles publiés dans la revue Argus du temps où j’ai eu la chance d’en être le responsable.

Ce livre montre comment choisir un système de gestion intégrée de bibliothèque (SIGB) sous licence libre, parmi la vingtaine qui existe sur le marché. Par sa rigueur et la profondeur de la recherche, il pourrait intéresser tous ceux qui veulent en savoir un peu plus sur la viabilité et le potentiel des logiciels libres en général.

Bravo à toi Tristan, pour le fruit de ton talent et, surtout, de tes efforts!

MÜLLER, Tristan, Choisir un SIGB libre, Montréal, Les Éditions ASTED, 2012, 365 p.

Catégorie(s) : Non classé

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Dans le carnet de l’avocat d’Accurso

8 juillet 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

On peut vivre dans le plus parfait anonymat si on a « un vaste domaine avec un golf magnifique et un aéroport privé, une multitude de serviteurs pour recevoir en grande pompe qui on veut, politiciens indigènes ou étrangers, banquiers et tutti quanti » écrit l’auteur, faisant référence à la puissante famille Desmarais, propriétaire d’un domaine de 76,3 km² en Charlevoix et de sept quotidiens, dont La Presse.

En revanche, poursuit-il, « ça ne passe pas » si on est propriétaire d’un bateau de 120 pieds avec une décoration intérieure à faire hurler les résidents du Plateau et qu’on porte un nom d’origine italienne. Voilà pourquoi, selon l’auteur, Tony Accurso serait devenu cette « proie facile pour les gardiens de la pureté dont le Québec détient sans doute le nombre record mondial par habitant ».

Écrit par l’avocat défenseur d’Accurso, ce récit porte un regard ironique sur les journalistes qui en ont fait leur cible. Par exemple, un de ceux-ci ne semble pas le reconnaître lors d’une rencontre inopinée dans une épicerie de la Petite-Patrie. Deux journalistes de la société d’État annoncent en direct l’avoir vu lors des funérailles d’un mafieux montréalais alors qu’il se trouvait à Hawaï, etc., etc.

Cela dit, le récit manque de substance. L’auteur mentionne, avec raison, que les entreprises d’Accurso ont enrichi un bas de laine de travailleurs en augmentant le rendement du Fonds de solidarité. Toutefois, Tony Accurso est en attente d’un procès pour fraude et corruption, une situation qui n’est pas à prendre à la légère et qui aurait été impossible sans l’acharnement de certains de ces « gardiens de la pureté » à l’indignation asymétrique.

DEMERS, Louis, Scènes d’une époque trouble : carnet d’un avocat, Montréal, Liber, 2014, 149  p.

Catégorie(s) : Documentaires québécois

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Peut-on être malade et heureux?

6 juillet 2014 par Catherine Lévesque 1 Commentaire

Je crois que notre attitude y fait beaucoup dans notre appréciation de la vie, surtout lorsque nous sommes malades. Lucie Mandeville, auteur, conférencière et professeur de psychologie à l’Université de Sherbrooke, a accompagné son père dans sa lutte contre le cancer durant les dernières années de sa vie.

Bouleversée par cette tranche de vie, elle a cherché à donner un sens à cette expérience douloureuse en écrivant Malade et… heureux? Huit attitudes qui ont transformé des vies (et qui pourraient changer la vôtre). Elle s’est intéressée aux histoires de gens gravement malades qui ont réussi à transcender la maladie par leur attitude. Elle a regroupé ces histoires de patients sous huit caractéristiques : les optimistes, les rusés, les bons vivants, les paisibles, les increvables, les fervents, les sociables et les courageux. Car si la médecine peut aider à lutter contre la maladie, il faut autre chose pour se refaire une santé.

Lucie Mandeville présente des histoires de patients qui nous surprennent et nous touchent. Tous ont trouvé des façons différentes de profiter de la vie pendant qu’il leur en reste encore. Le but de l’auteur : nous inspirer et nous donner envie de goûter la vie davantage sans attendre d’être malade pour prendre conscience de ce qu’elle a à nous offrir.

Ce peut être en étant plus proche de soi, de sa famille et de ses amis; en faisant des activités que nous aimons; en se donnant de nouveaux défis; en ayant une vie plus saine ou en cultivant le plaisir et la paix intérieure. Cette lecture nous éloigne de la performance pour nous ramener aux choses simples et à l’essentiel. Cela fait du bien.

Les pages les plus marquantes portent sur le bilan d’une infirmière australienne, Bronnie Ware, qui a passé plusieurs années à s’occuper des mourants. Elle a établi un palmarès de leurs cinq grands regrets à partir de leurs confidences. La peur est à l’origine de la plupart de ces regrets. À cause d’elle, les gens disent « j’aurais donc dû »…

Voici donc les cinq grands regrets des mourants :

  • ne pas avoir eu le courage de vivre sa vie à son image et d’avoir reporté ses rêves aux calendes grecques;
  • avoir passé autant de temps à travailler;
  • ne pas avoir eu l’audace d’exprimer ses sentiments;
  • ne pas avoir mis le temps et les efforts nécessaires pour garder le lien avec les amis d’antan;
  • ne pas avoir réalisé que le bonheur est un choix et s’être contenté d’une vie moins audacieuse à cause de la peur du changement et de vieilles habitudes. 

« Confucius disait qu’on a deux vies. La deuxième commence quand on se rend compte qu’on en a une seule[1]. »

 


[1] MANDEVILLE, Lucie, Malade et… heureux? Huit attitudes qui ont transformé des vies (et qui pourraient changer la vôtre), Montréal, Éditions de l’Homme, 2014, page 238.

Catégorie(s) : Documentaires québécois

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Sable brûlant

4 juillet 2014 par Maryse Breton 2 Commentaires

Où vos vacances vous mèneront-elles cet été? Vers des plages au sable brûlant balayées par un vent chaud, au cœur de montagnes verdoyantes parsemées de beaux lacs bleus ou profiterez-vous plutôt de la ville, de ses rythmes et des parfums des fêtes de quartier? Quelle que soit votre destination, les suggestions de nos blogueurs sauront agrémenter vos vacances.

Marie-Ève Roch recommande D’une île à l’autre : chants et berceuses de Serena Fisseau

Image de Marie-EveQue vous ayez un enfant à endormir sous le parasol ou que vous cherchiez seulement un peu de dépaysement, je vous invite à paresser pieds nus au son des berceuses que nous offre, sobrement, la chanteuse française d’origine indonésienne Serena Fisseau. La voix chantée (ici grave et chaleureuse) dans tout ce qu’elle a d’universel, au seul rythme des percussions.

Coup de cœur 2010 de l’Académie Charles-Cros

 

 

Jean-François Barbe Les ghettos du Gotha et Promenades à Paris de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

Dans certains quartiers de Paris, comme le XVIe arrondissement, habite une grande bourgeoisie extrêmement fortunée et hyper consciente de ses intérêts. S’inspirant des travaux sur la reproduction sociale de Pierre Bourdieu, les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot examinent de près, dans Les ghettos du gotha, comment cette classe sociale préserve son entre-soi par le contrôle de l’espace. Dans un autre ouvrage, les deux auteurs commentent le Paris d’aujourd’hui à travers quinze promenades sociologiques. Accompagnées de photos et de petites cartes, elles nous font découvrir d’autres angles de la Ville Lumière, comme la rue Oberkampf présentée comme le fief de la « bourgeoisie bohème » ou la Goutte-d’Or, comme « lieu de brassage culturel ». Deux livres pour un regard différent sur l’une des plus belles villes de la planète.

 

Sylvie-Josée Breault recommande Le bestiaire des fruits de Zviane

Le soleil traverse les cases de cette bande dessinée et les fruits exotiques y abondent. L’auteure les examine, les déguste puis, suivant une grille d’évaluation loufoque, rend son appréciation. Ce faisant, elle révèle leurs étonnants attributs par le biais d’anecdotes truculentes. En découle un concours que chacune des créatures fruitées espère remporter. Le ton léger et fantaisiste de l’album est rafraîchissant. Les croquis vifs et expressifs pimentent le tout.

 

 

Aurore Deterre recommande Bonjour tristesse de Françoise Sagan

L’été de ses dix-sept ans, Cécile, son père Raymond et sa jeune maîtresse partent en vacances sur la Côte d’Azur. La chaleur de l’été est écrasante, heureusement la Méditerranée n’est qu’à deux pas. Cécile y découvre la brûlure du sable sur sa peau, les premiers vertiges de la passion. Mais l’arrivée d’Anne, une femme séduisante et brillante dont Raymond s’éprend, va remettre en question leur vie légère et insouciante. Craignant de perdre sa liberté, Cécile va élaborer un jeu cruel. Publié en 1954, ce roman n’a pas pris une ride. Sa simplicité et la justesse des sentiments qui y sont dépeints sauront charmer chacun.

 

 

Esther Laforce recommande Cet été-là de Véronique Olmi

Un roman pour accompagner des vacances à la mer et qui nous tient en haleine avec le rythme lent d’un drame psychologique bien mené et écrit avec finesse. Trois couples, trois adolescents et deux enfants, réunis le temps de la fin de semaine du 14 juillet dans une grande maison située sur une plage de Normandie. On plonge dans les questionnements, les espoirs, les culpabilités et les dépits de ces personnages dont la vie, au sortir de leur séjour, sera transformée. Secrets enfouis, ruptures annoncées, amours déçus et amitiés indéfectibles sont au programme de Cet été-là.

 

 

 

Gisèle Tremblay recommande Le charme des après-midi sans fin de Dany Laferrière

Rythmé, plein de saveurs et de couleurs, ce petit bouquin se présente comme un saucisson découpé en rondelles, avec ses courts récits formant un tout bien ficelé. Le héros, c’est Vieux Os, alter ego de l’auteur, un adolescent tendre et drôle, encore à moitié pendu aux jupes de Da, sa grand-mère adorée. L’odeur du café – Da en boit sans interruption!  – se mélange au parfum enchanté des après-midi parfaits de l’enfance presque en allée. Au fil d’expériences inusitées, le garçon au drôle de nom va son chemin, entouré d’une foule de personnages bigarrés. Sous le soleil d’Haïti révélant mille détails de la vie quotidienne, la joie de vivre éclate et rayonne dans le Petit-Goâve de Dany Laferrière. Un très beau livre, aussi beau que son titre…

 

Christine Durant recommande Adios Hemingway de Leonardo Padura.

Quoi de mieux que de lire un petit roman policier en se prélassant au soleil? Que diriez-vous, alors, d’un roman policier relax dont l’action se déroule à Cuba? Dans Adios Hemingway, le célèbre détective Mario Conde, personnage d’une série de quatre autres romans policiers de Leonardo Padura, doit résoudre une énigme entourant le légendaire Ernest Hemingway, auteur américain qui a séjourné à Cuba entre les années 30 et 50. La lecture de ce roman est d’autant plus intéressante que l’auteur, avec son style, arrive de façon très habile à insérer des faits réels de la vie d’Hemingway dans une histoire de meurtre tout à fait fictive.

 

 

Marie-Line Champoux-Lemay recommande The great artistry of Django Reinhardt de Django Reinhardt

image de marie-lineDjango Reinhardt est l’un des guitaristes de jazz les mieux connus et les plus respectés, lui qui a littéralement introduit la guitare dans ce genre musical. Inventeur du jazz manouche et soliste virtuose (malgré un accident qui lui a fait perdre l’usage de deux doigts à 18 ans), il n’a jamais cessé de travailler son style. Ce disque à la couverture orange distinctive est son tout dernier enregistrement. C’est aussi un des quelques albums où il joue d’une guitare électrique, ce qui lui donne un son bien particulier. Les rythmes bondissants et les mélodies nostalgiques des huit pièces qu’il contient, dont Nuages, sa composition la plus célèbre, sont tout indiqués pour accompagner les belles soirées d’été.

 

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FISSEAU, Serena, D’une île à l’autre : chants et berceuses, Paris, Naïve, 2010.

LAFERRIÈRE, Dany, Le charme des après-midi sans fin, Montréal, Boréal, 2010, 241 p.

OLMI, Véronique, Cet été-là, Paris, Grasset, 2010, 281 p.

PADURA, Leonardo, Adios Hemingway, Métailié, 2012, 150 p. (Aussi disponible en version numérique sur PRETNUMERIQUE.CA)

PINÇON, Michel et Monique PINÇON–CHARLOT, Les ghettos du gotha : comment la bourgeoisie défend ses espaces, Paris, Éditions du Seuil, 2007, 294 p.

PINÇON, Michel, et Monique PINÇON–CHARLOT, Paris : quinze promenades sociologiques, Paris, Payot, 2009, 260 p.

REINHARDT, Django, The great artistry of Django Reinhardt, France, Universal Music France, 2010, ©1953.

SAGAN, Françoise Bonjour tristesse, Paris, Julliard, 2008, 155 p.

ZVIANE, Le bestiaire des fruits, Montréal, La Pastèque, 2014, 118 p.

Catégorie(s) : Bande dessinée, Essai, Littérature française, Littérature québécoise, Musique, Musique pour enfants

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García Márquez et le destin

23 juin 2014 par Marie-Line C. Lemay Pas de commentaires

Au mois d’avril dernier disparaissait un des géants de la littérature colombienne et mondiale contemporaine : Gabriel García Márquez.

Lauréat du prix Nobel pour Cent ans de solitude en 1982, roman emblématique de son œuvre, la réputation de l’écrivain colombien à la bouille sympathique n’est plus à faire. Ses histoires aux multiples ramifications, à la fois politiques, historiques, familiales, philosophiques et magiques, ont marqué des générations de lecteurs. Sans doute ont-elles permis à plusieurs d’entre eux de découvrir un des versants fabuleux de la littérature, la grande, celle qui dépasse les frontières de l’immédiat et touche au mythe. Du moins, ce fut mon cas.

Chronique d’une mort annoncée est un tout petit roman, en termes de pages. En cela, il est bien différent de l’épopée qu’est Cent ans de solitude. Pourtant, il se développe autour de thèmes qui y sont également abordés : la mort, la fatalité, l’honneur. Des thèmes sur lesquels la littérature réfléchit depuis toujours.

« Jamais mort ne fut davantage annoncée. » (García Márquez, p. 53)

Le héros malheureux de cette chronique est un jeune homme nommé Santiago Nasar. Désamorçant tout suspense quant à l’issue du récit, le narrateur en dévoile l’enjeu dès la première phrase : ce matin-là, Santiago sera abattu, étripé tel un animal sans défense, dos à la porte close de sa propre maison. L’action se déroule à l’aube, au lendemain d’une noce qui a laissé les habitants d’un petit village isolé de la Caraïbe complètement éméchés. Avant même le lever du soleil, la rumeur circule : les frères Vicario cherchent Santiago Nasar pour le tuer. Paradoxalement, celui-ci n’en sera jamais informé.

Ce jour funeste est raconté par un bon ami de Santiago, qui, des années après la tragédie, reconstitue la suite rocambolesque des évènements et tente d’en comprendre la cause. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas tant de découvrir pourquoi on a voulu tuer Santiago Nasar (il est essentiellement question d’un crime d’honneur) que d’appréhender comment cette mort n’a pu être évitée. Comment est-il possible qu’aucun geste, qu’aucune parole n’ait réussi à atteindre la victime avant son exécution? Comment une telle horreur peut-elle advenir alors que tout le monde sait? À quoi ce sacrifice sert-il?

« Personne ne s’était demandé si Santiago Nasar était prévenu, car le contraire paraissait à tous impossible. » (García Márquez, p. 17)

Dans un récit dont l’invraisemblance (volontaire) fait parfois sourire, García Márquez met en évidence le ridicule et l’arbitraire de la violence symbolique, alors que les bourreaux eux-mêmes s’avèrent prisonniers de ce que leur prescrivent les convenances. La surabondance des coïncidences souligne de façon surprenante le caractère absurde et éminemment tragique du destin.

Paru en 1981, Chronique d’une mort annoncée demeure un texte toujours aussi pertinent aujourd’hui et une porte d’entrée sur l’œuvre de l’écrivain colombien. En cela, il faut croire qu’on peut le qualifier, suivant les termes de Gabriel García Márquez lui-même, de « roman réussi » :

« […] García Márquez était convaincu qu’un roman est réussi s’il réunit deux conditions : être à la fois une transposition poétique de la réalité et une sorte de devinette codée du monde. » (Saldívar, p. 26)

 

GARCÍA MÁRQUEZ, Gabriel, Chronique d’une mort annoncée, Paris, Grasset, 1981, 200 p.

GARCÍA MÁRQUEZ, Gabriel, Crónica de una muerte anunciada, New York, Vintage Books, 2003, 118 p.

MARTIN, Gerald, Gabriel García Márquez : une vie, Paris, Grasset, 2009, 701 p.

SALDÍVAR, Dasso, García Márquez : voyage à la source, Bruxelles, Le Grand miroir, 2007, 615 p.

 

Catégorie(s) : Littérature sud-américaine, Prix littéraires

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Bien plus savoureux que du Pablum

19 juin 2014 par Marie-Ève Roch Pas de commentaires

La musique pour enfants a parfois bien mauvaise presse. Je me souviens d’un dossier sur le sujet, paru il y a quelques années dans La Presse (Musique pour enfants – Fini le Pablum musical!), qui à l’époque m’avait laissé une drôle d’impression. Non que j’apprécie particulièrement le Pablum, mais j’avais été surprise (et triste) de constater que l’alternative audit Pablum qu’on y proposait se limitait à faire écouter aux enfants de la musique pour adultes, triée sur le volet, ou son adaptation pour clochettes synthétiques, à la Rockabye Baby (Black Sabbath en version édulcorée, fallait y penser), ou encore l’interprétation de chansons pour enfants par des chanteurs… pour adultes. À la décharge des auteurs, on a pris la peine de souligner ici l’excellent travail accompli par La Montagne secrète, où les Ariane Moffatt et compagnie réinterprètent avec bonheur nos classiques pour le jeune public.

Vous comprendrez que je n’ai rien contre l’exploration par les plus jeunes de musiques qui ne leur sont pas destinées; que l’on veuille faire découvrir aux enfants ce qui nous allume, nous, les grands, voilà qui est tout à fait naturel. Mais qu’en est-il des créations pour les enfants? Les artistes qui osent les cibler méritent-ils tous l’étiquette « Pablum musical »?

Mon (beau!) défi, dans ce blogue, sera de vous faire découvrir à quel point les univers sonores et poétiques destinés aux plus jeunes peuvent parfois être riches, surprenants, rigolos et émouvants. Certains auteurs-compositeurs-interprètes pour enfants font preuve d’autant (et parfois plus) d’inventivité que bien des créateurs pour le « grand » public. Je souhaite porter à votre attention ce concentré de bonheur pour les oreilles, souvent méconnu faute d’une distribution à grande échelle. Et, question de marquer les esprits, je commence avec un poids lourd dont je risque de vous reparler, juste pour me faire plaisir.

À tous, petits et grands, bonne écoute!

 

Hervé Suhubiette

Tremblements de tête, Hervé Suhubiette, Paris, Didier Jeunesse, 2010. J’ai eu un immense coup de foudre lorsque j’ai découvert cet artiste il y a quelques années. Musicien et chanteur habile et éclectique, il concocte pour la jeunesse des univers foisonnants portés par des chansons vastes, bouleversantes, d’une très grande finesse. En 2010, il a remporté le Grand Prix du disque de l’Académie Charles Cros pour son album Tremblements de tête (écouter un extrait). Un piano, un accordéon, un trombone, une voix, deux ou trois rythmes syncopés… et nous voilà partis.

« Ma grand-mère est au ciel

Est-ce qu’elle joue à la marelle

Au milieu des nuages?

Ma grand-mère est au ciel

Est-ce qu’elle peint des aquarelles

Et des paysages? »

(« Ma grand-mère est au ciel », tirée de : Tremblements de tête,

Hervé Suhubiette, Paris, Didier Jeunesse, 2010.)

 

À découvrir :

Tremblements de tête

Hervé Suhubiette, Paris, Didier Jeunesse, 2010.

La grande évasion

Hervé Suhubiette, Paris, Adami, 2004.

Quartier libre

Hervé Suhubiette, France, Adami, 2000.

La java des couleurs

Hervé Suhubiette, Paris, Naïve, 1996. 

Catégorie(s) : Musique, Musique pour enfants

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Une curiosité : le retour de Léandre Bergeron

19 juin 2014 par Jean-François Barbe Pas de commentaires

Le Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron avait fait couler beaucoup d’encre lors de sa parution en 1980. Très mal accueilli par les spécialistes de la langue et par des écrivains comme André Major qui le résumait ainsi « Dis-le dans tes mots, moman va comprendre » (Le Devoir, 12 décembre 1992), il faisait du joual la « langue québécoise ».

Un tiers de siècle plus tard, et à plus de 80 ans, l’auteur revient dans le monde de l’édition avec un livre dit « d’anthropologie philosophique » … écrit dans la langue épurée du français international.

Domaine philosophique qu’on trouve principalement à la cote 128 de la Grande Bibliothèque, l’anthropologie philosophique fait appel aux différentes disciplines des sciences humaines afin de « déterminer ce qui distingue l’être humain des autres êtres vivants », selon les termes de Philosophie 1 de Jacques Daigle et al.

Dans un article publié par le journal Le Citoyen Rouyn-Noranda du 8 janvier 2014 – accessible, comme celui du Devoir mentionné plus haut via la base de données Eureka sur le portail de BAnQ -, Léandre Bergeron présente son livre ainsi : « J’ai tenté de faire de grandes révolutions collectives pour changer le monde, mais ça ne fonctionne pas comme ça. Pour un changement véritable, il faut une prise de conscience individuelle et faire des changements dans sa vie d’abord et avant tout. »

Devenu fermier à McWatters, un quartier de Rouyn-Noranda de 386 kilomètres carrés, l’auteur «  vit simplement en cultivant la terre, en élevant des animaux et fabriquant du pain », selon ce journal de la capitale administrative de l’Abitibi-Témiscamingue.

BERGERON, Léandre, Deux pas en arrière dans l’ordre des choses, Rouyn-Noranda, Les Éditions des deux ailes, 2013, 174 p.

Catégorie(s) : Essai

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La guerre, il y a cent ans…

16 juin 2014 par Esther Laforce Pas de commentaires

C’est un très court roman, 123 pages, qui contient comme en un condensé la sombre réalité des hommes ayant combattu en France lors de la Première Guerre mondiale, dont on souligne cette année le centenaire. Reconnu déjà pour son écriture précise, brève et sans emphase, Jean Echenoz déroule dans 14 la mécanique qui porte cinq jeunes hommes vendéens de la mobilisation d’août 1914 à la fin de la guerre ou à leur mort.

C’est dans une atmosphère de patriotique allégresse qu’Anthime, ses amis Padioleau, Bossis et Arcenel, de même que son frère Charles, embarquent dans un train qui les mène dans les Ardennes. Une longue et éprouvante marche de trois semaines les conduit ensuite vers le front, aux alentours de Maissin, en Belgique, près de la frontière. Avec l’hiver, les quatre comparses – Charles ayant été finalement muté dans l’aviation – finiront par connaître le quotidien des tranchées : poux, alcool, vêtements mal adaptés, attaques, gaz, explosions et images qu’ils tenteront plus tard d’oublier. Parallèlement, Blanche, dont on devine par le regard jaloux d’Anthime que des sentiments amoureux la lient à Charles, reste derrière, dans une ville désormais vidée de ses jeunes hommes. Appuyée de ses parents et du médecin de sa famille, elle doit faire face aux conséquences de sa liaison avec Charles.

On ne trouvera pas, dans 14, une histoire des évènements qui expliqueraient les débuts de cette guerre, non plus que le détail des opérations militaires qui caractérisèrent les batailles ayant marqué la Première Guerre mondiale. 14 est plutôt un roman efficace et bien documenté, qui pointe avec acuité, parfois avec brutalité, sans lourdeur ni froideur, sur l’essentiel de ce qu’il y eut d’horrible et d’odieux dans ce carnage que fut la Grande Guerre.

Jean ECHENOZ, 14, Éditions de Minuit, 2012, 123 p.

Catégorie(s) : Guerres et conflits armés, Littérature française

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Du tombeau d’un pape au pont d’un sultan

10 juin 2014 par Gisèle Tremblay Pas de commentaires

Quel privilège que la lecture, n’est-ce pas? Le temps d’un voyage à Istanbul, j’ai accompagné un artiste génial et il a partagé avec moi ses aspirations grandioses, ses rancoeurs secrètes et ses pensées intimes.

Mathias Énard (1972-  ), écrivain et traducteur, connaisseur raffiné des langues et cultures persanes et arabes, vous convie à ce périple avec nul autre que Michel-Ange (1475-1564), génie de la Renaissance, dans son cinquième roman, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Actes Sud, 2010, prix Goncourt des lycéens).

Frustré des rebuffades infligées par l’arrogance du souverain pontife Jules II, Michelangelo Buonarotti délaisse l’édification du tombeau commandé par le pape (ce mauvais payeur!) et s’enfuit de Rome pour regagner Florence. Là, on aime, on admire le sculpteur sans égal du merveilleux  David, ce héros de la république florentine qui personnifie la capacité du faible à résister et à vaincre les puissants. Porteurs d’une mystérieuse invitation, des envoyés lointains l’y rejoignent. « On imagine la surprise de l’artiste, ses petits yeux qui s’écarquillent. Le sultan de Constantinople. Le Grand Turc. Il retourne la lettre entre ses doigts. Le papier ciré est une des plus douces matières qui soient. »

Ainsi commence l’extraordinaire aventure du projet de construction d’un pont sur le Bosphore, fantastique ouvrage de neuf cents pieds de long! Alléché et désireux de se venger du « pontife belliqueux qui l’a fait jeter dehors comme un indigent », Michelangelo consent. « Et la somme offerte par le Grand Turc est faramineuse. L’équivalent de cinquante mille ducats, soit cinq fois plus que le pape l’a payé pour deux ans de travail. Un mois. C’est tout ce que demande Bayazid. Un mois pour projeter, dessiner et débuter le chantier d’un pont entre Constantinople et Péra, faubourg septentrional. Un pont pour traverser ce que l’on appelle la Corne d’Or, le Khrusokeras des Byzantins. Un pont au milieu du port d’Istanbul. »

Bourreau de travail, obsédé par son art, curieux et passionné, Michelangelo étudie, observe, et surtout il dessine, dessine, dessine. Il parcourt la ville, découvre la basilique Sainte-Sophie, la Grande Mosquée, l’entourage de la cour ottomane, les quartiers mal famés. Désorienté, l’artiste frugal est happé par une fièvre sensuelle et créatrice à laquelle prennent part la danse, la musique, le désir et le mystère. Son intérêt et sa curiosité pour l’architecture et l’art ottomans sont sans limites, mais le disputent à sa frayeur devant le sacrilège que représente à ses yeux la foi des mahométans.

Objet d’admiration et d’amour pour les uns, craint et jalousé par les autres, Michelangelo fait face aux exigences d’un projet grandiose en terre étrangère, sans négliger une correspondance assidue destinée à maintenir des liens de famille, de travail et de création avec l’Italie. Une galerie de personnages étonnants esquissent une danse subtile autour du génial artiste. Leurs mouvements participent à l’intrigue dont l’intérêt ne se dément pas, du début à la fin de ce court roman aux allures de conte oriental.

Patients lecteurs, en attendant le nouveau pont Champlain sur le Saint-Laurent, le pont de Michel-Ange sur le Bosphore m’a fascinée. Très bien écrit, souvent  poétique, le livre donne à voir l’art de la Renaissance. Le divin Michel-Ange m’est apparu, très humain, et j’ai rêvé des trésors de Rome, de Florence et d’Istanbul.

Catégorie(s) : Roman historique

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Quand l’intuition trace la route

8 juin 2014 par Catherine Lévesque Pas de commentaires

C’est une femme incapable d’envisager l’échec. D’ailleurs, elle n’accepte jamais un premier non. On la connaît grâce à l’émission Dans l’œil du dragon. Elle est la seule femme sur le plateau et elle s’appelle Danièle Henkel. Elle possède beaucoup de charisme et démontre une grande facilité à entrer en contact avec les gens.

Avec sa participation à cette émission, sa popularité s’est accrue et elle a multiplié les conférences. Parce que les gens lui posaient beaucoup de questions – sur ses origines, son histoire, ses convictions –, l’idée lui est venue d’écrire un livre. Elle voulait répondre à ceux qui désirent la connaître dans un contexte plus propice à la confidence que la courte période de questions qui suit une conférence. Danièle Henkel désirait également écrire son histoire pour ses enfants et ses petits-enfants, en guise de legs afin qu’ils ne se découragent jamais dans leur vie.

Son histoire se lit comme un roman. Elle est née d’une Marocaine juive et d’un soldat allemand qu’elle n’a jamais connu. Malgré sa famille monoparentale, elle a vécu une enfance heureuse et faste. Sa mère, propriétaire d’une pâtisserie prospère, était une entrepreneure hors pair et un modèle pour sa fille, car elle savait comment satisfaire tant la haute bourgeoisie marocaine que les clients moins fortunés. Elle participait également à des œuvres de charité.

Mais la vie les fera quitter le Maroc pour l’Algérie où Danièle vivra son adolescence et le début de sa vie adulte. Malgré un mariage arrangé qui ne la réjouit pas, Danièle Henkel ne perd pas sa soif de vivre et met au monde quatre enfants tout en occupant plusieurs postes. Elle désire toujours améliorer sa situation et se dépasser malgré les difficultés.

Quand elle sent que la vie sociale et politique en Algérie se dégrade, elle suit son intuition et propose à son mari d’immigrer au Canada. L’avenir lui donnera raison. Même si la vie d’immigrante n’est pas facile, elle réussit au moins à faire venir toute sa famille y compris sa mère. Tout son monde est maintenant en sécurité.

La soif d’entreprendre de Danièle Henkel ne l’a jamais quittée. Elle l’a transportée avec elle à Montréal. Au début, elle n’a pas les emplois dont elle rêve, mais à force de travail et d’acharnement, d’intuition et de confiance, elle arrive à trouver son créneau et à créer sa propre entreprise dans le domaine de l’esthétique et de la santé pour les femmes.

Comme sa mère, elle réussit à allier humanité et sens des affaires. Grâce à son attitude, elle a su transformer en conquêtes ce que d’autres auraient perçu comme des obstacles insurmontables. C’est pour cette raison que Danièle Henkel est inspirante. Elle donne envie de croire en soi et de ne pas avoir peur de se mettre en danger pour atteindre ses rêves.

Bonne conteuse, elle réussit à garder son lecteur en haleine. Son histoire fascine tant elle est riche en rebondissements et en aventures qui sortent de l’ordinaire.

 

HENKEL, Danièle, Quand l’intuition trace la route, Montréal, Les Éditions La Presse, 2013, 214 p.

Catégorie(s) : Biographies

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Après la guerre, le retour à la vie?

5 juin 2014 par Esther Laforce Pas de commentaires

            Le billet suivant est un peu spécial, car il est écrit par Aurore Deterre, une stagiaire française que nous avons accueillie ce printemps à la section Arts et littérature. Étudiante au programme Sauvegarde et valorisation du patrimoine écrit et textuel à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, Aurore a participé à la mise en valeur de nos collections. Le temps d’un billet, elle partage avec nous l’intérêt qu’elle a pris à la lecture du roman désigné révélation du roman français 2013 par le magazine Lire, Voir du pays de Delphine Coulin.

 

            Comment recommencer à vivre après six mois passés au front? Peut-on seulement reprendre sa vie comme si rien de tout cela n’était arrivé? Finit-on par oublier les odeurs putrides, les hurlements, les armes, le sang versé? Telles sont les questions auxquelles devront répondre Marine et Aurore au cours des trois prochains jours.

            Les deux jeunes femmes sont inséparables depuis leur adolescence. Depuis les années de lycée où elles se sont rencontrées, elles affrontent les déceptions, les coups durs de la vie à deux.  Alors, lorsque Marine, suite à la mort de son fiancé, décide de s’engager dans l’armée, Aurore, qui rêve de nouveaux horizons, s’enrôle à son tour. Elles ne pensaient qu’à « voir du pays ». Avaient-elles vraiment conscience de ce qui les attendait en acceptant de partir en Afghanistan? Six mois de tensions, de cauchemars, de blessures s’achèvent. Mais, avant de retrouver leur vie, l’armée leur accorde un « sas de décompression » : trois jours à Chypre dans un hôtel cinq étoiles. Trois jours pour retrouver la paix; mais l’angoisse et la violence sont-elles véritablement derrière elles?

            Un roman bouleversant, sombre, violent qui présente un pan de la guerre souvent laissé sous silence : le choc post-traumatique. Il ne s’agit pas seulement d’une analyse de la réalité et de la monstruosité de la guerre, mais encore d’une histoire d’amitié avec ses joies, ses lâchetés, ses silences.

            « Elles avaient trois jours pour effacer la fatigue extrême, due au travail permanent, à l’impossibilité de se reposer réellement, à l’incertitude de rentrer vivant. Trois jours pour réapprendre à ne plus avoir peur, à ne plus s’irriter à la moindre contrariété, à ne plus se taire dès qu’un avion approche, à ne plus prendre chaque passant avec un sac et un manteau pour un attentat suicide. » (p. 43)

 

Delphine COULIN, Voir du pays, Paris, Grasset, 2013, 266 p.

Catégorie(s) : Guerres et conflits armés, Littérature française

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